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Feuilletons de Noël à la télé : un précipité de civilisation danoise

Par Clément Renisio | Publié le 09/12/2020 à 18:10 | Mis à jour le 09/12/2020 à 21:41
Photo : @Unsplash
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Les grandes chaînes de télévision danoises et leurs - désormais - puissantes ramifications digitales reflètent merveilleusement l’inextinguible engouement de ce peuple pour la période de Noël. Grands amateurs de feuilletons, les danois suivent avec une indéfectible passion et un enthousiasme toujours renouvelé, le flot intarissable de séries fictives, fraîchement réalisées ou indéboulonnables classiques - remontant pour certains aux années soixante-dix - dédiés à l’univers de Noël. La grille des programmes n’oublie (ou n’épargne) aucune classe d’âge. La palette des registres évolue en fonction des publics, des horaires de diffusion, et en toute logique, de l’audience à laquelle chaque programme s’adresse.

 

Toujours dotés d’une très grande qualité esthétique, et d’un niveau d’ambition scénaristique à faire pâlir une production de Luc Besson (je pèse mes mots), ces feuilletons offrent aux enfants, vers 16h00, puis aux adolescents, vers 17h30 et, plus tard dans la soirée à leurs parents, des aventures trépidantes, ubuesques, souvent à la croisée des chemins entre fantastique et enquête policière drolatique, où magie, sorts et invocations convoquent la féérie de noël. Le Danemark, christianisé tardivement et très progressivement aux alentours de l’an mil, est resté fidèle à ses racines païennes et aux mages enchanteurs affublés de lutins facétieux. La dimension chrétienne de Noël n’est pas toujours évidente à cerner dans les scénarios de ces fictions, voire souvent inexistante. Certains adhèrent, d’autres sont apparemment plus sceptiques.

Le grand quotidien danois Kristeligt Dagblad, équivalent de la Croix en France, s’émouvait justement dans un article paru le premier décembre dernier, de la surreprésentation du magique et du fantastique au détriment des éléments chrétiens, semble-t-il quasi inexistants ou impalpable dans les créations fictives de cette année. Symbole et marqueur culturel probable d’une société dont la population se détourne lentement mais sûrement de la religion luthérienne d’État, qui regroupait encore quatre-vingt-douze pourcent de la population voici une trentaine d’années, un peu plus de soixante-quatorze à l’heure actuelle.

Quoi qu’il en soit, toutes les classes d’âges, catégories socioprofessionnelles, ou régions danoises, suivent avec ferveur ces ambitieux et fédérateurs programmes de Noël. Les deux grandes chaînes de télévision danoise, DR (Danmarks Radio, équivalent de France Télévision et Radio France réunis) et TV2 (comparable à TF1) ont même conclu un accord, attribuant d’une année sur l’autre et de manière rotative à chacune des deux entités, la responsabilité de produire, concevoir, financer et distribuer le nouveau cru feuilletonesque. Et ce ballet millimétré s’opère tous les ans, ritournelle télévisuelle sans cesse renouvelée, puissant lien sociétal avant tout. Inamovible rituel observé par la société danoise, ce déferlement programmatique axé sur Noël ponctue donc le calendrier de l’avent, du premier au vingt-quatre décembre de chaque année.

Le Danemark est un pays cyclique, qui aime observer et marquer sa rotation autour du soleil par des activités, rites ou symboles, partagés tout au long de l’année par le plus grand nombre. Et ce de façon extrêmement visible, puisqu’il il s’agit d’une petite nation, d’un petit territoire et d’une population extraordinairement homogène. C’est parfois étonnant, déstabilisant, mais c’est comme ça et ça ne changera à priori jamais. Pas d’inquiétude donc, si vos collègues danois discutent à table du dernier épisode de leur feuilleton de Noël, et spéculent sur les étranges atermoiements du chef des lutins. Tout va bien, rassurez-vous, vous êtes simplement assis dans un restaurant d’entreprise danois au mois de décembre.

 

 

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Clément Renisio

Parisien d'origine, je vis à Copenhague depuis dix ans. En couple avec une architecte franco-danoise, j'ai travaillé dans différents secteurs, parmi lesquels ceux du luxe, du marketing digital et du tourisme. Je suis père de deux enfants.
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