Gāndhara, le royaume qui vit la naissance de l’art visuel du Bouddha

Par France Azema | Publié le 07/05/2020 à 01:05 | Mis à jour le 07/05/2020 à 01:05
Photo : Une triade bouddhiste de Gāndhara - Musée Guimet
Bouddha art Inde histoire

L’anniversaire de la naissance, de l’illumination et de la mort de Bouddha sont célébrés le jour de la pleine lune durant le mois de Vaishak du calendrier hindou qui tombe généralement pendant le mois de mai. Ce jour est connu sous le nom de Buddha Purnima ou Buddha Jayanti et est un jour férié national pour les organismes publics et les écoles en Inde. En 2020, il tombe le 7 mai.

 

Afin de célébrer nous aussi Buddha Purnima, voici l’histoire du royaume de Gāndhara, le royaume qui vit la naissance de l’art visuel du Bouddha.


 

Bouddha art histoire Inde
Bouddha de Gāndhara exposé au British Museum - @Mike Peel

 

Gāndhara, une terre riche et bien placée

Dans l’Inde ancienne, le royaume de Gāndhara s’étend du Nord-Ouest de l’Inde au Nord du Pakistan jusqu’à l’Est de l’Afghanistan. Il se situe dans les vallées de l’Indus et de la Swāt. Sa capitale est Purushapura (actuelle Peshawar). Sa situation géographique et la richesse de ses plaines font de Gāndhara une terre très convoitée par de multiples envahisseurs, venus entre autres de Perse, de Chine et d’Asie centrale. Même le monde méditerranéen s’intéresse à elle. En effet, Alexandre le Grand arrive jusqu’à elle lors de ses conquêtes en 326 avant notre ère. 

Vers 317 av J.-C., la dernière des forces grecques d'Alexandre quitte le pays et en seulement vingt ans la domination grecque se désintègre cédant la région à la dynastie Maurya et à son fondateur Chandragupta Maurya. C’est son petit-fils Ashoka qui fait du bouddhisme la religion d'État de Gāndhara. À sa mort, la dynastie subit un déclin rapide et à partir d'environ 184 av J.-C., Gāndhara revient sous domination grecque, puis saka ou scythe. Pendant quelques décennies les Sakas arrivent à se maintenir à Gāndhara, puis sont supplantés par un autre groupe similaire connu sous le nom de Koushan. Leur dirigeant, Kanisha, adopte également la foi bouddhiste et consolide cette religion dans la région. C’est à ce moment-là que de nombreux stupas et monastères bouddhistes fleurissent partout dans Gāndhara. 


 

bouddha gandhara art inde
L’empire Koushan - Carte PHGCOM

 

Même après la disparition de Kanishka, alors que l’Empire revient aux mains des Perses, le bouddhisme continue de prospérer et se développe jusqu'à environ 460 après J.-C., lorsque toute l'Inde du Nord-Ouest se fait envahir par des Huns qui détruisent tout sur leur passage.

Le bouddhisme avait développé des racines si solides à Gāndhara qu'en dépit de toutes les invasions et de la dévastation des Huns, la majorité de la population de Gāndhara restera bouddhiste.

Devenue terre de mixité culturelle, d’échanges et de diversités, la Gāndhara florissante donne naissance à une civilisation riche et brillante, mêlant les différentes influences de ses envahisseurs.

 

Gāndhara, une région indienne uniquement bouddhiste 

Pendant longtemps, l’histoire de Gāndhara est traitée indépendamment de celle de l’Inde. 

Cette région n’est généralement évoquée que pour sa particularité : être une région indienne uniquement bouddhiste et ce jusqu’à l’arrivée des envahisseurs musulmans. 

Gāndhara est encore de nos jours connue pour son art nourri des techniques et des styles à la fois perses, grecs et indiens. 

Ce sont des artistes gréco-bouddhiques de Gāndhara qui ont représenté pour la première fois Bouddha sous sa forme humaine.

Il était jusque là seulement évoqué par des symboles comme des traces de pas ou une fleur de lotus. Les traits du visage de Bouddha sont d’ailleurs très fortement inspirés d’Apollon : jeune, chevelure bouclée, nez droit, moustache, corps musclé. Il est vêtu d’une toge, comme les grecs à cette époque. Des attributs physiques très codifiés lui sont alors attribués qui perdurent de nos jours comme par exemple le chignon ushnisha et le point entre les deux yeux uma. 


 

Bouddha statues gandhara
Bouddha de Gāndhara exposé au musée de Delhi

 

La résurgence hindoue signe la disparition de Gāndhara au IXème siècle

Entre le VIIème et le XIème siècle une vigoureuse résurgence hindoue se produit dans ce qui sera appelé la “grande Gāndhara”. À cette époque, Gāndhara vit sous le règne bouddhiste des Turk Shahis, (Turcs bouddhistes qui, après des batailles contre les invasions étrangères ont disparu dans le néant et sont depuis totalement oubliés) et hindou des Udi Shahis de Hund.

Des centaines de temples bouddhistes de cette période qui peuplaient jadis la région, seule une poignée survit à la frontière Nord-Ouest de l’Inde et dans le Punjab pakistanais, le long de l’Indus et dans la zone montagneuse du Salt Range. 

La fin officielle de Gāndhara en tant qu’entité bouddhiste se situe en 879, lorsque les hindous Shahis délogent les Turcs bouddhistes et proclament un nouvel état hindou avec sa capitale Hund.

Après la formation d’une alliance avec le pouvoir rajpoute des états voisins, l’identité politique de Gāndhara disparaît totalement. Puis, suite à une série d’invasions musulmanes entre 1002 et 1026, Gāndhara se retrouve sous la coupe du Sultanat de Delhi. 

 

bouddha gandhara inde art
Une stupa dans la région de Peshawar - @TheFranek2

 


 


Pour être sûr de recevoir GRATUITEMENT tous les jours notre newsletter (du lundi au vendredi) (attention Bombay est tout en bas de la liste), Ou nous suivre sur Facebook.


 

Sur le même sujet
France Azema lepetitjournal.com Bombay contributrice

France Azema

Touchée par la foudre de l'Inde très jeune, passionnée par sa culture, ses arts et ses traditions. Danses Bollywood, Kathak, yoga et méditation. Anthropologue indianiste et sociologue du genre et des religions de l’Inde.
0 Commentaire (s) Réagir
À lire sur votre édition locale
À lire sur votre édition internationale