TRISTE BUZZ – « Nous avons été envahis par les étrangers ! »

Par Lepetitjournal Brisbane | Publié le 28/07/2016 à 16:22 | Mis à jour le 29/07/2016 à 10:02

Un jeune homme de 19 ans enregistre une vidéo d'une discussion avec une femme de Brisbane à propos de « l'invasion » de l'Australie par les étrangers

Lundi dernier, Jerome Forbes, âgé de 19 ans s'est retrouvé confronté au « racisme usuel » d'une vieille dame à l'arrêt de bus de Mount Gravatt Plaza au sud-est de Brisbane.

Il a d'abord tenté d'entamer la conversation avec elle en lui demandant comment se passait sa journée, en retour, c'est un vague sourire qu'il reçoit.

Interloqué, il l'interroge sur les raisons de cette hostilité alors qu'il essaye d'être amicale avec elle. C'est alors que commence une tirade raciste confie Jerome, il décide donc d'enregistrer l'échange.

Le reste de la conversation, vous la trouverez sur la plateforme vidéo YouTube sous le titre : « An unfortunate conversation at a bus stop in Brisbane » (traduisez : une conversation malheureuse à un arrêt de bus de Brisbane »). La vidéo se trouve également à la fin de l'article avec sa transcription.

Ajoutée mardi, la vidéo subit très vite une déferlante de vues et de commentaires. A ce jour, nous sommes à 2.244.082 vues pour 11.800 commentaires.

La vidéo
La vidéo commence par l'invective de la femme « Nous sommes envahis par les étrangers ». Elle met même en doute la nationalité de Jerome en lui demandant : « ce qu'il pense être », sous-entendu : un étranger. Il rétorque être né en Australie, ce que la femme peine à croire.

La discussion se cristallise ensuite sur les origines du jeune homme de 19 ans dont le père, Jason Forbes, est né en Nouvelle-Zélande. Le conseil que donne alors la veille dame sonne comme une balle : « Il serait sans doute préférable pour lui de plier bagage et de retourner en Nouvelle-Zélande ». Cela se passe de commentaire.

Incrédule, Jerome laisse échapper un rire choqué. Il tente ensuite le tout pour le tout en parlant de l'argent que rapporte les « étrangers » à l'Australie. La réponse est sans appel : « c'est un mythe », ils dépensent selon elle leur argent pour eux-mêmes en repartant dans leurs pays pour les « vacances ».

Le dernier échange continue sur la même veine après que Jerome ait demandé ce qu'elle avait contre les étrangers elle répond : « je n'ai personnellement rien contre eux, c'est juste qu'ils ne rentrent pas dans le mode de vie australien ».

Mais alors « qu'est-ce que le mode de vie australien ? ». La réponse : « Eh bien ce n'est certainement pas des gens de votre âge qui montent et descendent de leur skate sur le trottoir ».

Chers aficionado du débat de l'identité nationale australiens soyez prévenus : pour être australien, le skateboard est proscrit?

Mon avis
En tant que français immigré en Australie il aurait été difficile de se cacher derrière la carte de la neutralité journalistique pour répondre à cette femme. Ce serai mentir.

Tout en émettant certaines réserves sur le procédé de publication YouTube utilisé par Jerome, il est important de répondre à cette femme, dont les propos n'engagent qu'elle.

Tout d'abord je souhaite l'encourager à se (re)documenter sur une histoire qu'elle connait probablement mieux que moi sur les origines du peuple australiens.

Les réels propriétaires des terres australes ne sont pas les immigrés britanniques dont elle descend mais bien les aborigènes. En toute fidélité à ses idéaux il ne lui reste plus qu'à faire ses valises pour retourner en Grande Bretagne. Bon voyage à elle.

Contrairement à ce qu'elle pense les étrangers au pays d'Oz sont l'un des moteurs de l'économie.

Pour ce qui est des backpackers par exemple, ils forment une main d'?uvre à bas coût que les agriculteurs sont bien heureux d'utiliser (sachant que beaucoup d'australiens ne souhaitent pas travailler en fermes).

C'est d'ailleurs l'objet même de la peur du monde rurale sur la probable augmentation des taxes sur les backpackers qui pourrait intervenir en janvier.

En effet, ces 200.000 Working Holiday Visa par an, injectent 3,5 milliards de dollars dans les économies locales (ce qu'elle ne fait pas en tant que résidante de Brisbane). Et s'ils gagnent en moyenne 15.000 dollars par an c'est pour en laisser 13.500 à l'Australie? On dit merci.

J'ajouterai que les dirigeants politiques seraient bien embêtés si les 5 milliards de dollars des visiteurs étrangers disparaissaient des caisses du Queensland (juste entre janvier et mars 2016).

Quant aux naturalisations cette fois, les étrangers devenus australiens sont dans l'énorme majorité des citoyens dynamiques de la vie économique, qu'ils soient professeurs, soldats, ou de jeunes entrepreneurs.

S'ils émigrent en Australie c'est en partie pour y trouver une situation professionnelle plus intéressante, en étant proportionnellement mieux payer que lorsqu'ils étaient en France (ou dans tout autre pays). Mais c'est bien l'attitude avenante et décontracté des australiens qui séduit définitivement, en tête de liste le « no worries », et le BBQ !

On peut donc se réjouir qu'ils n'aient pas été confrontés à l'étroitesse d'esprit dont a fait preuve cette chère dame, qui forte heureusement ne représente qu'elle-même.

Oh et en passant, les étrangers sont une nécessité vitale pour un pays de 23 millions d'habitants qui manque cruellement de certaines « skills ». C'est d'ailleurs la raison même d'exister du fameux visa 457 (Skilled visa). Voici l'apport des autres nations à ce pays d'immigration qu'est l'Australie Madame.

Seule bénéfice à cette escarmouche vidéo, la possibilité de lancer un débat qui a fait couler beaucoup d'encre-pixellisé : presque 12.000 commentaires sur la question du racisme en Australie. Ne reste plus qu'à se pencher sur le traitement des réfugiés à Manus Island pour que les mots se transforment en acte.

MP (lepetitjournal.com//brisbane), jeudi 28 juillet 2016.

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Traduction de la discussion :
La Femme : Nous avons été envahis par les étrangers
Jerome : Envahis par des étrangers ? Qu'est-ce que vous voulez dire ?
Elle : Eh bien que croyez-vous que vous êtes ?
Lui : Qu'est-ce que je crois que je suis ? Je suis né ici de quoi vous parlez ?
Elle : Eh bien je ne crois pas que vous le soyez
Lui : Yeah
Elle : Mais si vous le dites, ok
Lui : Qu'est-ce qui vous fait penser que je ne suis pas né ici ? Ça n'a pas d'importance où je suis né.
Elle : Oh si ça en a
Lui : Pourquoi ça a de l'importance ?
Elle : Parce que?, par exemple? Où avez-vous dit que votre père était né ?
Lui : Nouvelle Zélande
Elle : Oui bien. Il serait sans doute préférable pour lui de plier bagage et de retourner en Nouvelle-Zélande.
Lui : Retourner en Nouvelle-Zélande ? Donc tous les étrangers doivent retourner dans leur pays ?
Elle : Eh bien beaucoup d'entre eux devraient?
Lui : Ils rapportent beaucoup d'argent à l'Australie vous savez ?
Elle : Non ils ne le font pas c'est un mythe. Tout l'argent qu'ils gagnent ils le dépensent pour eux-mêmes et en revenant dans leurs pays. Avez-vous été en vacances avec vos parents en Nouvelle-Zélande. 
Lui : Oui tous les ans, on y va
Elle : Eh bien, voyez où l'argent part
Lui : Nous n'allons pas juste en NZ, nous sommes allés en Amérique plus tôt dans l'année. C'est bien de voyager. Je ne comprends pas pourquoi vous êtes contre les étrangers.
Elle : Eh bien, je n'ai personnellement rien contre eux, c'est juste qu'ils ne rentrent pas dans le mode de vie australien.
Lui : Qu'est-ce que le mode de vie australien pour vous ?
Elle : Eh bien ce n'est certainement pas des gens de votre âge qui montent et descendent de leur skate sur le trottoir.

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