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Olivier Da Lage : “En 15 ans, Bombay a beaucoup changé."

Par Isabelle Bonsignour | Publié le 27/08/2019 à 19:37 | Mis à jour le 28/08/2019 à 10:20
Olivier Da Lage Bombay evolution

Olivier Da Lage a effectué l’essentiel de sa vie professionnelle à Radio France Internationale et en est, aujourd’hui, un des rédacteurs en chef, en charge du week-end. Basé à Paris, il a, cependant, un lien fort avec l’Inde, étant marié à une Indienne originaire de Bombay. Il y séjourne chaque année environ un mois et connait bien la ville sur laquelle il a écrit un guide. Journaliste d’abord, Olivier Da Lage est aussi auteur et a publié plusieurs livres. Son nouvel ouvrage, un roman policier basé à Mumbai est paru début avril. Il s’est entretenu avec lepetitjournal.com Bombay sur sa vision de l’évolution de la ville de Bombay et de ses habitants. 

 

lepetitjournal.com Bombay : Vous êtes venus régulièrement en Inde depuis plus de quinze ans. Quelle est votre perception de ce pays et plus particulièrement de Mumbai ?

Olivier Da Lage : Depuis mon premier voyage à Bombay, j’ai pu noter une évolution assez sensible de la mentalité des Indiens et notamment l’apparition d’une grande confiance en soi : “Ne rien devoir à personne”, c’est un peu l’état d’esprit actuel des Indiens et c’est relativement nouveau. 

Pendant longtemps, j’ai été frappé par l’extraordinaire traitement de faveur dont bénéficiaient les Européens : on m’a souvent fait passer devant alors que tout le monde faisait la queue. Mais, aujourd’hui, cela tend à disparaitre, ce qui est tout à fait normal et bienvenu. 

Cependant, le comportement des Indiens face aux étrangers est toujours respectueux et agréable.

De plus, aujourd’hui, les Indiens n’hésitent plus à critiquer un de leurs concitoyens s’ils considèrent qu’il n’est pas “décolonisé dans sa façon de penser”, ce qui est un vrai changement par rapport à l’état d’esprit d’il y a encore quelques années. Avant, on percevait une certaine continuité entre notre époque et la période coloniale, maintenant ce n’est plus le cas.

 

Structurellement, Bombay est une ville très différente des autres villes, il n’y a pas de séparation entre quartiers riches et pauvres, mais une relation symbiotique entre les deux : les bidonvilles se construisent au pied des tours résidentielles pour abriter d’abord les ouvriers qui participent à la construction puis ensuite, les personnes qui travaillent dans les appartements comme chauffeur, aide ménagère, nounou, …  Par contre, Dharavi échappe à cette théorie, c’est une ville-atelier qui vit quasiment en autonomie par rapport au reste de Mumbai. 

Quels sont les changements que vous avez pu observer dans la ville au niveau des infrastructures, des bâtiments, de l’atmosphère ?

Les changements les plus visibles sont le nombre de voitures qui s’est multiplié et l’apparition des téléphones portables. Dans le sud à Churchgate ou Colaba, l’apparence générale de Mumbai est toujours la même et on n’est pas dépaysé. Mais, la partie de la ville qui se situe plus au nord est complètement différente notamment à Parel, lieu des anciennes filatures de coton ou même à Girgaum, derrière Chowpatty. Ces zones sont aujourd’hui de vastes chantiers où tours résidentielles et de bureaux sont érigées pour offrir plus de mètres carrés habitables. 

Olivier Dalage mumbai
Les nouvelles tours de Parel
Olivier Dalage Mumbai
Le vieux sud intemporel de Bombay

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La ville est toujours autant encombrée, mais la situation ne s’est pas aggravée avec le nombre croissant de voitures comme on pourrait le penser. La construction d’infrastructures telles que la Eastern Freeway et le Sealink a bien décongestionné l’ouest et le centre. Je me souviens d’avoir mis plus de 2h pour aller de Bandra vers Colaba, aujourd’hui, la moyenne c’est 1h. 

 

Mumbai reste une bande de terre beaucoup trop étroite sur laquelle il y a beaucoup trop de gens.

 

Ce que j’apprécie le plus, c’est la multiplication des cafés à l’européenne. Auparavant, il n’y avait pas de lieux où les gens pouvaient se rencontrer. Seuls ceux qui étaient membres d’un club (et ils sont peu nombreux) pouvaient se retrouver en dehors de chez eux. Aujourd'hui, il y a de nombreux restaurants et cafés où les Mumbaikars, notamment les jeunes, peuvent passer un moment ensemble, se détendre ou travailler. Une vie conviviale s’est développée depuis les dix dernières années et c’est ce qui fait le charme de la ville maintenant.

Mais, l’aspect le plus frappant est le déplacement de manière continue du centre de gravité vers le nord : le quartier de Bandra Kurla Complex dans lequel se sont déplacés de nombreuses entreprises en est le témoin. Dans 15-20 ans, on peut envisager que tout va changer avec l’intégration dans la ville de l’est de la baie auquel avaient pensé les concepteurs de Navi Mumbai dans les années 60, mais qui n’avait jamais trouvé sa réalisation. Le nouvel aéroport et la ligne de train Harbour Line vont engendrer une réorganisation de Bombay qui ne sera plus centré sur la presqu’île. Malheureusement, tout cela se fait au prix d’un massacre écologique avec la destruction d’une grande partie de la mangrove qui poussait dans cette zone. Quelques groupes locaux commencent à s’organiser pour protester contre les disparitions des zones vertes riches en faune et flore, mais cela arrive un peu tard et est fait de manière disparate sans coordination.

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isabelle bonsignour

Isabelle Bonsignour

Directrice de la publication et responsable éditoriale. Expatriée au long cours et fervente lectrice du site lepetitjournal.com, elle a rejoint l’équipe en créant l’édition de Bombay.
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