Benjamin Fondane, un Sisyphe roumain de notre temps

Par Bucarest/Centenaire | Publié le 23/04/2020 à 00:00 | Mis à jour le 23/04/2020 à 00:00
Benjamin-Fondane roumanie

La vie de Benjamin Fondane représente la meilleure incarnation du cosmopolitisme et des tendances avant-gardistes des intellectuels roumains et européens d’après la Première Guerre Mondiale. Poète, philosophe, dramaturge, cinéaste, critique littéraire et traducteur, Fondane a été un des hommes de culture d’expression roumaine et française parmi les plus prolifiques.

 

 

Benjamin Wechsler (Wexler) est né durant l’automne de l’année 1898, à Iasi, dans une famille de commerçants juifs. Il fut un enfant précoce, héritant du côté maternel d'un goût particulier pour l’art et pour la culture ; apparemment sa mère, Adèle (Adela) Schwartzfeld, était la fille d’un hébraïste érudit. Fondane suit les cours du Collège National de Iasi, où il se lie d’amitié avec le linguiste Alexandru Philippide, plus tard, il lui dédiera le drame Le Reniement de Pierre (1918), mais aussi quelques articles publiés en France. Certains pourraient dire qu’il a eu trois identités successives, même si on sait que tout au long de sa carrière, il a oscillé entre plusieurs noms de plume.

 


La plupart de ses œuvres et de ses articles publiés en roumain sont signés par Beniamin/B. Fundoianu ; après 1923, il s’établit définitivement à Paris, optant pour la variante francisée de son nom de plume - Benjamin Fondane. La deuxième composante de celui-ci nous dévoile le fait qu’il était originaire de la Bucovine. La famille Wechsler provenait du village Fundoaia, situé dans la vieille région de Hertsa ; il évoquera souvent ce paradis limité, rural, où la vie était simple et la fertilité devenait un art primitif. Peut-être c’est pour cette raison que la nature dans les poèmes de Fondane semble elle-même avant-gardiste, ne rappelant guère la réintégration cosmique promue par le courant du romantisme littéraire. Au contraire, elle représente une technique d’évasion, une sorte de thérapie pour celui qui aspire à la paix, au silence immuable.

 


Dans leurs œuvres, ses proches parlent d’une provocation lucide du destin et d’une infatigable quête de soi. Il fut considéré comme une sorte d'incarnation contemporaine du mythe de Sisyphe. Selon l’hypothèse de son ami, le philosophe roumain d’expression française, Stéphane Lupasco (Stefan Lupascu), la polémique représente le prélude du métier d’écrivain ; or, Fondane adorait les débats. De plus, il était offensé si on lui refusait le droit de réponse ou la possibilité de discuter sur des sujets qui l’intéressaient.

 


Arrivé à Paris, Benjamin Fondane plonge dans le milieu littéraire et culturel des avant-gardes. Sa voix anti-rationaliste militait pour l’épuisement du flux de la bêtise. Il était très connu surtout pour sa férocité iconoclaste - des notions comme la certitude ou la logique représentaient les plus grands ennemis de l’art, de l’intellectualité ou de l'être humain. Bref, toute idée devait être mise en pratique. Ainsi, le décor de la demeure qu’il partageait avec sa sœur aînée, Lina, respectait son goût éclectique ; de plus, ses portes étaient ouvertes à tout le monde, aux proches ou aux étrangers, aux invités ou aux simples curieux.

 


On peut dire que dans son essence, il avait une âme slave, pleine de contradictions et particulièrement mise en évidence par le philosophe russe, Léon Chestov. Isolé et réservé, exilé à Paris après la Révolution bolchévique, ce dernier avait déjà démontré son appétence pour la correspondance littéraire ; pendant des années, Fondane corrigera son expression écrite dans la langue de Molière. À la fin, les deux seront considérés comme étant des philosophes de la tragédie, de la survivance et des camps de concentration.

 


En 1944, Benjamin Fondane provoque le sort pour la dernière fois, refusant de quitter le camp de Drancy sans sa sœur. Durant le printemps de la même année, ils seront déportés en Pologne à Auschwitz, où ils mourront dans une chambre à gaz.

 

Sources : Universalis.fr, Benjaminfondane.com

 

Ana Maria Rosca 

 

 
 

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