Témoignage au cœur d’un orphelinat en Inde

Par Marie-Diane Chaumette | Publié le 30/10/2019 à 00:00 | Mis à jour le 04/11/2019 à 10:12
Orphelinat mere teresa point coeur

Marie-Diane, partie en Inde pour être jeune fille au pair, approfondit son aventure en faisant du bénévolat. Elle nous livre ici ce qu’elle vit, ce qu’elle voit et raconte ceux qu’elle rencontre.

« L'une des difficultés de l'expatriation est de sortir de sa bulle francophone rassurante pour se confronter à la culture locale. Rien de tel qu'une plongée dans les entrailles du pays pour toucher une réalité bien loin de celle que l'on côtoie au quotidien.

Découvrir la vie d’un bidonville

Pendant plusieurs mois, je me suis rendue dans un orphelinat au Nord de Chennai. Même si j'en repars profondément heureuse, j'appréhende toujours ces visites. J'ai peur de mal faire, peur de ne pas comprendre, peur de ne pas aimer les enfants comme il faudrait, peur de me sentir bête et maladroite... La liste est longue ! Je n'ai jamais été très à l'aise avec le handicap et en plus, je me retrouve avec des gens qui ne parlent que tamoul ou un anglais très rudimentaire... Je me sens perdue au milieu des allers et venues des sœurs qui s'activent et des enfants jouant ou patientant dans leur chaise. Chaque sourire reçu est une bouée à laquelle me raccrocher. À ce moment-là, mes mots ne suffisent plus. Quelle frustration de ne pouvoir comprendre et être comprise ! C'est désormais aux enfants de m'apprendre leur langage, leurs codes. Se mettre à l'écoute du plus petit afin d'entrer dans son univers demande beaucoup d'humilité et de patience. Comment ne pas citer Sophia qui ne parle que par gestes car elle est sourde et muette ? Au début, ses amies étaient obligées de m'expliquer presque tout ce qu'elle essayait de me dire. J'ai progressé au fur et à mesure des semaines. Il m'arrive encore de ne pas saisir ce qu'elle veut me dire, même avec l'aide de ses amies, mais on en rit ensemble ! Malgré tout, je suis toute désolée de ne pas avoir réussi à la décoder. J'apprends à l'accepter avec la même simplicité que Sophia et les autres enfants..

 

D’abord, je dois m’adapter et persévérer

D'une fois sur l'autre, les besoins et les humeurs de chacun varient. Au gré des rencontres et des besoins des sœurs et des enfants, je vais donc plier le linge, emmener des enfants d'un étage à un autre, en nourrir un ou jouer avec un autre... On apprend à être multi tâche pour rendre service. Certains enfants sont plus faciles d'accès que d'autres mais chaque rencontre a son lot d'imprévus. Hemalata, par exemple, est trisomique et son humeur est très changeante. Je ne sais donc jamais à quoi m'attendre quand je l'approche. Il m'est arrivé qu'elle me pince alors que je m'étais simplement assise à côté d'elle tandis que la fois suivante, elle ne lâchait plus ma main ou mon bras et ne pouvait faire un pas sans moi ! Je l'ai donc aidée à déjeuner, à enfiler son uniforme de l'école et à se coiffer. J'ai été touchée de la voir manifester si exclusivement son attachement, d'autant plus savoureux qu'il n'est pas systématique. Nandini est, quant à elle, un peu ma protégée privilégiée car c'est la première petite fille dont je me sois vraiment occupée à l'orphelinat, en l'aidant à déjeuner. Je n'étais pas très à l'aise dans ce nouvel environnement et face à cette petite fille aussi intimidée par moi que je l'étais par elle. Pour la mettre en confiance et probablement aussi pour me rassurer, je m'efforçais de babiller en anglais et en français pour qu'elle entende ma voix. J'essayais aussi de dire avec mes yeux tout ce que je ne pouvais dire avec mes mots car même si elle ne parle pas, elle capte tout ce qui se passe autour d'elle.

 

Les filles sont ravies de prendre un selfie avec moi avant d'aller à l'école ! (Abhirami tout au fond, Pooja et Hemalatha au milieu, Sophia à ma gauche)
Les filles sont ravies de prendre un selfie avec moi avant d'aller à l'école  (Abhirami tout au fond, Pooja et Hemalatha au milieu, Sophia à ma gauche)

 

J’instaure doucement de la complicité et de la confiance

Petit à petit, on s'est apprivoisées ce qui m'a permis d'être plus assurée dans mes gestes et de mieux l'aider. Quand je monte l'escalier pour aller à l'étage des filles, c'est souvent Nandini que je vois la première. Quel plaisir de retrouver son immense sourire éclairer son visage quand elle me reconnaît ! Mon cœur bondit et je me fais une joie d'aller la voir et de lui parler. Je lui prends la main, la poursuit à quatre pattes dans le couloir et lui fais des chatouilles. Elle me répond avec ses mots à elle, avec son corps, son visage, ses yeux et son si beau sourire. C'est l'une des plus belles récompenses de ma persévérance. Si vous saviez le nombre de fois où je me suis demandé pourquoi j'étais là alors que je me sentais si malhabile !

 

Nandini et son sourire
Nandini et son sourire

 

Quand j'ai rencontré Maria, elle tenait précieusement un stylo et un cahier dans lequel elle a écrit son prénom puis le mien et plein de chiffres car elle adore compter. Elle parle difficilement mais a quand même essayé de m'apprendre à compter jusqu'à 20 en tamoul. J'ai été une bien mauvaise élève car il ne m'en reste pas grand-chose mais c'était un plaisir de voir son sourire à chaque fois que j'y arrivais... et sa patience infinie quand je me trompais ! Quand elle n'a pas son stylo, nous faisons de longues parties de batailles de pouces. Elle adore compter les points (en anglais ou en tamoul) et voir qu'elle gagne !

 

Des jeux avec Maria
Des jeux avec Maria 

 

Finalement, je suis profondément marquée

Je suis profondément marquée par les sourires de ces enfants. Ils se réjouissent si facilement des petites choses du quotidien ! Quand après les quelques heures passées à Shishu Bhavan, je retourne à l'école pour récupérer les enfants dont je m'occupe, je prends conscience du précipice qui sépare ces deux mondes. C'est comme une claque en pleine figure. J'en retiens que l'essentiel est d'apprendre à voir ce que l'autre peut m'apprendre avant de lui imposer ce que je veux ou peux donner. Je ne leur apporte que ma peur et mon sourire, ils me donnent leur confiance et leur joie... Ok, ils ont gagné : je reviens la semaine prochaine ! »

 

Pour en savoir plus , vous pouvez contacter Marie-Diane par l'intermédiaire du petitjournal.com : chennai@lepetitjournal.com 

 

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Marie-Diane profite de la fin d'un contrat en France pour partir découvrir l'Inde sur une longue durée. Fascinée par le pays et ses habitants, elle a décidé de mettre sa plume au service du Petit Journal de Chennai.
1 Commentaire (s) Réagir
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Trebuof lun 04/11/2019 - 09:39

Très beau témoignage....peut-être le début d'une vocation...

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