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Yangon Bakehouse: les femmes birmanes au coeur du projet

Par Julie Das | Publié le 11/03/2018 à 20:00 | Mis à jour le 11/03/2018 à 20:00
Yangon Bakehouse

D'origine canadienne, Kellie Mac Donald est une femme déterminée qui ne manque pas de prendre la parole lorsqu’il s’agit de défendre la condition des femmes en Birmanie. Installée à Yangon depuis 2002 avec son mari et ses deux enfants, elle a travaillé dans le domaine de la santé publique et en particulier avec les jeunes femmes et leurs nouveaux nés. Elle a constaté que les services offerts par le gouvernement ne sont pas en adéquation avec les besoins de ces femmes et qu’elles ont un accès limité à l’éducation. Globalement trop peu de femmes sont incluses dans la croissance économique du pays et Kellie souhaite être actrice de ce changement avec la célèbre café-boulangerie Yangon Bakehouse.

Avec trois de ses bons amis (le propriétaire de Monsoon, une amie américaine et une amie canadienne), Kellie décide de changer la donne à son échelle et de remédier à l’inégalité sociale des femmes en s’occupant avant tout des jeunes mères célibataires avec peu ou pas de qualification, venues à Yangon avec l’espoir de trouver un travail. Elle se met en contact avec des ONG qui l’aident à recruter ces jeunes femmes démunies et la voilà partie dans une grande aventure: le café-boulangerie Yangon Bakehouse!
Son objectif premier est de leur offrir une formation technique aux principaux métiers de la restauration et de l’hospitalité. En 7 mois, ces jeunes femmes deviennent de réelles professionnelles, prêtent à réintégrer la dynamique économique de leur pays et à s’insérer durablement dans la société. Elles apprennent les règles d’hygiène dans une cuisine, la préparation de la cuisine sans cuisson, la confection de gâteaux et l’anglais. Parallèlement, elles bénéficient d’une formation générale axée sur l’acquisition de compétences transversales, nécessaires à leur développement personnel comme à leur intégration dans le monde du travail. Cette complémentarité leur donne ainsi toutes les chances de réussite. "Pour cela, on a des intervenants comme Mary Stopes qui dispensent des cours sur le planning familial et l’éducation sexuelle ou encore on leur ouvre un compte bancaire et on leur apprend à gérer leur argent. C’est indispensable pour leur donner un équilibre et leur ouvrir les yeux sur le monde!" explique Kellie.

En 2012, les 5 premières apprenties sont recrutées par le biais de l’ONG Swiss Contact. Elles sont formées dans un local situé dans la rue 9 miles et équipé d’une cuisine professionnelle. C’est ainsi que le projet de formation est lancé.  Afin de se financer, Kellie fait appel à des entreprises qui, dans le cadre de la RSE (Responsabilité Sociale des Entreprises), ont des budgets pour aider les petits projets sociaux à démarrer. Et puis contre toute attente, le projet reçoit aussi le soutien de quelques donneurs privés. De plus, il y a aussi  la générosité de la Governor’s house qui lui offre une vieille machine à pétrir qu’elle chérit encore après des années comme la prunelle de ses yeux. C’est donc bien grâce à une multitude de petits dons monétaires et en nature que le projet prend son élan. Cependant Kellie réalise rapidement qu’il lui faut ‘une vitrine’ pour mettre en pratique le savoir-faire des apprenties et les confronter à la vente et au service. L’idée du café germe et la Yangon Bakehouse né: un café tenu par les apprenties et dont les revenus couvrent 40% du coût des formations. Kellie ajoute à ce propos que ce concept est encore unique à Yangon et qu’elle espère pouvoir le développer davantage pour offrir la même chance à plus de jeunes femmes célibataires dans un avenir proche.

Par la suite, Kellie rencontre les responsables de l’IECD (Institut Européen de Coopération et de Développement), une association française, à but non lucratif crée en 1988 et dont la mission est reconnue d’utilité publique: l’éducation et la formation professionnelle. Leur mission est de promouvoir le développement par le renforcement des capacités des personnes et des partenaires locaux. L’IECD aide Kellie à identifier les faiblesses du projet et à y apporter des solutions pratiques. Cette association aide aussi le Inle Heritage et de nombreuses autres écoles dans la région d’Asie du sud est.

Aujourd’hui le Yangon Bakehouse offre, pour le plus grand plaisir des yangonites, une cuisine occidentale variée, saine et préparée avec des ingrédients naturels, locaux et bios dans la mesure du possible. L’idée est vraiment de soutenir les petits producteurs birmans et de rendre le concept durable. Pour ne citer que quelques exemples, les avocats bios et le café (Gold cat) viennent de l’État de Shan, le miel est de "Plan B", le tahini et le beurre de cacahuète viennent de Roots Myanmar, le yaourt est fabriqué par "Annies". La Yangon Bakehouse fabrique tout maison avec ce qui se fait de mieux sur le marché. On y trouve du bon pain, des sandwiches frais, des salades, du café et une grande variété de gâteaux fait avec du vrai beurre! A ne pas rater, le fameux brownie au beurre de cacahuète accompagné de son cappuccino, la barre de santé au tahini et le hummus maison. 

A l’heure actuelle, l’équipe compte 40 personnes entre les postes administratifs et les apprentis. Toutes les femmes qui ont décidé de rester à Yangon ont trouvé un travail: au Bar Boon, chez Sofaer et autres bars. Chaque année, des bénévoles qualifiés recrutés par les associations Avi ou Cuso viennent travailler sur des projets marketing ou en cuisine. Ainsi ils peuvent contribuer à la dynamique de l’entreprise et former les locaux avant de partir. Quant aux projets d’avenir, ils sont nombreux: dans un premier temps, Kellie aimerait développer un service traiteur pour des grandes occasions ainsi que la vente en gros pour assurer un plus gros revenu annuel qui serait bien sûr réinjecté dans la formation. Dans un deuxième temps, il s’agirait d’ouvrir la formation aux femmes handicapées (physiques et mentales) et d’adapter le cursus à leur rythme.

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