ENTRETIEN – Im Sethy, “rendre les écoles meilleures“

Par Lepetitjournal Cambodge | Publié le 18/02/2009 à 01:00 | Mis à jour le 13/11/2012 à 13:29


Dans un entretien avec le Phnom Penh Post, Im Sethy, Ministre de l'éducation, revient sur les changements survenus dans le système éducatif cambodgien depuis la fin du régime des Khmers Rouges, et sur les mesures à prendre pour l'améliorer. Il présente aussi les actions du Ministère visant à pourvoir l'ensemble des classes du pays en matériel éducatif sur le régime des KR

(Source photo-The Phom Penh Post)
(Cambodge) Comment percevez-vous l'évolution du système éducatif ?

En 1979, nous sommes repartis de zéro. Comme vous le savez, 80% des enseignants ont été tués pendant la période des KR et la majorité de ceux qui restaient en vie n'enseignaient que le niveau primaire. Seulement 10% des bâtiments scolaires étaient encore en état. La mission du ministère de l'éducation était donc énorme. Nous devions en fait réorganiser un système éducatif délabré.
Nous pouvons être optimistes car nous avons beaucoup avancé depuis. Bien sûr certains ne sont pas satisfaits, et il y a encore des problèmes de qualité dans de nombreux domaines. Mais regardez les changements : à la rentrée des classes du 24 septembre 1979 nous avions un programme de 10 années d'étude et quelques 900,000 étudiants. Aujourd'hui, le système prévoie 12 années d'étude et offre un accès gratuit à l'éducation.
Notre époque est celle de l'éducation pour tous. Au Cambodge, 93% des enfants vont à l'école. Evidement ce n'est pas suffisant mais nous faisons notre possible pour satisfaire les besoins de tous.

Vous parlez d'accès gratuit à l'éducation, cependant beaucoup d'élèves doivent payer leurs enseignants?
La plupart de ces irrégularités concerne les grandes villes. En province, ces pratiques sont beaucoup moins courantes car les gens n'ont pas assez d'argent. Cela ne concerne donc pas tout le monde.
Nous essayons d'empêcher cette pratique. Nous admettons que les salaires des enseignants ne sont pas suffisants et c'est pourquoi nous accordons des bonus à ceux qui donnent des cours supplémentaires et ceux qui travaillent dans les provinces les plus reculées. Comme l'an dernier, certains professeurs seront augmentés de 20% de leur salaire en 2009.

Quelles sont vos priorités en matière de réforme?
Dans un premier temps, le point essentiel est de s'assurer que tous les enfants en âge d'aller à l'école puissent le faire. En ce qui concerne l'accès à l'éducation, nous espérons abolir les différences entre les riches et les pauvres, les garçons et les filles, et aussi entre ville et campagne. C'est pourquoi nous devons construire plus d'écoles et agrandir les établissements actuels, surtout dans les zones les plus reculées.
Notre devoir est d'améliorer la qualité de l'éducation à travers ces réformes. Sans elles, il n'y aura pas de progrès. Nous devons prioritairement rétablir l'ordre selon la réglementation déjà en place.
Prenons l'exemple de la retraite. Tous les enseignants devraient partir en retraite à 60ans. Maintenant, certains le font, d'autres ne le font pas. Les règles doivent s'appliquer pour tous.
Un autre exemple : nous recevons des critiques selon lesquels les élèves sont trop nombreux à redoubler ou à abandonner l'école. Pour remédier à ce problème, nous devons changer les règlements. Aujourd'hui un élève absent un certain nombre de jours est automatiquement mis en échec. Mais si un élève ne vient pas à l'école, alors quelqu'un devrait pouvoir rendre visite aux parents, et trouver une solution au problème.
De manière générale, nous entrons dans une phase de consolidation de notre système éducatif. Nous manquons à la fois de la classes, et d'enseignants, mais sur le long terme nous prévoyons un système éducatif avec suffisamment de ressources pour accueillir les élèves toute la journée.

Comment peut-on améliorer la qualité de l'éducation?
Nous devons nous concentrer sur la formation des professeurs. La formation continue pour les enseignants est essentielle. Ils doivent recevoir des cours hebdomadaires de méthodologie. Nous leur conseillons d'étudier à temps partiel. Ils obtiendront de meilleurs salaires s'ils obtiennent de nouveaux certificats de formation.
Mais la formation pour les enseignants, qui doit être flexible par la différence de niveau entre eux, n'est pas suffisante. Nous devons porter l'effort là où l'enseignement n'est pas accessible à tous.
L'éducation est un facteur d'intégration pour les habitants des zones les plus reculées qui ont leur propre langue et culture. Dans un seul et même état, on ne peut avoir plusieurs systèmes d'enseignement parallèles. Nous devons partager une langue commune, la langue officielle, sans pour autant empêcher ces populations de préserver leur propre langue et culture. Nous voulons un système éducatif inclusif.

Quid de la qualité de l'enseignement universitaire?
Nous travaillons sur des standards éducatifs qui nous permettrons de définir les niveaux de compétences requises. Nous avons déjà établi ces normes pour les niveaux 3, 6 et 9 avec le soutien de l'USAID.
Il nous faut faire la même chose au niveau universitaire. Les universités privées devront aussi se conformer à ces standards.

Le régime KR n'est quasiment pas abordé en classe. Quels sont les défis d'un tel enseignement, et quelles sont vos propositions ?
Après le génocide nous avons essayé de parler de cette période mais la communauté internationale nous a accusé de ''politiser le système et d'impliquer les enfants dans des querelles politiques''.
Après les accords de paix de Paris en 1991, la même communauté internationale nous a demandé de ne plus utiliser le mot ''génocide''. Plus tard, des problèmes sont apparus, les différentes forces politiques ayant des divergences quant à l'interprétation des cours d'histoire enseignés en 12e.
Pourtant il est essentiel pour chacun de connaître le passé de son peuple. Nous travaillons donc avec DC-Cam (le Centre de Documentation du Cambodge) afin de pouvoir parler de cette période. La jeune génération doit comprendre la situation du pays, et savoir ce qui c'est passé. Elle doit mieux connaître l'histoire du Cambodge, et mieux connaître l'histoire du monde.

Quand pensez-vous que les cours sur les KR seront inscrits au programme?
Cela devrait être fait dans les semaines à venir.

Anne Laure Poree de notre partenaire The Phnom Penh Post
Traduit par A.C. (LePetitJournal.com Cambodge) mercredi 18 février 2009

Retrouvez cet article et le reste de l'actu en anglais sur http://www.phnompenhpost.com/


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Raphael Ferry

Rédacteur en chef de l'éditon Cambodge.