Les équipages indiens des paquebots de croisière enfin de retour

Par lepetitjournal.com Bombay | Publié le 24/06/2020 à 01:01 | Mis à jour le 24/06/2020 à 12:24
Photo : Credit : Unsplash
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Le coronavirus a infligé des ravages sans précédent au tourisme à la suite de la fermeture des frontières de nombreux pays et à l’interruption du trafic aérien international. Mais, le secteur peut-être le plus touché est celui des croisières de luxe. Un secteur qui valait 150 milliards de dollars en janvier 2020, selon sa propre estimation, supprime aujourd'hui des emplois, émet des dettes et se prépare à faire des réductions de tarifs drastiques pour pouvoir survivre. Si les passagers ont été rapidement débarqués, il n’en a pas été de même pour les membres d'équipage qui sont restés bloqués à bord en raison de l'impossibilité de rejoindre leur pays d’origine. 

 

Selon The Guardian, environ 100 000 membres d'équipage et personnel (dont environ 23 000 Indiens) sont restés coincés en mer, certains en quarantaine, d'autres en attente d’une solution pour rentrer chez eux. 

Après plus de deux mois sans pouvoir débarquer, certains ont cherché à attirer l’attention des médias sur leur triste sort : 

  • des Roumains ont entamé une grève de la faim au large de la Floride, 
  • de nombreux Indiens coincés dans les ports anglais ont fait de même.
  • d’autres Indiens en attente dans la baie de Manille ont manifesté pour obtenir l’autorisation de rejoindre la terre ferme.

 


 

Les croisières de luxe, une manne d’emplois pour les Indiens avant la crise

La plupart des employés sur les bateaux de croisière sont originaires de pays en développement tels que les Philippines, l'Indonésie et l'Inde et gagnent généralement entre 1 000 US dollars et 2 000 US dollars par mois pour travailler sept jours par semaine, selon Ross Klein, professeur au St John's College de Terre-Neuve qui a écrit quatre livres sur l'industrie des croisières.

Un article du site cruisecritic mis à jour en janvier 2020 indique : “Avec l'expansion de l'industrie des croisières et la poursuite par Royal Caribbean de la construction de nouveaux navires de plus de 5 000 passagers, les opportunités pour les personnes à la recherche d'une carrière en mer ne se tariront pas de si tôt. Qu'il s'agisse de capitaines ou de personnel de garde d'enfants, de danseurs ou de médecins, de chefs ou de directeurs de croisière, de stewards ou de thérapeutes de spa, chaque navire Royal Caribbean fournit environ 450 types différents d'emplois à différents niveaux.” Le même article mentionne : “14% des employés en mer de la Royal Caribbean sont Philippins, mais les Indonésiens, les Indiens et les Malais ont aussi une excellente réputation dans l'industrie du tourisme et de l'hôtellerie, et de nombreuses compagnies de croisière ont des bureaux de placement ou organisent régulièrement des campagnes de recrutement en Asie.”

Avant la crise, 22 000 Indiens travaillaient sur les huit marques de croisières détenues par Carnival Corporation, constituant le deuxième plus grand effectif par nationalité du géant des croisières après les Philippins. L'équipage indien est originaire de tout le pays, mais une plus grande partie vient du Maharashtra, du Gujarat, du Kerala, de Goa et des États du nord-est.

 

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Le Carnival Liberty à quai à Mumbai le 23 juin 2020



Les membres d'équipage indiens parmi les derniers à être rapatriés

En mai 2020, selon le média Businessline, la plupart des marins philippins, indonésiens et ukrainiens ont été rapatriés dans leur pays sur des vols affrétés par les propriétaires de croisières, après l’autorisation de retour donnée par les gouvernements respectifs. Aujourd’hui, il reste surtout des Indiens à bord, qui ne peuvent rentrer dans leur pays en l'absence d'un plan pour faciliter leur retour. Les frais de l'équipage restant sont à la charge des propriétaires des paquebots.

La situation a commencé à se débloquer en juin lorsque le gouvernement indien a finalement autorisé les bateaux de croisière à accoster dans les ports du pays et a mis en place une procédure pour le débarquement des membres d'équipage. 

Depuis le 12 juin et jusqu’au 28 juin, des paquebots de croisière font escale à Mumbai pour débarquer environ 10 000 membres d'équipage indiens coincés dans ces hôtels de luxe flottants. Certains, comme ceux de la compagnie Carnival Cruise Line ne viennent jamais en Inde, mais ils ont dû faire la route afin de rapatrier leur équipage d’origine indienne. Lorsque la pandémie a frappé le monde en février, quelque 13 000 Indiens étaient à bord des 100 navires de croisière gérés par Carnival Corporation. Depuis, environ 5 500 Indiens ont été rapatriés en Inde, principalement sur une quinzaine de vols affrétés depuis la mi-mai. Les autres rentrent actuellement dans leur pays par la mer.


 

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Le Anthem of the seas à l'arrivée à Mumbai le 17 juin 2020

 

Cependant, d’autres membres d'équipage indiens sont encore bloqués dans des ports dans le monde : par exemple, environ 650 membres d’équipage attendent au Royaume-Uni à bord du Marella Explorer, un paquebot de croisière appartenant à la société de voyages britannique TUI Group. Le syndicat indien des membres d'équipage (All India Seafarer and General Workers Union) affirme qu'environ 1 500 Indiens sont actuellement bloqués dans les ports du Royaume-Uni.

Le 20 juin, selon Euronews, cinq navires de croisière d’une même compagnie ont été arrêtés par les autorités britanniques. L'Agence maritime des garde-côtes britannique (MCA) a révélé qu'elle avait inspecté six navires de Global Cruise Lines Limited et que cinq avaient été arrêtés. "Les enquêteurs ont trouvé qu’un certain nombre de contrats de travail des marins avaient expiré et étaient invalides, ils ont aussi noté des retards dans le paiement des salaires et la présence de membres d’équipage à bord depuis plus de 12 mois", a indiqué le MCA dans un communiqué. Kshitij Thakur, un avocat de l'État du Maharashtra, affirme que quelque 600 membres de l'équipage de ces six navires sont indiens.

 

 


Les équipages des ces bateaux de luxe font partie des oubliés de la crise de la Covid-19. Alors que le monde s'est ému pour les milliers de touristes partis en croisière qui ont finalement pu être débarqués assez rapidement et ont rejoint leur pays, personne ne parle des milliers de membres d'équipage qui sont restés bloqués en mer pendant de longs mois confinés dans une cabine pour certains et qui n'ont, aujourd'hui, pas de perspectives d'emploi pour les mois à venir.


 


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