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Sammy Samuels, dernier descendant des premiers juifs de Birmanie 

Par Julie Das | Publié le 19/11/2017 à 20:00 | Mis à jour le 19/11/2017 à 20:00
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Même si la communauté juive de Yangon ne compte à ce jour que 20 membres, l’esprit communautaire est toujours vivant grâce à Sammy Samuels, le dernier descendant des premiers juifs venus d'Irak. Portrait d’un jeune homme humble et résilient qui se bat avec ferveur pour la conservation de la synagogue, travail de toute une vie de son grand-père et de son père, Moses Samuels, décédé en 2015. 

La Synagogue
La synagogue est la dernière maison de culte juive dans le centre-ville de Yangon et la seule synagogue de Birmanie. Elle est nichée entre des magasins de peinture indiens et des commerçants musulmans dans une petite rue près du centre-ville. Une plaque à l'entrée indique que le bâtiment actuel, en pierre, a été construit entre 1893 et 1896 et a remplacé une structure en bois plus petite et plus ancienne qui avait été érigée en 1854. C'est l'un des 188 sites de la liste du patrimoine du Yangon City Development of Heritage Buildings. Il sert les vingt juifs restants du pays - principalement des descendants de juifs irakiens séfarades.

L’arrivée des Juifs en Birmanie
Le peuple juif de Birmanie est arrivé dans les années 1850. Travaillant dans le négoce du riz et du bois de teck, les juifs ont gagné le respect des habitants au fil du temps et se sont parfaitement intégrés dans le tissu multiracial de la vie birmane. La communauté, à son apogée, comptait plus de 3000 membres. Les marchands juifs arrivaient d’Inde et d’Irak pour échapper aux persécutions religieuses. Certains venaient aussi d’Iran et d’Egypte. La Birmanie est alors dirigée par l’empire britannique. Les juifs sont très bien accueillis par les anglais et les birmans et, encouragés à rester, ils s’établissent à Yangon et à Mandalay. Ils contribuent énormément au développement du pays en versant de substantielles aides financières aux écoles, hôpitaux et bibliothèques et occupent une place respectée dans la société. En 1930 Yangon et la ville portuaire de Pathein ont à leur tête des maires juifs.

Les rites et coutumes
La synagogue vibre au rythme des fêtes juives et le grand père de Sammy est dédié corps et âme à la prospérité de la communauté. On fête Shabbat tous les vendredis soirs à la synagogue ainsi que toutes les grandes fêtes comme Passover (Les Pâques), Rosh Hashana (le Nouvel An) et le Yom Kippour (le Grand Pardon). Mais la fête la plus marquante et la plus grandiose a toujours été Hanukkah, le festival des lumières. Même à ce jour, Hanukkah est fêté en grande pompe avec un grand nombre de personnalités issues de toutes les communautés religieuses de Yangon qui se rassemblent pour célébrer la tolérance et le respect mutuel. On compte parmi les invités des hindous, bouddhistes, musulmans et chrétiens sans oublier le ministre des affaires étrangères et plusieurs ambassadeurs. Hanukkah est célébré début décembre et tous les ans on y compte environ 350 invités de marque.

Le premier grand départ
En 1942 intervient la première grande rupture dans l'histoire des juifs de Birmanie. Les Japonais envahissent  la Birmanie. Ils sont certains que les juifs collaborent avec les anglais et font de l’espionnage. Ils exigent la fermeture de la synagogue pendant deux mois et torturent 7 juifs (dont le grand père de Sammy) pour réaliser qu’il n’y avait finalement aucun lien avec les anglais. Les juifs sont humiliés et discriminés et ils décident de quitter la Birmanie pour de nouvelles aventures aux États-Unis, en Angleterre, en Israël et en Inde (Calcutta). Il ne reste alors plus que 500 juifs à Yangon.

La deuxième vague de départs
La deuxième grande vague de départ se fera en 1962 avec l’instauration du régime militaire et la nationalisation des commerces. Les juifs se voient confisquer leurs affaires et ne trouvent plus aucune raison de rester à Yangon. Ils quittent le pays en masse et la communauté se résume à une vingtaine de juifs dont le père de Sammy qui s’occupe corps et âme à préserver la synagogue avec ses propres fonds.

Le dernier descendant des Samuels
Sammy est né en 1980 à Yangon. Il fréquente une école birmane jusqu'à l'âge de 18 ans et y est très heureux. Il vit dans un milieu très tolérant et pas particulièrement entouré de juifs puisque la communauté est très réduite. Son père insiste pour qu’il aille étudier en Israël. Sammy ne veut pas le décevoir et part pour deux mois de reconnaissance. Il décide finalement d’y rester deux ans pour étudier et travailler à la fois dans un kibboutz.
En l’an 2000, il souhaite revenir au pays et continuer ses études à Yangon mais toutes les places universitaires sont prises et les listes d’attente sont atrocement longues. En effet pendant les années de régime militaire, l’accès à l’éducation était réservé aux privilégiés seulement. Sammy décide de chercher d’autres opportunités et reçoit une bourse d’étude inespérée pour étudier les affaires internationales à la Yeshivah de New York. Pendant quatre années, il est immergé dans la communauté juive new-yorkaise. C’est comme un nouveau départ pour lui qui n’avait jamais connu autant de fastes et de festivités à Yangon. En 2005 il rentre au pays et aide son père à la conservation de la synagogue. Il se rend vite compte qu’il doit trouver un financement viable et pérenne pour entretenir le rêve de son père d’une belle synagogue à Yangon.

En 2007, il monte son agence de voyage "Shalom Myanmar" grâce aux liens qu’il avait pu tisser aux États-Unis. L’objectif premier est de faire découvrir la Birmanie à tous mais aussi de retracer le passé historique des juifs de Birmanie afin de reverser une partie substantielle des bénéfices à la synagogue. "J’ai créé cette entreprise en l’honneur de mes ancêtres mais surtout pour rendre hommage à mon père Moses. Il a dédié toute sa vie à la synagogue et à l’accueil des touristes. Même quand il était atteint d’un cancer, il était présent tous les jours à la synagogue et recevait avec ardeur les visiteurs du monde entier pour leur expliquer avec fierté que la synagogue avait été entretenue uniquement grâce aux dons de la communauté juive et par la suite grâce à ses propres fonds" raconte Sammy. "Nous n’avons pas de rabbin bien sûr mais chaque année, nous en faisons venir un d’Australie pour fêter le Yom Kippour, le jour du Grand Pardon. Ce jour là, le gouvernement birman met 40 soldats à notre disposition pour assurer la sécurité. C’est toujours plus que le nombre de participants !" 

De cette façon, Sammy poursuit le rêve de son père, avoir un lieu de rassemblement et de fête pour se retrouver et prier. "Mon père disait toujours: ce n'est pas le nombre de juifs qui comptent mais c'est de garder notre foi grande et vivace". A l’heure actuelle, la synagogue est entretenue par les commerçants musulmans du quartier. Il n’y a d'ailleurs jamais eu la moindre difficulté entre les deux communautés qui se respectent mutuellement et s’entraident depuis toujours. En plus des 20 juifs restants, il y aurait environ 110 juifs expatriés à Yangon qui sont de passage et participent de près ou de loin aux festivités. Sammy quant à lui, a deux soeurs qui ne sont pas encore mariées et qui vivent à Yangon. Lui s'est marié avec une jeune fille juive d'Iran. Leur mariage fut le premier mariage célébré dans la synagogue après un long silence.

 

 

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