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Khin de LinkAge: "Aider son prochain" est ma raison de vivre…

Par Julie Das | Publié le 01/04/2018 à 20:00 | Mis à jour le 01/04/2018 à 20:00
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Khin (Khin Hnit Thit Oo) a en effet dédié sa vie aux autres et en particulier aux enfants des rues de Yangon, délaissés par leurs parents, souvent maltraités, parfois même abandonnés et sans avenir. Rencontre avec une femme exceptionnelle, pleine de bienveillance et d’intelligence. 

Généralement lorsque l’on rencontre des gens qui ont eu une enfance difficile  et un parcours semé d’embûches, on peut le deviner sur leur visage mais avec Khin c’est tout l’inverse. Lorsque je l’ai rencontré pour la première fois dans son restaurant LinkAge, je n’ai vu qu’un visage radieux et des yeux pétillants. Elle s’est adressée à moi dans un français parfait et nous avons de suite pris rendez-vous pour une entrevue le lendemain…

A l’âge de 12 ans, Khin a déjà acquis une grande maturité et une indépendance sans précédant. Sa mère, délaissée par son mari parti  à l'étranger de façon quasi définitive, Khin et ses 4 frères et sœurs doivent participer activement à la survie financière de la famille et vont travailler à Bago chez leur tante tous les étés pendant 3 mois pour travailler comme serveurs et serveuses dans le Cold Drink Shop. Cette expérience de vie transforme leur jeunesse à jamais et leur donne à tous le goût de l’effort et de la persévérance. Sa mère pourtant travaille à un poste méritant au ministère de l’Information et Relation Publique mais cela ne suffit pas à joindre les deux bouts. En 1996, Khin passe son bac birman avec succès et alors qu’elle s’apprête à rejoindre les bancs de l’université, la junte militaire décide de fermer toutes les universités. Mais Khin ne se laisse pas abattre et puisque c’est l’année du tourisme et que la France a les yeux rivés sur la Birmanie, (contrairement aux pays anglophones qui boycottent la destination), Khin décide de se mettre au français et se trouve un job de réceptionniste dans un petit hôtel international: elle y fait des rencontres fortuites notamment un couple de Français qui l’aidera par la suite à obtenir un visa pour la France et un philanthrope japonais qui lui offrira une bourse d’études!

Khin est travailleuse, consciencieuse et méritante: elle a une force intérieure sans limite et une soif avide de connaissances qui la pousse toujours vers de nouvelles expériences. En 1997, elle rejoint l’Alliance française pour approfondir  son français courant et apprendre le français des affaires: elle se prend d’amour pour cette langue dont elle fera bon usage par la suite. En l’an 2000, les universités rouvrent mais sa situation financière ne lui permet pas de reprendre ses études et c’est ainsi qu’elle accepte un poste de secrétaire de direction auprès du directeur financier français de chez Myanmar Fisheries international à Myeik. Elle y restera 9 mois. Après cette expérience franco birmane, Khin n’a qu’une envie, reprendre ses études et partir étudier en France. Elle reprend donc contact avec son parrain japonais Mr. Takeshita qui lui offre une bourse d’études: le 31 janvier elle s’envole pour Paris pour démarrer un BTS d’Assistante de Gestion en alternance avec le Yangon Wood Industry Limited. Elle trouve une famille d’accueil pour laquelle elle travaille comme fille au paire en échange du logis et du couvert. Pendant ces quelques années passées à Paris, Khin a mis toute sa sueur pour réussir ses études brillamment et subvenir à ses besoins primaires. Les journées étaient bien remplies  entre l’école, l’alternance et son job au paire mais elle a su bien s’entourer et se faire des amis pour la vie. En 2004, elle a le mal du pays et elle décide de retourner auprès de sa mère déjà âgée. Elle prend le poste de chef comptable chez Yangon Wood. Un an après, sa mère décède. Elle repart aussitôt en France dans la même famille d’accueil mais cette fois-ci sans obligation d’être fille au paire et suit une licence d’économie et de gestion. Sa soif d’apprentissage et de formation est sans fin et elle enchaîne avec un Master en développement durable à Khon Kaen en Thaïlande (grâce à une bourse attribuée par la Fondation japonaise Himawari). Elle a fait partie d'une petite association créer par ses amies birmanes: 'Now' a pour but de collecter des fonds privés et d’organiser des sorties ou de faire des donations auprès des orphelinats locaux. En 2008 elle rentre à Yangon et trouve à nouveau un bon poste à mi temps à l’Alliance en tant que chargée de missions et de développement après le cyclone Nargis et suit en parallèle une formation en alternance au Cambodge prodiguée par Caritas Irlande sur la réduction des risques. C’est la –bas qu’elle aura l’idée d’un restaurant solidaire! 

En 2010, elle monte 'Forever' avec son ami de toujours Su Su: sa mission est de prêter de l’argent aux femmes au foyer à des taux d’intérêt très bas (2% au lieu de 20 à 50%) pour qu’elles puissent monter des projets et deviennent financièrement indépendantes. 50 femmes bénéficient de ces aides avec des fonds allant jusqu’à 600 000 kyats. C’est un réel succès et Khin décide de lancer sa candidature pour le prix des Droits de l’Homme de la République Française: prix de 15 000 euros qu’elle obtient parmi 100 autres participants et qui lui permet de réaliser son rêve : aider les enfants des rues à apprendre un métier et à se réinsérer dans la société. Elle connait bien les enfants qui traînent le soir et dont les parents sont mendiants. Elle établit des rapports de confiance avec eux et les persuade de lui confier leurs enfants qui sont en mesure de travailler. Elle démarre avec 5. Mais elle n’a pas encore assez d’aisance financière pour tout lâcher. Alors pour payer les factures de LinkAge et subvenir aux besoins de ces jeunes qu’elle a pris sous sa coupelle,  elle travaille à l’ambassade de France dans la section politique sociale, puis comme  guide francophone 6 mois de l’année, elle fait des traductions techniques pour le FMI et traduit des poèmes ethniques dans un birman plus littéraire… bref, elle ne s’arrête jamais pour atteindre son objectif d’aider ces enfants de la rue.

En 2015, elle a enfin  assez économisé  et peut se permettre de quitter  son travail pour se donner corps et âme  à son projet solidaire et responsable. Elle en dessine  les grandes lignes: formation des jeunes de 17 à  22 ans pendant un an à la cuisine, au service et à  l’anglais. Sans oublier du coaching pour leur développement personnel. Khin est comme une petite mère pour eux, elle les écoute, les choie et les guide. Elle leur donne tout l’amour et l’attention quelle n’a peut-être pas reçu et avant tout elle leur transmet la confiance en soi et la force de se battre pour sortir de leur condition. Elle me confie: "j’admire les enfants des rues: ils sont créatifs, solidaires  et ingénieux. On a beaucoup à apprendre d’eux". En plus de cette formation, elle s’occupe de scolariser les frères et les soeurs des jeunes qu’elle forme et qui n’ont pas l’âge de travailler. Khin a aussi compris qu’elle ne pouvait pas déplacer des montagnes seule et en  2017,  elle a l’initiative de rejoindre le cercle de TREE Alliance, une association de 8 restaurants solidaires au Cambodge qui offre  des formations pour les petites entreprises d’entreprenariat social dans la restauration... une plateforme idéale pour échanger, apprendre et tisser des liens.

Linkage recherche:  
- Des bénévoles pour enseigner l’anglais 1 à 2 fois/semaine (pas d’expérience préalable nécessaire). 
- Un coup de main pour le marketing/ la communication externe. 
- Des dons pour scolariser des jeunes de la rue.
Site: ici / Facebook: ici

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