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BUCAREST CENTENAIRE - Le Palais Nifon, une miette d'histoire

Par Bucarest/Centenaire | Publié le 22/08/2018 à 00:00 | Mis à jour le 22/08/2018 à 09:03
Capture street view Palatul Nifon2

À la fin du XIXe siècle, l’écrivain et homme politique, Dimitrie R. Rosetti, dédiait seulement quelques lignes de son Dictionnaire des contemporains à Nifon Rusaila, y donnant une courte biographie de l’Archevêque et Métropolite de l’Ungrovlachie, complétée par une liste encore plus courte de ses principales publications. Or, le clerc orthodoxe a gagné son droit d'être parmi les gouvernants de la Petite Roumanie, luttant pour l’union des Principautés aux côté des anciens révolutionnaires de 1848, soutenant les grandes réformes d’Alexandru Ioan Cuza, dont la sécularisation des biens de l’Eglise, et encourageant la politique moderniste du futur roi Carol I. Il avait mis l'état et sa composante sociale devant les intérêts de l'Église Orthodoxe Roumaine, considérant que l’origine et le statut social n’effaçaient pas la nationalité ; ils étaient tous Roumains, unis par les mêmes croyances, les mêmes sentiments et le même sang.


Guidant son peuple pendant une décennie, le Métropolite Nifon reçoit en 1865, le titre de primat - selon l’ancienne hiérarchie ecclésiastique, il devenait chef du Synode et de l’Eglise des Principautés Unies. Il était aussi présent sur la scène politique roumaine, présidant les Assemblées délibérantes et les Assemblées Nationales de la Valachie, devenant plus tard, le chef du premier Sénat de la Roumanie. Plus que quiconque il avait compris le rôle instructif et civilisateur de l’Eglise dans l’ensemble de la société roumaine, saisissant aussi la nécessité de la formation d’un clergé impliqué et modeste ; de cette manière, durant les dernières années de sa vie, le prélat fonde et finance le Séminaire Nifon Mitropolitul, cette unité d'enseignement ayant fonctionné durant presque huit décennies, parmi ses diplômés on comptait non seulement des prêtres, mais aussi des centaines de professeurs, d’artistes et d’hommes de science. Il a assuré la continuité de la réforme concernant l’enseignement public, promulguée en 1864 par Cuza, en offrant des bourses aux élèves méritants mais pauvres. Quant à ses nombreuses actions caritatives, on n'en comptait plus le nombre.


L’évêque meurt le 5 mai 1875, étant inhumé au cimetière du Monastère Cernica, où il avait commencé sa vie monacale. Le passage des années a prouvé que les officialités ne l'avaient pas oublié, parmi lesquels se distingue le monarque de la Roumanie, le roi Carol I. Peu après la proclamation de l'indépendance d'état, la métamorphose socioculturelle de Bucarest commence, suivant le modèle des capitales européennes occidentales. L’ancien pont de la Mogosoaia, devenu l’avenue Victoriei, semblait revendiquer une nouvelle apparence, dans l’esprit de la modernité ; les premières auberges démolies ont été les anciennes auberges de la période phanariote.


Le même destin a été celui de l'auberge Grecescu sur les ruines duquel l’architecte de la cour royale, Paul Gottereau, reçoit l’ordre de bâtir le Palais Nifon le Mitropolite. Inauguré en 1888, l’édifice représente un éloge adressé au prélat, à sa nature modeste. La façade dévoile la prédilection de l’architecte français pour le néo-classicisme, dont le langage architectural caractérise les institutions publiques des états démocratiques. Dominée par une simplicité rationnelle mais massive grâce aux proportions monumentales, la bâtisse est d’une sobriété pittoresque ; les résonances de l’architecture romane s’intègrent parfaitement au décor bucarestois de l’époque, ses arcs brisés et ses formes rectangulaires étant adoucies par la rondeur des lucarnes de la mansarde. L’austérité de l’immeuble imposait une sorte de respect, soutenu par le nombre restreint de moulures et la souplesse des piliers du balcon, qui symbolisaient la fugacité de l’être humain.


Le Métropolite Nifon avait anticipé cette nature passagère de l’homme, comme son testament en témoignait : Toutes mes richesses parentales, toutes mes interminables restrictions, que je me suis imposées, tout ce que j’ai amassé depuis mon plus tendre âge, je le consacre de tout mon cœur pour l’enseignement des fils présents et futurs de la Roumanie, ma chère et tant aimée patrie.

 

 

Sources : E-architecture.ro, Ziarullumina.ro   

 

Ana-Maria Roșca

 

 

Article réalisé dans le cadre du Programme Culturel București - Centenar avec le soutien de Primăriei Municipiului București à travers Administrația Monumentelor și Patrimoniului Turistic 

 

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Toutes les personnalités roumaines qui ont marqué ces 100 dernières années, dans le cadre de la célébration du centenaire de la grande Roumanie, en partenariat avec l'AMPT (Administratia Monumentelor si Patrimoniului Turistic)
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