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KHMERS ROUGES - Le tabou des mariages forcés levé par Lida Chan

Par Lepetitjournal Cambodge | Publié le 24/06/2011 à 00:00 | Mis à jour le 08/02/2018 à 13:03

Journaliste, documentariste, Lida Chan est une femme aux prises avec les questions contemporaines de son pays, le Cambodge. Les femmes sont au cœur de son travail. Elle réalise un premier documentaire en 2010. Le court-métrage sur une ancienne prostituée, My Yesterday Nigth est présenté au festival du Cinéma d'Asie à Vesoul. En 2011, c'est au tour de la question des 250.000 personnes victimes des mariages forcés sous le régime des Khmers Rouges, dans Les Noces Rouges, d'être disséquée par cette jeune cinéaste de 31 ans. Le documentaire de 58min a été projeté au Cinéma du Centre Culturel Français le 22 juin et le sera de nouveau le 24 juin au Centre Bophana et le 9 juillet à la Meta House. Rencontre

(Lida Chan - crédit photo : Centre Bophana)

Lepetitjournal.com: Pourquoi avoir choisi le thème des femmes victimes de mariages forcés sous le régime des Khmers Rouges entre 1975 et 1979 ?

Lida Chan: Parce que la violence sexuelle sous les Khmers Rouges reste un gros tabou ici. On parle toujours des massacres, du travail forcé, de la famine, et des tortures. Et puis c'est le bon moment, le procès des Khmers Rouges est en cours. Lors du cas de Douch, la Chambre Extraordinaire au sein des Tribunaux Cambodgiens (CETC) a reconnu en 2010 le mariage forcé comme crime contre l'humanité. Mon but est de casser le silence autour de cette question, car il y a eu beaucoup de victimes. Les femmes n'osent pas en parler, elles en ont honte. Ici au Cambodge, encore aujourd'hui, ce sont les hommes qui choisissent leur femme et pas l'inverse. La virginité est un enjeu important, une femme qui n'est pas vierge au mariage, c'est mal considéré. Il faut ouvrir le débat.

Au Cambodge, la question des Khmers Rouges reste quelque chose de sensible. Pensez-vous que ce film peut permettre une meilleure compréhension de la période, notamment auprès des jeunes ?


Dans les manuels des écoliers, la période du Kampuchea Démocratique se restreint à une page seulement. Et puis dans les familles les parents qui ont vécu le régime des Khmers Rouges n'en parlent pas beaucoup aux enfants. Ils ont toujours peur, ils pensent que s'ils en parlent, ils peuvent subir des vengeances de la part d'anciens Khmers Rouges. Et puis en général, les gens n'ont pas beaucoup de documentation sur le sujet. Pour toutes ces raisons, il est difficile pour les jeunes de s'informer sur cette question et donc de s'y intéresser.

Dans de telles conditions, pensez-vous qu'il est possible qu'il puisse avoir une prise de conscience de la part des Khmers vis-à-vis de leur histoire récente ?

Les choses changent. Je sais qu'il existe des ONGs qui militent auprès du ministère de l'éducation pour mettre la période des Khmers Rouges dans les programmes scolaires. C'est une question extrêmement importante, les jeunes doivent savoir. Il faut créer un dialogue entre les parents et les enfants. Je pense que l'intérêt pour ce passé, qui est le notre, va se développer de plus en plus dans un avenir proche. J'espère que le CETC va apporter des réponses aux gens qui ont été victimes de ce régime. J'espère que ça va lancer le débat au sein de la société khmère. Il est important de parler de son passé. Sinon l'Histoire peut se répéter et ça, nous ne le voulons pas.

C'est pour ça que vous avez choisi de suivre Sochan Pen, une femme qui cherche des réponses ?


Avec Guillaume P. Suon, mon co-réalisateur, on a voulu laisser la parole à une des victimes. Dans les Noces Rouges, il n'y a pas de commentaires, il n'y a que la voix de Sochan Pen. Elle a une histoire très intéressante. Elle nous a beaucoup touché. On l'a forcé à se marier à 16 ans en décembre 1978, quelques semaines seulement avant la libération par l'armée vietnamienne. Cette épisode de sa vie reste un vrai traumatisme pour elle. Elle veut comprendre pourquoi. Elle veut savoir qui a été responsable de son sort. Elle est dans une quête de vérité. C'est une femme formidable. Elle a su reconstruire sa vie malgré ce qu'elle a subi, elle a eu cinq enfant avec son deuxième mari qui est maintenant décédé. Sochan Pen a eu le courage de se confronter aux anciens Khmers Rouges. Elle a osé porter plainte contre les dirigeants Khmers Rouges, ce qui est une preuve de courage. En tant que jeune femme khmère, elle m'a beaucoup appris.

Propos recueillis par Eric Kuoch (www.lepetitjournal.com) Vendredi 24 juin 2011

Prochaines projections :

- 24 juin : Centre Bophana, #64 rue 200, Phnom Penh

- 9 juillet : Meta House, #37 Sothearos Boulevard, Phnom Penh

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