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J’AI TESTÉ POUR VOUS- Découvrir Phnom Penh sur un sofa

Par Lepetitjournal Cambodge | Publié le 06/01/2012 à 00:00 | Mis à jour le 05/01/2018 à 08:30

Tous les voyageurs connaissent cette situation : le sommeil s'abat sur nous après un long voyage, on rêve d'un lit n'importe où, mais notre porte-monnaie est vide... Une alternative intéressante est celle du "couchsurfing", permettant de voyager sans être obligé de quitter son canapé

La plupart des hôtes d'Emmanuel Maillard sont des françaises. (Crédit photo : Sarah THUST)

Avant de dormir chez quelqu'un, on veut faire connaissance avec lui. Les statistiques proposées sur le site Couchsurfing.org, qui met en relation les voyageurs et ceux qui proposent leur canapé ("couch", en anglais), montrent quelques généralités sur les couchsurfers. Au moins 891 d'entre eux vivent au Cambodge, et ceux-ci parlent 110 langues au total. Plus de 80% d'entre eux parlent anglais, 17% environ parlent le français et ils sont 16% à parler le Khmer. La plupart des couchsurfers vivent à Phnom Penh, mais il y en a également à Battamabang, Takea ou Banlung. En général, ce sont davantage les hommes qui osent cette possibilité de logement gratuit. Les femmes, qui représentent 36% des couchsurfers, sont plus réticentes. La moyenne d'âge des voyageurs est de 30 ans, mais le couchsurfer le plus âgé en 60 ! Les statistiques du site montre également que 3.137 expériences de couchsurfing au Cambodge se sont bien passées. C'est cette dernière information qui motive mon voyage sur les canapés de Phnom Penh.

En tant que femme, j'ai surtout une appréhension avec les hôtes hommes. Ma première rencontre est Emmanuel Maillard, âgé de 32 ans. Ce Français, qui parle couramment anglais et allemand, a l'air sympathique et serviable. Il m'annonce que 65% de ses hôtes sont des femmes, souvent d'origine française :  "Je sais qu'elles ont plus de difficultés pour trouver un lieu où elles se sentent en sécurité. Chez moi, elles ont leur propre lit, je fais confiance à mes invités : je leur donne des clés et un portable". Il a commencé le Couchsurfing en 2009 et reçoit parfois 5 demandes par jour ! "J'ai rencontré une polonaise qui fait ça chez mes amis. En ce moment, je sais déjà que je vais voyager à Bangkok et à Berlin, et que cette alternative peut être très intéressante". Ses expériences de couchsurfing ont globalement été très positives : "Bien sur, il y a des personnes avec qui tu accroches plus ou moins. Pourtant, je reste en contact avec 10% de mes invités". Il accueille 4 personnes par mois, ce qui lui donne la possibilité de faire connaissance avec d'autres nationalités s'il ne peut pas voyager. Mais tout de même, en tant que femme, je préfère loger chez une fille, alors je continue mes recherches.

"Chaque visite apporte quelque chose dans notre vie"
Je rencontre un couple canadien : Michel Leroux a 48 ans, sa femme Christine Hanna, 49. Depuis 2008, ces deux professeurs font partie du réseau de couchsurfing, ils ont commencé à Tunis. Ils ont voyagé dans 38 pays, depuis l'Andorre jusqu'au Vietnam. "Un collègue de travail avait invité un jongleur à donner une représentation dans sa classe de mathématiques. Je lui ai demandé comment il avait fait pour rencontrer une personne si intéressante, il m'a répondu que son invité faisait du couchsurfing", raconte Michel Leroux. Le couple propose sa propre chambre et un lit à l'invité de passage. "Nous aimons tellement partager notre appartement, partager des repas et des discussions intéressantes avec tous ces gens magnifiques". Le couple reçoit plusieurs demandes d'hébergement chaque semaine. Parce qu'ils ne peuvent pas toutes les accepter, ils ont choisi de recevoir en fonction des dates indiquées dans les demandes de couchsurfing.

Michel Leroux et Christine Hanna ont voyagé dans 38 pays. (Crédit photo : Sarah THUST)

Eux non plus ne se souviennent pas de mauvaises expériences : "Chaque visite apporte quelque chose dans notre vie. Les gens qui voyagent en se servant de Couchsurfing ont le goût de rencontrer d'autres personnes pour pouvoir partager". J'ai ce goût-là, mais je n'ai pas de chance : le couple part en voyage pendant les semaines à venir.

Eric Gonzales accueille Natilée McGuder dans une grande maison, de l'autre côté du pont japonais. (Crédit photo : Sarah THUST)

En continuant mes recherches sur Couchsurfing.org, je tombe sur Eric Gonzales, dont les statistiques m'étonnent. Cet américain a accueilli presque 100 personnes depuis mars 2010 ! Cet homme de 27 ans vit au Cambodge, parle Khmer et habite dans une grande maison possédant 7 chambres, de l'autre côté du pont japonais. A tous ses couchsurfers, il offre une salle de bain et un ventilateur. Même lui ne se souvient pas d'une mauvaise expérience : "Les couchsurfers sont très différents et très indépendants. Le plus grave, c'est quand ils laissent leur chambre sale après le départ. J'ai tout de même fait une pause maintenant, pour respecter mon propriétaire". En ce moment, il héberge seulement Natilee McGuder, une étudiante en droit : "La vie est très facile au Cambodge, j'aime bien ça. Ici, chez Eric, mon voyage prendra fin après quelques semaines de couchsurfing dans ce pays". Je suis contente d'avoir entendu son histoire, mais je ne veux pas loger si loin du centre de Phnom Penh ni dans une maison si grande.

Samnang insiste sur un coup de téléphone avant l'accueil

Comme je veux bien loger chez un local, j'envoie un message à Samnang Chum. Il a 31 ans, est connecté depuis 2010 et travaille à Phnom Penh comme les autres hôtes. Il ne cache pas qu'il préfère accueillir des homosexuels sur son profile : "Je reçois beaucoup de demandes, tous les jours, c'est pour cela que j'ai instauré des critères pour les couchsurfers : ne pas dormir seulement une nuit, la propreté, la ponctualité, et un coup de téléphone avant d'arriver". Pour lui, le couchsurfing, ça n'est pas seulement pratique, c'est davantage une question de donner et de recevoir. "Par exemple, pendant mon dernier voyage à Bangkok, mon hôte m'a appris à naviguer à la voile". Samnang est honnête, ouvert et raconte des histoires très intéressantes, mais le but de ma recherche est une khmère.
Samnang Chum préfère accueillir des homosexuels. (Crédit photo : Sarah THUST)

Kimlan Teung est une des première khmère à avoir tenté le couchsurfing. (Crédit photo : Sarah THUST)

Enfin, Kimlan Teung, 25 ans, répond à mon message. Elle est très occupée en ce moment, entre son travail et ses cours d'allemand, mais elle trouve un peu de temps à me consacrer. "J'étais une des premières khmère à m'inscrire sur Couchsurfing.org au Cambodge", raconte t-elle. En 2008, elle a commencer à se faire des contacts et elle a ensuite voyagé en Europe pour rencontrer ses couchsurfers chez eux. Maintenant, Kimlan parle couramment anglais et a rencontré 51 personnes à Phnom Penh, au moins pour un petit café. "La seule chose que je n'aime pas, c'est quand les gens arrivent sans rien dire". Je me réjouis, curieuse, de ma soirée avec Kimlan mais celle-ci ne me laisse pas espérer : "En ce moment, je n'ai pas vraiment le temps de t'accueillir". Je finis donc la journée dans mon appartement, mon canapé est vide, mais les histoires intéressantes des couchsurfers me suivent dans mes rêves.

 

 

Sarah THUST (www.lepetitjournal.com/cambodge) Vendredi 6 décembre 2012

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