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La chute d’Angkor scientifiquement expliquée

Par Victor Bernard | Publié le 06/11/2018 à 20:00 | Mis à jour le 07/11/2018 à 13:51
Photo : Angkor Wat, temple le plus emblématique de la cité antique d'Angkor. Crédits: Aleksandr Zykov/Flickr Creative Commons
Angkor_Wat

Une équipe de scientifiques de l’Université de Sydney, de l’APSARA (Autorité pour la protection du site d’Angkor) et des membres de l’école française d’extrême orient avancent une raison scientifique à l’abandon d’Angkor au 15ème siècle.

Angkor a régné sur l’empire khmer du 9ème 15ème siècle, avant d’être délaissée pour la région actuelle de Phnom Penh, beaucoup plus au sud où les différents rois s’installèrent à Oudong au 17ème siècle avant l’essor de la capitale actuelle dès le 19ème siècle.

Angkor, capitale du monde

Si aujourd’hui, Angkor accueille chaque année plusieurs millions de visiteurs et est devenu le symbole le plus emblématique du Cambodge au point de figurer sur le drapeau du royaume, ce n’est qu’à la fin du 19ème siècle que cet ensemble gigantesque fut complètement redécouvert. Son classement au patrimoine mondial de l’UNESCO ne date d’ailleurs que de 1992, après que la guerre civile l’ait miraculeusement épargné. 

Pourtant, du tant de son rayonnement, la cité d’Angkor a probablement été la ville la plus peuplée au monde, accueillant 500 000 habitants entre ses murs, probablement 1 million considérant les ensembles urbains qui s’étaient établis autour, selon les chiffres d’une étude menée par Christophe Pottier, qui a également participé à celle expliquant le déclin de la ville. Ces chiffres peuvent paraître dérisoire en comparaison avec le nombre d’habitants de nos centres urbains contemporains, mais ils font d’Angkor sans aucun doute le plus important centre urbain de l’époque préindustrielle.

Un emplacement d’exception

Située au nord-ouest du royaume actuel du Cambodge, la ville d’Angkor bénéficiait d’une localisation extrêmement privilégiée, notamment en matière d’irrigation. Le mont Kulen au nord de la ville et ses sources exceptionnelles fournissait l’eau nécessaire à la survie de la capitale sans interruption et le lac Tonle Sap au sud, plus grande étendue d’eau douce de toute la région du Sud-Est asiatique faisait usage de stockage pour les périodes de sécheresse. Angkor, au cœur de la plaine, devait en revanche établir de très nombreuses infrastructures permettant à l’eau d’être redistribuée en surface, au cœur de la ville. 

 

Exemple d'infrastuctures de surélèvement pour éviter les inondations sur le site d'AngkorExemple d'infrastuctures de surélèvement pour éviter les inondations sur le site d'Angkor. Crédits: Aleksandr Zykov/Flickr Creative Commons

 

Croissance démographique contre progrès technologique 

Selon l’étude, le système d’irrigation d’Angkor s’est construit proportionnellement à la rapidité de la croissance de sa population et se constituait majoritairement d’extensions et de ramifications apposées au réseau original. A l’apogée d’Angkor, au 13ème siècle, on décomptait 1013 infrastructures comprenant des canaux, digues et autres remblais dont l’utilité première était de contrôler le débit d’eau. L’assemblage final aurait fini par être complètement obsolète érodant peu à peu la majeure partie des édifices formant la cité d’Angkor.

Certes, les régulières attaques du royaume siamois voisin d’Ayutthaya ont largement contribué à la chute d’Angkor mais les fortes moussons entrecoupées de fortes sécheresses qui ont affaibli le royaume khmer durant le 14ème siècle ont probablement accéléré le déclin de celle qui avait été l’une des villes les plus technologiquement avancées de son époque, engendrant la dispersion d’une grande partie de son immense population sur le territoire cambodgien actuel. 

Des ambitions extérieures des pays voisins, une croissance incontrôlée et un système de distribution d’eau insuffisant bien qu’ultra moderne, voilà ce qui aurait plongé Angkor dans l’abandon le plus complet. 
Aujourd’hui encore à Angkor, après les désastres causés par les inondations de 2009 et 2013, l’APSARA a eu recours à l’aide de la France pour un projet d’un million d’euros pour installer un système de télémétrie sur vingt stations autour des différents sites d’Angkor afin d’égaliser et de contrôler le débit d’eau tout autour de la région, s’étalant sur près de 1000 kilomètres carrés. 
 

2 Commentaire (s)Réagir
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Alinou mer 07/11/2018 - 09:50

Bel article, bien argumenté et documenté

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Bob Iardin mer 07/11/2018 - 09:44

Quand cessera-t-on d'utiliser le mot "chute" pour parler de l'abandon d'Angkor par les rois khmers ?

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