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BUCAREST CENTENAIRE - Emil Cioran, une âme incomprise

Par Bucarest/Centenaire | Publié le 28/06/2018 à 00:00 | Mis à jour le 28/06/2018 à 07:03
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Derrière l’ironie mordante du philosophe Emil Cioran, se cache en réalité un dévouement immuable pour sa famille et pour les contrées de sa Roumanie natale ; jusqu’au dernier jour de sa vie, son village natal, Rășinari, est resté pour lui un Paradis perdu, qu'il lui a été interdit de revoir après la Deuxième Guerre Mondiale. En exil, la Roumanie de sa jeunesse lui manquera ardemment, le pays réunifié devenant un cadeau inattendu du destin, reçu en 1918, à l`occasion de la Grande Union.  

 

Le philosophe et écrivain roumain d’expression française, Emil Mihai Cioran est né le 8 avril 1911 dans le village de Rășinari dans le département de Sibiu. Malgré le régime austro-hongrois qui impose la religion gréco-catholique en Transylvanie, son père est pope orthodoxe et sa mère a des origines nobles de la lignée paternelle. Il suit les cours du lycée « Gheorghe Lazăr » à Sibiu, et en 1928 commence à étudier la philosophie à l’Université de Bucarest ; il achève sa formation à l’Université Humboldt de Berlin en recevant une bourse pour son doctorat. Un an plus tard, en 1934, il fait ses débuts avec son essai Sur les cimes du désespoir, suivi par d'autres essais tels que Transformation de la Roumanie (1936) et Des larmes et des saints (1937).


Malgré son ample formation philosophique, la vocation pédagogique lui manque ; il enseigne une seule année dans un lycée à Brașov, et après cela il reprend ses études à Paris. L’arrivée au pouvoir du régime communiste l’oblige à s’installer dans la capitale française – il porte le fardeau de son déracinement jusqu’à la fin de sa vie, son village natal, sa famille et ses amis lui manqueront souvent. C’est cette mélancolie, sans doute, qui l’a poussé à ne jamais demander ou accepter la nationalité française ; les autorités communistes lui avaient déjà pourtant retiré sa nationalité roumaine, mais il n’a jamais renié ses origines.

 

Son premier essai durant son exil, Le Précis de décomposition (1949) marque le début d’une longue collaboration avec la prestigieuse maison d’édition Gallimard, ainsi que son passage définitif à la langue française. Bien qu’il la maîtrise parfaitement, il se sent limité par « cet idiome d’emprunt, avec tous ces mots pensés et repensés, affinés, subtils jusqu’à l’inexistence, courbés sous les exactions de la nuance, inexpressifs pour avoir tout exprimé, effrayants de précision, chargés de fatigue et de pudeur, discrets jusque dans la vulgarité ». Il parait que « cette trace de terre, de sang et d’âme » ne peut être retrouvée que dans la langue roumaine dont il regrette « l’odeur de fraîcheur et de pourriture, le mélange de soleil et de bouse, la laideur nostalgique et le superbe débraillement », selon ses confessions dans Histoire et utopie (1960).

 

Sa pensée philosophique est fortement influencée par les deux penseurs allemands que sont Friedrich Nietzsche et Arthur Schopenhauer ; il découvre également Lev Șestov, qu'il considère comme « le philosophe russe le plus culturel ». Il lit énormément et parmi ses préférés, nous pouvons compter les romantiques allemands, les philosophes des Lumières, les écrivains mystiques ou les plus grands noms de la littérature et de la philosophie tels que Shakespeare, Dostoievski ou encore Kierkegaard. Cioran démontre un talent littéraire atypique, enrichi par son élan philosophique, par une concentration extraordinaire de l’idée, mais aussi par son pessimisme caractéristique, car il comprend parfaitement l’incohérence de l’être humain. Il développe une prédilection toute particulière pour la technique du journal et de la correspondance à côté de ses amis de plume - Constantin Noica, Mircea Eliade, Benjamin Fondane ou Eugène Ionesco.

 

Emil Cioran est décédé en 1995 à Paris et il est ensuite enterré au Cimetière Montparnasse à côté de sa partenaire, Simone Boué, car il ne s’est jamais marié. Il a été un homme extrêmement modeste, refusant une grande majorité des prix littéraires qui lui ont été attribués, ainsi que toute forme de publicité, considérant que le porte-parole d’un écrivain doit être son œuvre et seulement son œuvre. Son destin ne lui a pas permis de refuser une dernière distinction : à compter de 2009, il est devenu membre post-mortem de l’Académie Roumaine.

 

Sources: Lacauselitteraire.fr, Adevarul.ro 

 

Ana-Maria Roșca

 

Sources: Adevărul.ro, Jurnalul.ro, Annadenoailles.org

 

Article réalisé dans le cadre du Programme Culturel București - Centenar avec le soutien de Primăriei Municipiului București à travers Administrația Monumentelor și Patrimoniului Turistic 

 

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Bucarest/Centenaire

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Toutes les personnalités roumaines qui ont marqué ces 100 dernières années, dans le cadre de la célébration du centenaire de la grande Roumanie, en partenariat avec l'AMPT (Administratia Monumentelor si Patrimoniului Turistic)
1 Commentaire (s)Réagir
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Luc Verly jeu 28/06/2018 - 10:35

Grand admirateur de l'oeuvre de Cioran, je trouve dommage que cet article contienne quelques erreurs importantes et quelques omissions. L'erreur qui m'a sautée aux yeux, dès le début, est cette phrase: "Malgré le régime austro-hongrois qui impose la religion gréco-catholique en Transylvanie..." L'Empire autrichien n'a jamais imposé le gréco-catholicisme, il l'a juste favorisé, notamment au XVIIIe siècle, par rapport à l'orthodoxie. Vers 1900 le problème ne se posait plus guère en ces termes. L'orthodoxie n'était pas, alors, persécutée. Par contre les Roumains transylvains en général, orthodoxes et gréco-catholiques, étaient citoyens, certes, mais de second rang. L'omission majeure est évidemment le passé légionnaire d'Emil Cioran. Il s'est laissé embringué dans cette folle et triste aventure de la Garde de Fer et toute son oeuvre est en quelque sorte un regard en arrière porté sur cette grande désillusion de jeunesse. Le désespoir qui imprègne son oeuvre ne peut s'entendre, à mon sens, que pas l'espoir qui l'a profondément habité de "transfigurer la Roumanie" (et non de "transformer" la Roumanie). Une transfiguration (schimbare la fata) c'est quand même autre chose qu'une transformation!

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