ISCH LIEBEU DICHE - Johanna et Nil, bientôt à trois

Par Lepetitjournal Cologne | Publié le 18/04/2016 à 22:00 | Mis à jour le 18/04/2016 à 20:45

 

Nil et Johanna se sont rencontrés à Montpellier en 2014. Attablés dans un café, tous deux attendaient des amis quand elle a vu un carnet avec du vocabulaire franco-allemand. Johanna pense alors qu'il est étudiant Erasmus, comme elle, et qu'il parle allemand. En réalité, pas du tout. L'histoire débute. Depuis, ils sont à Cologne, mais pour combien de temps encore ? Elle est enceinte, ils sont heureux à deux, bientôt à trois.

 

Lepetitjournal.com/cologne : Quand et comment avez-vous rencontré votre partenaire ?

Johanna : On s'est rencontrés dans un café à Montpellier, c'était tout au début de mon année Erasmus là-bas. On avait chacun un rendez-vous mais nos amis n'étaient pas encore là et on les attendait. Nil était à la table à coté et j'ai vu qu'il avait un carnet avec du vocabulaire allemand-français. J'ai pensé qu'il était peut-être aussi un étudiant Erasmus et je lui ai parlé en allemand. Nil était gêné et c'est à ce moment que j'ai remarqué qu'il ne parlait pas du tout allemand. Après avoir parlé un peu, son amie est arrivée et j'ai invité les deux pour des crêpes le soir-même dans ma colocation. 
Nil : Je l'ai rencontrée dans un bar à Montpellier, d'où je viens, au début de l'été 2014. Elle était en Erasmus. J'attendais une amie qui était en retard, comme d'habitude. La situation était particulière. J'avais à l'époque une copine qui elle aussi était allemande. Je révisais donc des mots en allemand au moment où on s'est parlé pour la première fois. Elle m'a demandé si je parlais cette langue, je lui ai répondu que je l'apprenais justement. Le soir même, elle m'invitait à une soirée crêpes qui avait lieu dans sa colocation. Elle vient d'une ville à deux heures de Cologne, à l'est en NRW. 

Dans votre vie quotidienne, vos différences culturelles se remarquent-elles et posent-elles parfois problème ?

Johanna : Je crois que ça se remarque à peine. L'idée reçue de la ponctualité et de l'organisation ne tient en tous cas pas pour moi, Nil est beaucoup plus ponctuel et organisé que moi. Au début je m'énervais beaucoup parce que Nil faisait pipi debout, ce qui est visiblement totalement normal en France. Je trouve ça dégoutant. Maintenant, il s'assoit parfois et je ne m'énerve plus quand il le fait debout. On en rigole ensemble. 
Le problème réside peut-être dans le fait qu'il y a une sorte de compétition entre nos deux pays. C'est plus dans le quotidien. Mais je crois que c'est avant tout parce qu'on veut que l'autre se sente à l'aise dans "son pays" et qu'il y soit bien. 
Nil : Nous nous adaptons, mais forcement oui. Au début, la différence la plus marquante a été au niveau de la nourriture. Les Allemands mangent régulièrement toute la journée et très peu le soir : juste du pain, du fromage et ça leur va. Quant à moi au moment du diner je voulais du poulet, de la viande, quelque chose de consistant. Les Français aiment se mettre à table pour un vrai repas et manger quelque chose de chaud.  

Qu'est-ce qui vous a séduit le plus dans la culture de votre partenaire ?

Nil : Je dirais que c'est la transparence d'esprit. En France nous avons tendance à nous donner beaucoup d'apparence, une certaine image de soi, tant au niveau du caractère que des convictions. En Allemagne il m'a semblé que ça l'était moins. C'est aussi pour cela qu'ils ont, selon moi, un meilleur rapport avec la nature, le tri des déchets... Je pense que cela fait aussi partie de l'éducation. Au niveau de mon couple, j'apprécie la faculté de régler les problèmes avant que cela n'explose. Chose que je n'arrivais pas à faire avec mes ex-copines françaises. 

Et le moins ?

Nil : Le rapport aux amis, que je sens plus froid. Il faut prendre rendez-vous longtemps à l'avance, j'ai l'impression que c'est peu spontané. À Montpellier, je pouvais débarquer chez un ami avec un pack de bière à tout moment. Ici ça me paraît plus difficile.  

Avez-vous rencontré des problèmes d'acceptation ou de compréhension de votre couple mixte dans votre entourage ?

Johanna : C'était particulièrement difficile au début à Cologne, quand Nil ne savait pas bien parler allemand. Mais c'est devenu de plus en plus facile. Là où c'est encore compliqué, c'est quand on est dans de grands groupes ou dans des soirées. Les gens parlent tous en même temps. Nil est dépendant et je lui fais la traduction ou je lui dis ce qui se passe. De telles situations sont difficiles pour moi parce que je n'arrive pas à parler avec les gens parce que je suis prévenante avec Nil. Les gens ne peuvent pas s'imaginer à quel point de telles situations peuvent être usantes pour tous les deux. J'ai quelques amis qui remarquent cela et qui essayent alors de l'intégrer et de lui expliquer ce qui se dit.
Nil : Mes parents ont été choqués car ils détestent la sonorité de la langue allemande et n'ont pas compris ce que j'y trouvais. Au niveau de sa famille on s'entend très bien. Mais sa famille est très religieuse, il y a certaines étapes à respecter. Chose que nous n'avons pas faite, et j'ai donc l'impression qu'ils ont un peu de mal à accepter le fait qu'elle soit enceinte, sans que nous nous soyons mariés par exemple. Mais encore une fois, nous avons un très bon rapport.  

Votre prochain projet à deux ?

Johanna : Nous allons avoir un bébé ! C'est un gros projet. Je suis curieuse de voir comment on va réussir l'éducation avec les deux langues et si tout va fonctionner. 
Nil : Éduquer un enfant. On envisage de repartir en France pour que je puisse suivre un master. Je fais beaucoup d'inscriptions et de recherche d'emploi pour pouvoir suivre les cours en alternance. Johanna est d'accord pour me suivre en France.  

Votre dernier fou-rire ?

Johanna : On a énormément ri quand Nil a dit à ma maman qu'il voudrait appeler notre enfant Jean Günther. 
Nil : C'était tout à l'heure. Un collègue qui travaille dans un hôpital psychiatrique qui m'a raconté une histoire avec un patient. Nous en avons ri avec Johanna. 

Son plus beau cadeau ? 

Johanna : Nil m'a offert un collier avec la date de notre rencontre. Nous étions encore à Montpellier à ce moment. Nous nous étions disputés et quand on s'est réconciliés il me l'a offert. J'ai trouvé ça très beau.
Nil : Durant le premier Noël de notre relation, elle m'a offert un calendrier de l'avent qu'elle avait complètement réalisé elle-même. Dedans il avait des bêtises, des petits mots et des chocolats bien sûr (rires).   

Votre lieu préféré à Cologne ?

Johanna :  En été on aime faire du roller et on va chercher des frites à Fette Kuh. Par beau temps on est sur la pelouse devant la cafétéria au soleil. 
Nil : On adore notre rue, la Kyhäuser Strasse. On la trouve très animée et il y a toujours beaucoup d'événements. Sinon on aime toujours retrouver le Dom en rentrant à Cologne, et se dire qu'il est toujours là (rires).  

Quel serait le symbole de votre relation et pourquoi ?

Johanna : Un sac à dos peut-être. On ne sait pas encore exactement où nous allons vivre dans les prochaines années. Ni ce que nous allons faire comme études ou comme travail, si nous allons habiter en France ou en Allemagne. Beaucoup de gens me disent qu'ils ne comprennent pas comment je peux avoir si peu de certitudes sur mon avenir en étant enceinte. En fait, je me suis habituée au fait que les choses sont différentes chez nous, et qu'il faut de la spontanéité. L'idée d'être sur la route sans avoir d'objectif précis me dérange moins qu'avant. Tant que je suis avec Nil, on peut se sentir partout chez nous.
Nil : Un projet d'art plastique qu'elle avait dû faire à Montpellier, et pour lequel elle m'avait demandé de l'aide. C'était fait en pâte à mâcher et cela représentait une partie de l'oreille, le tout repeint en argenté. C'était assez gros. Elle a obtenu une terrible note pour ça, c'était très moche (rires) et du coup elle l'a accroché dans ma chambre et nous l'avons gardé. 

Propos recueillis par Benjamin Hardy et Emilie Kauff (www.lepetitjournal.com/cologne) Mardi 19 avril 2016

 

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