Vendredi 22 janvier 2021

AUSTRALIE – Cas pratique : peut-on rire de tout ?

Par Lepetitjournal Brisbane | Publié le 04/08/2016 à 17:59 | Mis à jour le 04/08/2016 à 10:14

Une caricature publiée dans le journal national « The Australian » fait scandale et choque la communauté Aborigène.

Ce jeudi, le caricaturiste Bill Peak et le quotidien national « The Australian » ont eu à mettre en pratique l'expression consacrée : « Peut-on rire de tout ? ». En effet, c'est une véritable déferlante à laquelle ils ont été confrontés en réponse au dessin publié dans le journal du matin, qualifié de raciste par un ensemble de lecteurs et de responsables politiques.

La caricature incriminée met en scène un policier tenant par le col un enfant en face de son père, tous les trois vraisemblablement d'origine Aborigène.

Le représentant de l'ordre explique alors « Vous devez vous assoir et parler à votre fils de la responsabilité personnelle ». En guise de réponse, le père qui tient une bière à la main répond : « Ouai bien, c'est quoi son nom déjà ? ».

Les responsables aborigènes ont été profondément choqués par la manière dont a été dépeint le peuple aborigène : « comme ne connaissant pas ses enfants, et comme n'ayant aucun rôle dans leur éducation » explique Muriel Bamblett, Directrice Générale du Victoria de l'Agence Aborigène de Sauvegarde de l'Enfance.

Elle a été blessée par la manière dont ont été utilisé les stéréotypes pour dépeindre les autochtones comme des « citoyens de seconde zone ».

Le chef de file des Verts, Richard di Natale a été partie prenante dans la critique du dessin de Bill Peak, le qualifiant de « honteux », et l'accusant de relayer « les stéréotypes les plus terribles autour du peuple aborigène » qui « nous ramène aux pires jours de l'Australie blanche ».

Le leader écologiste a confié avoir écrit à la rédaction du journal « The Australian » pour réclamer des excuses publiques. Il a également porté le recours devant le Conseil de la Presse Australienne sur le fondement d'une directive qui interdit de mettre : « l'accent gratuitement sur la race, la religion, la nationalité, la couleur, le pays d'origine, le sexe, l'orientation sexuelle, l'état matrimonial, le handicap, la maladie, ou l'âge d'un individu ou d'un collectif ».

Ils ont été nombreux à réagir de manière virulente à ce dessin. Les réseaux sociaux se sont enflammés et notamment Twitter, pour qualifier de « dégoutant », « honteux » et « raciste » le travail de Bill Peak.

Certains sont même allés jusqu'à remettre en cause le choix éditorial du journal et la décision de publier cette illustration sous la dénomination « talking point » (sujet de discussion). Deux points de vue s'affrontaient alors : ceux qui défendaient Bill Peak en expliquant « ce n'est pas le bon gars que vous avez pour faire le procès d'un raciste ». Et d'autre qui soulignaient que le caricaturiste n'en était pas à son coup d'essai (voir Tweet). Qu'en 2006 déjà, des dessins avaient déclenché la controverse entre le gouvernement australien et indonésien sur la Papouasie Nouvelle Guinée.

Dans un édito publié le 11 juin dernier titré « Nouveau conservatisme des progressistes occidentaux qui est en train de tuer l'humour », Bill Peak répondait à ses détracteurs. Il expliquait comment la « rectitude politique » (forme de bien-pensance), c'était imposée dans le débat public.

Il y accusait avec hargne une « gauche progressiste » qu'il comparait à « des hordes de moralisateurs à l'affût, armés jusqu'aux dents par des comptes Twitter et Facebook et parés à tendre une embuscade à toute personne qui transgresse les lois non-écrites du nouveau puritanisme? ».

Dans cet article il s'exprimait sur la tâche du dessinateur : « qui a toujours été de révéler des vérités inconfortables d'une manière humoristique. Les gens vont faire une pause pour réfléchir et mettre les choses en perspective, peu importe comment ils l'affrontent, s'ils sont capables de rire d'abord ». C'est d'ailleurs la seule question à se poser : est-ce que le dessin était drôle ? Et la réponse relève de la liberté de chacun.

Des débats d'une teneur similaire avaient parcouru la France au moment des caricatures de Mahomet. On accusait les dessinateurs de Charlie Hebdo d'être « racistes » et de « mettre de l'huile sur le feu ». Ce sont bien les évènements tragiques de janvier 2015 qui ont mis un terme au tristement connu : « Peut-on rire de tout ? », pendant un temps seulement.

N'hésitez pas à commenter l'article pour donner votre avis et débattre entre vous de la manière la plus respectueuse possible.

MP (lepetitjournal.com/brisbane), jeudi 4 août 2016.

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