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COMMUNAUTE – Le jour où je suis devenu Cambodgien

Par Lepetitjournal Cambodge | Publié le 08/08/2011 à 00:00 | Mis à jour le 08/02/2018 à 13:03

Par amour ou pour affaires, ils ont décidé d'adopter la nationalité cambodgienne. Trois Français racontent les embûches administratives et les tarifs arbitraires. Un parcours du combattant au bout duquel la reconnaissance n'est pas toujours au rendez-vous

Le Cambodge est entré dans leur vie pour ne plus en sortir. Pierre-Yves Clais, Jean-Claude Dhuez et Pierre-Yves Catry sont trois Français qui ont fait le choix d'adopter la nationalité cambodgienne.

Le changement est avant tout symbolique. La démarche trouve son origine dans un désir d'appartenir officiellement à ce pays dans lequel ils ont décidé de passer le reste de leur existence. Pierre-Yves Clais débarque littéralement au Cambodge en 1992 en tant que casque bleu. Sur la plage d'Ochenteal à Sihanoukville, les militaires sont accueillis dans la liesse populaire. C'est le coup de foudre. "Je suis tombé amoureux de ce pays : des filles, des paysages, des couleurs, de la liberté...", se souvient-il. Quatre ans plus tard, il épouse Chenda, une Cambodgienne avec qui il aura trois enfants. "J'étais le seul étranger de la famille, raconte-t-il. Aux temples d'Angkor par exemple, je devais payer et pas les autres. C'est assez énervant d'être le chef de famille mais d'être soumis à un autre régime.'' Expatrié depuis 1991, Jean-Claude Dhuez s'est lui aussi marié à une Cambodgienne. Père de deux enfants, c'est un "désir d'intégration" qui le pousse à devenir citoyen du Royaume.

Si l'obtention de la nationalité devait leur permettre de ne plus se sentir étranger, elle offre aussi des avantages concrets. Devenir cambodgien était une sécurité pour Pierre-Yves Clais. Pragmatique, il savait que cela lui assurerait une plus grande protection au niveau de ses enfants et de ses biens en cas de divorce. "On ne sait jamais de quoi la vie sera faite. Donc ma femme, qui m'a aidé dans mes démarches, a fait en sorte que je sois protégé contre elle !", constate-t-il avec humour. Kinésithérapeute à Phnom Penh, Jean-Claude Dhuez a lui pu pratiquer son activité légalement et de manière officielle, les étrangers n'étant pas en droit d'ouvrir un cabinet privé à leur nom.
Pour Pierre-Yves Catry, l'intérêt de la démarche résidait clairement dans les avantages fonciers qu'elle présente. Né à Phnom Penh en 1968 de parents français, il quitte le pays à l'age de cinq ans pour le Japon, puis la France. Lors de son retour au Royaume en 1992, il relance avec ses parents la société d'ingénierie industrielle Comin Khmere. "Je me plaisais au Cambodge, je n'avais pas envie d'aller ailleurs", confie-t-il. "Obtenir la nationalité était un moyen d'être propriétaire plus facilement, d'acheter du terrain, de construire ma maison.''

De par leur naissance ou leur situation familiale, les trois hommes pouvaient légitimement prétendre à l'obtention de la nationalité cambodgienne. Décidés à "faire ça dans les règles " sans chercher à court-circuiter le système, ils se sont alors lancés dans le labyrinthe des démarches administratives.

Pierre-Yves Clais et sa famille (Crédit photo : Pierre-Yves Clais)

Un parcours du combattant
La voie "normale" n'est en effet pas la plus simple, ni la plus rapide. De ministère en ministère, comptez une à trois années de procédure à partir du dépôt du dossier. En 1998, le changement de gouvernement oblige Pierre-Yves Catry à reprendre ses démarches à zéro. Idem pour Jean-Claude Dhuez, mal informé au départ, qui pourra néanmoins compter sur l'aide gracieuse de deux personnes influentes. Mais sans cet appui amical, c'est au porte-monnaie qu'il faut avoir recours. "A chaque dossier qu'il faut monter, on doit graisser la patte pour que les papiers soient signés", déplore Pierre-Yves Catry qui a déboursé plus de 4.000 dollars au total. "C'est à la tête du client, explique Pierre-Yves Clais, Cambodgien depuis trois ans. "Il n'y a pas de prix légal ou s'il y en a un, on ne vous le dit pas? La plupart des gens qui font la demande de naturalisation sont des Coréens ou des Chinois qui en ont besoin pour affaires. Ils ont de l'argent et ce sont eux qui fixent le prix de base."

Et au bout du tunnel, la reconnaissance n'est pas toujours au rendez-vous. L'obtention du passeport cambodgien par exemple reste soumise à la loi de la couleur de peau. "En tant que blanc, je devrais payer 750$ pour avoir le passeport", constate Pierre-Yves Clais, Il n'est valable que cinq ans alors je préfère payer un visa à l'année?"  Les contrôles d'identité restent fréquents et la nécessité de "justifier sa khméritude" peut s'avérer pesante. Jean-Claude Dhuez note malgré tout une certaine fierté des Khmers à voir un étranger désireux d'être cambodgien. Mais pour les trois hommes le sentiment d'être un citoyen de seconde zone domine. "Il arrive parfois que la réaction soit : "oui mais vous êtes avant tout étranger", il faut donc que je me batte pour obtenir le tarif cambodgien", explique Jean-Claude Dhuez.

"Ce n'est pas un sésame qui fait que les Cambodgiens vont vous reconnaitre comme un pair", avertit Pierre-Yves Clais." Mais je suis très content et reconnaissant d'être un sujet du Roi ! Le Cambodge m'a apporté beaucoup, j'ai essayé de lui donner aussi. Pour moi la vie ici est belle et vivre c'est aussi faire des compromis."

Camille Lorente (www.lepetitjournal.com) Lundi 8 août 2011 {jcomments off}

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