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Architecture à Phnom Penh, 2ème partie : le géant chinois

Par Victor Bernard | Publié le 15/11/2018 à 20:00 | Mis à jour le 15/11/2018 à 20:00
Photo : L'un des bâtiments de Koh Pich, dont la clientèle visée est chinoise. Crédits : Victor Bernard
bâtiment_chinois_Koh Pich

Il faut passer peu de temps à Phnom Penh pour réaliser la place qu’a prise la Chine dans la transformation architecturale de la capitale. Les architectes et designers cambodgiens peinent à s’imposer dans cette nouvelle configuration.

Les caractères chinois s’étalent sur les façades de la ville. La folie immobilière qui s’est emparée de Phnom Penh a laissé de côté de nombreux architectes cambodgiens, qui rêvent pourtant de faire revivre l’architecture khmère dans le sillage de Vann Molyvann par exemple qui est un modèle pour nombre d’entre eux.

Des espaces résidentiels réservés à une clientèle aisée

La plupart des ensembles architecturaux, condominiums et autres centres commerciaux dont la construction est soutenue par les promoteurs chinois sont créés à destination d’une clientèle riche, expatriée ou membre de la sphère aisée de la capitale. Les surfaces d’habitation sont effectivement très grandes et le standard de confort élevé. Ils se trouvent dans des quartiers parmi les plus prisés de Phnom Penh tels que Daun Penh, Diamond Island et Boeung Keng Kang 1.

Seul hic de cette stratégie, le nombre de ces futurs appartements excède très largement les habitants de la capitale qui auraient effectivement les moyens de pouvoir payer ce type de loyers. On assiste donc à la construction d’immeuble complètement vides et les publicités pour l’achats d’appartements en condominiums pullulent le long des routes de Phnom Penh et de sa banlieue.

Si la croissance économique du royaume laisse présager une hausse du pouvoir d’achat de la classe moyenne et supérieure du pays, il n’en reste que ces prédictions sont à très long terme et considérant la rapidité à laquelle s’enchaînent les chantiers de construction à Phnom Penh, il existera encore longtemps une réelle fracture entre l’offre et la demande pour ce type de propriétés.

Une absence de design flagrante

Les clients cambodgiens accordent très peu de d’importance au design, et fonctionnent par  imitation. Le modèle traditionnel de l’immeuble cambodgien est un espace étroit (pas plsu de 6m de large), sur plusieurs étages, avec dans la majorité de cas, un commerce au rez-de-chaussée. Lorsque les Cambodgiens rénovent leurs propriétés ou en font construire une nouvelle, ils donnent des informations souvent très précises sur leurs volontés, et ne prennent que rarement en compte le travail de design intérieur qu’effectue l’architecte.

L’aspect esthétique ainsi oublié, de nombreuses constructions perdent leur âme architecturale et de nombreuses habitations se répliquent simplement. De nombreux architectes se plaignent de cette absence d’attention apportée à l’architecture et au design de leurs bâtiments. Muygech Sok, 26 ans, a créé son propre cabinet d’architecture BMK Architects après avoir obtenu un diplôme au Cambodge et au Royaume-Uni en design et architecture : « Durant l’après-guerre, la plupart des habitants recherchaient simplement un endroit où vivre et se préoccupaient peu de la qualité esthétique de leur lieu de vie ».  Mais toujours selon cette jeune architecte, « ces cinq dernières années ont vu émerger une vision plus précise du design et de l’architecture comme un réel métier, et non plus comme un intermédiaire de construction ». L’imitation ne séduit plus autant qu’avant, mais il reste beaucoup de chemin avant de voir s’installer un véritable engouement pour des propositions architecturales nouvelles et audacieuse chez les Cambodgiens.

L’empreinte chinoise s’enfonce peu à peu dans le sol cambodgien

Les nombreux immeubles construits par l’intermédiaire de financements chinois visent une clientèle aisée et proposent donc des propriétés haut-de gamme. Mais beaucoup d’entre eux profitent du non-intérêt de la population cambodgienne pour l’esthétique extérieure et intérieure de ces habitations et axent leurs travaux sur l’efficacité et la rapidité des constructions. Selon Muygech Sok, « les compagnies font souvent appel à des architectes chinois, qui travaillent dans leur bureau, à l’étranger. Cela peut mener à une mauvaise conception des facteurs environnementaux, telles que la météo ou l’exposition au soleil du royaume ». Les éléments architecturaux déjà présents dans la capitale ne sont également pas toujours pris en compte, ce qui peut créer une mauvaise adaptation de ces nouvelles constructions au paysage phnompenhois actuel.

L’expansion architecturale chinoise profite également, selon un architecte indépendant arrivé au Cambodge il y a dix ans, « de la passivité des habitants ». Les citadins de la capitale prêtent peu d’attention à la multiplication des chantiers et ne protestent contre le manque d’espaces verts par exemple. Les constructeurs ne s’opposent donc pas à des protestations de la part de la population et en profitent pour construire sans considération des riverains.

Mais, d’après ce même architecte indépendant, « la situation est en passe de changer rapidement. Quelques écoles d’architectures et de design ont ouvert à Phnom Penh et la nouvelle génération, du côté des clients comme des architectes, est prête pour ce bouleversement des codes cambodgiens ». Vann Molyvann, pionnier de l’architecture cambodgienne moderne décédé l’an passé, a donc de nombreux successeurs en devenir. D’après cet architecte indépendant, « il était tout simplement le meilleur ». La solution viendrait donc de la jeunesse cambodgienne, prête à se réapproprier l’architecture de sa capitale.
 

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