NICOLAS TRIBOI - Retour aux sources

Par Lepetitjournal Bucarest | Publié le 28/06/2015 à 22:00 | Mis à jour le 24/09/2015 à 20:45

C'est l'aspect encore vierge de la nature qui l'a poussé à s'installer en Roumanie. Depuis dix ans, Nicolas Triboi travaille les paysages publics ou privés pour le compte des autorités locales ou des particuliers qui veulent bien faire appel à lui. Il a retrouvé entre temps ses origines.

Photo : Mihaela C?rbunaru

Quand il rentre ses animaux pour la nuit - il a une trentaine de chèvres et de moutons - en leur criant les mêmes mots étranges qu'utilisent les bergers roumains, il semble appartenir depuis toujours aux montagnes qui l'entourent. Coiffé d'un chapeau noir usé par le temps et habillé d'une peau de mouton retournée, il est plus roumain que les Roumains. Dans la rue principale en terre du petit village de Lunca Gârtii, à 130 kilomètres au nord-ouest de Bucarest, où il habite aujourd'hui, il se fond à ce paysage montagnard qu'il côtoie depuis dix ans. ''Quand je suis arrivé pour la première fois dans ce village, pour venir voir celle qui est devenue ma femme, j'étais venu de Bucarest en vélo. Après deux jours de périple, je suis arrivé tout transpirant et son père m'a accueilli en disant ''avem un musafir'' (nous avons un invité, ndlr). J'étais gêné car je pensais qu'il me comparait à un saphir'', se rappelle-t-il.

Nicolas Triboi, 35 ans, n'est pas un étranger comme les autres. Son père est Roumain. Ingénieur agronome, il a quitté le pays dans les années 60 pour s'installer dans le petit village de Joze, en Auvergne. Il n'a jamais caché ses origines à ses enfants, mais ne leur a jamais appris la langue, ni imposé de visiter son pays natal. C'est un désir mystérieux qui a poussé Nicolas Triboi à venir faire un stage à Bucarest en 2001, dans le cadre des études de paysagiste qu'il suivait à l'École nationale supérieure de la nature et du paysage de Blois. ''J'ai découvert la vie rurale et montagnarde de la Roumanie, les chemins forestiers où le tourisme n'a pas encore fait ses ravages et les gens du coin, qui ne connaissent pas le ''gortex'', dit-il. La Roumanie n'est pas si corrompue. J'ai rencontré ici des hommes intègres et profonds.''

Couteaux de berger

Depuis, Nicolas Triboi s'est marié et définitivement installé dans le village de Lunca Gârtii, d'où sa femme est originaire. Ils ont deux enfants. 

Il a monté sa petite entreprise paysagiste, l'Atelier Foaie Verde, et il voyage dans toute la Roumanie pour aménager des jardins de particuliers ou repenser des paysages citadins ou ruraux. On a fait appel à lui pour le jardin de l'Institut français de Bucarest, par exemple, ou les espaces verts du nouveau Lycée français. L'architecture du paysage reste une discipline peu connue en Roumanie. ''Il existe un marché et beaucoup d'argent, surtout à Bucarest. Mais la corruption l'empêche de se développer dans de bonnes conditions, détaille Nicolas Triboi. Certaines mairies ont installé des bancs dans les parcs tous les trois mètres, d'autres ont acheté des arbres qui coûtent chers mais qui sont mal plantés et meurent très rapidement. Aujourd'hui, il existe de plus en plus le souci d'organiser l'espace public pour montrer que l'on prend soin de la ville. La démarche qualité est toutefois rare.''

Sa petite entreprise ne connait pas la crise, mais il cherche à se diversifier. Du coup, il a acheté des animaux et s'est mis à faire des tommes de chèvre et de brebis. Le lait est roumain mais le goût est français. Pour l'instant, il peaufine sa technique mais n'exclut pas d'en vendre à terme. En parallèle, il a développé une petite coutellerie avec un partenaire roumain. Il importe les lames de Thiers, tout près de chez lui, et travaille les manches artisanalement, en s'inspirant des couteaux que les bergers du coin se façonnent eux-mêmes. Produire localement pour vendre localement, c'est sa marque de fabrique.

Jonas Mercier (www.lepetitjournal.com/Bucarest) Lundi 29 juin 2015

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