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“On ne devient pas entrepreneur en un jour”: Alex Wicks, Kargo Myanmar

Par Inès de Belsunce | Publié le 20/05/2018 à 20:00 | Mis à jour le 20/05/2018 à 20:00
On ne devient pas entrepreneur en un jour_Alex Wicks2

Entre 2005 et 2007, c’est sur le tournage du film Australia, dans la petite ville de Bowen, que vous auriez pu rencontrer Alexander David Wicks, dit ‘Wicksy’, assistant de production. Dix ans se sont écoulés et c’est dans les finalistes de Seedstars World que vous le découvrez. 

Seedstar est une plateforme internationale qui recense le meilleur de l’entreprenariat dans les pays émergents, une chance de gagner 1 million d’USD en financement de projets, un sommet que Forbes qualifie de "fenêtre sur la rupture technologique des marchés en développement". A 38 ans, Alex représente l’entreprenariat en Birmanie à travers son entreprise Kargo, la première plateforme en ligne connectant les particuliers et les entreprises avec des chauffeurs de camions afin d’assurer la livraison de biens au Birmanie. Etre sur scène en tant que finaliste de la compétition mondiale en Suisse le 12 Avril 2018, pour Alex c’est "incroyable"  – pour nous, c’est remarquable. 

3 ans pour une idée
84% de la population mondiale et 59% du PIB mondial viennent de marchés émergents tels que la Birmanie. En conséquence, un jeune entrepreneur arrivant à Yangon comme dans un nouvel Eldorado est souvent  persuadé qu’il va changer le monde en six mois de présence. Pourtant Kargo aura mis 3 ans à naître. L’idée est là, depuis l’arrivée à Yangon en Octobre 2013. M. Wicks a alors 5 ans d’expérience en management d’une entreprise spécialisée en référencement naturelde sites internet, il sait pouvoir lancer son propre projet en ‘tech’. Dans tous les cas, étant son propre chef depuis presque 8 ans, il avoue ne pas pouvoir être autre chose qu’entrepreneur. Il aimerait bien, dit-il, se sentir plus libre en étant consultant mais "n’est pas sûr de ce sur quoi il pourrait conseiller"
Pour lui, trois ans de réflexion sont nécessaires pour comprendre le marché birman, y établir un réseau, et se décider sur le produit à créer, celui dont la société a réellement besoin. Alex repère trois domaines d’innovation: la vente en ligne, la fintech (Services financiers en ligne), et l’edutech (Education et formation en ligne). Il choisira la vente en ligne de services logistique, le tout nourri par son goût personnel pour l’économie de partage. L’idée de Kargo éclot, l’application est lancée, les entreprises locales peuvent acheminer leurs produits autrement et les expatriés ont un choix supplémentaire de moyen pour déménager. 

3 ans pour comprendre un marché compliqué
L’objectif actuel est de devenir la référence pour toutes les entreprises qui ont besoin d’acheminer des biens. Seulement comprendre le marché Birman au point d’y être un entrepreneur à succès n’est pas facile. Les codes sont particuliers, "This is Myanmar" justifie-t-on souvent. Accepter le particularisme est donc le premier pas et le conseil d’Alexander aux jeunes entrepreneurs est simple: "le pays n’est pas un marché asiatique comme les autres", et ne doit pas être abordé comme tel, car les choses ne sont pas linéaires et ne répondent pas toujours à une logique de consommation dite "classique".
Assumer le temps qu’il va falloir investir avant d’envisager n’importe quelle réussite, est selon lui le deuxième pas. Le jeune chef d’entreprise avoue en toute honnêteté être parfois pris de frayeurs en réalisant ce qu’il a investi dans un pays en développement, à risque, et parfois frustrant. De l’extérieur, dans des sommets comme Seedstars, les gens sont enthousiastes au sujet de la Birmanie, perçue comme  "un nouveau pays aux multiples opportunités" mais les difficultés sont encore nombreuses. En termes de compétences, comme beaucoup d’entrepreneurs, Alex se bat tant contre le faible niveau de formation locale chez les employés, que contre le manque de familiarité des clients et des chauffeurs avec un produit technologique. En termes de logistique, c’est avec la géographie et l’infrastructure qu’il faut innover : comment couvrir le plus de terrain possible sur les routes d’un pays qui, entre moussons, restrictions sécuritaires et routes de montagnes, est logistiquement difficile à couvrir. 

3 ans pour faire le pari de la Birmanie
Les 3 années de gestation de Kargo entre 2013 et 2016 ont été nécessaires à son créateur pour faire le pari d’entreprendre mais également pour améliorer des opportunités dans le pays – justifiant son choix. 2016 marque en effet  la mise à niveau du milieu de la technologie… et de la connexion internet. L’écosystème entrepreneurial Yangonite se dote alors d’un incubateur: Pandheeyar. Aujourd’hui à sa deuxième génération d’entreprises, Pandheeyar donne aux starts up birmanes un réseau de support, des bureaux pour 6 mois, une formation de qualité et du cash. L’embryon Kargo de l’époque l’intègre immédiatement.  Sans ce medium, impossible de savoir si l’entreprise serait ce qu’elle est aujourd’hui, dix-huit mois plus tard, avec 23 employés, donc 18 locaux, supportés par 4 investisseurs privés, 1 à Singapour et 3 en Angleterre qui viennent de recevoir un prêt du gouvernement anglais afin de développer les opérations. 
2018 verra le lancement de deux nouveaux services au sein de Kargo – encore tenus secrets - ainsi qu’une expansion de services en approvisionnement. Dans un an, l’objectif est d’avoir une présence visible sur les 4 axes principaux de transport du pays. Dans 5 ans, Kargo espère s’étendre dans d’autres services pour couvrir la majorité des réseaux de distribution à travers le pays, et possiblement d’ailleurs. Alex Wicks voit loin et se dit rassuré sur son pari, certain d’en tirer "au pire une belle aventure, au mieux l’espoir d’avoir un impact sur l’industrie du logistique, du transport, et sur le pays".

Où sera Kargo dans 10 ans ? Trop tôt pour le dire car le progrès à venir devra se faire en accessibilité géographique, amélioration de la couverture de transport et baisse du niveau de risque hors zones touristiques. Ces challenges dépendent pour beaucoup des politiques gouvernementales, des investissements en infrastructure et de la pérennité sécuritaire de l’ensemble du pays. Une seule chose est sure : tant que la Birmanie ira bien, Kargo ira bien. 

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