Samedi 21 juillet 2018
Birmanie
Birmanie
  Ne manquez plus les
dernières nouvelles
S'abonner

Friedor Jeske : Chuchu ou l’art de transformer le plastique recyclé

Par Julie Das | Publié le 17/06/2018 à 20:00 | Mis à jour le 17/06/2018 à 20:00
Friedor Jeske_Chuchu ou l’art de transformer le plastique recycle

Friedor a 26 ans lorsqu’il voyage en Birmanie pour la première fois afin de découvrir ce pays fascinant et encore fermé au monde extérieur. Il vient de finir son double diplôme en physiques et en philosophie à Heidelberg. C’est un citoyen du monde, conscient de son environnement et engagé à son échelle dans la sauvegarde de la planète : en 2011 il accepte une mission de quatre mois à Yangon qui le fait plancher sur les solutions aux problèmes de la sanitarisation de l'eau puis il rentre en Allemagne assez bouleversé par cette expérience sur le terrain. Deux ans plus tard, il revient en Birmanie pour tenter sa chance, commence par donner des cours d’anglais et travaille comme bénévole dans différents projets sur le thème du traitement des déchets. Ce domaine devient son sujet de prédilection et il se lance dans des recherches poussées, s’informe auprès d’experts et se forme sur le terrain grâce à des missions de consulting pour diverses PME : il devient en peu de temps THE expert en la matière et est décidé à changer la donne en Birmanie ! 

Et puis un beau jour, lors d’une conférence enflammée sur le recyclage des déchets, il rencontre Gaetano Romano qui lui propose de monter un projet à deux volets sur le traitement des déchets et la fabrication d’accessoires recyclés : cette initiative est financée par l’union européenne et montée en collaboration avec Cesvi, une ONG italienne de Turin, ville jumelée avec Yangon ! Séduit par cette offre, Friedor se met au travail et fait des études sur les processus de recyclage en Birmanie. Il comprend très vite que le volet "traitement des déchets" est déjà bien intégré dans le quotidien des Birmans : en effet, les villes de Yangon et de Mandalay sont les deux grands pôles de collecte de plastique dans toute la Birmanie. Selon les chiffres, 100 000 personnes travaillent dans le recyclage quotidien dont 30% sont des employés municipaux ou des travailleurs journaliers. La bonne nouvelle est que les Birmans recyclent chez eux, ils séparent le verre, le plastique et le papier qu’ils revendent à des grossistes. En effet, une bouteille recyclée peut rapporter entre 3 et 4 kyats. Friedor décide alors de ne pas s’attarder sur le recyclage et se focalise sur la fabrication artisanale d’articles en plastiques recyclés. L'idée principale est de changer l’image locale des déchets ‘sales et inutiles’ et de travailler sur leur embellissement. Les Birmans recyclent oui mais parce qu’il y a un attrait financier. A côté de cela, il n’y a pas encore de conscience écologique ni de respect de l’environnement. Face à ce constat, Friedor veut se concentrer sur une nouvelle culture des déchets : l’objectif est de montrer aux gens que le plastique "sale" peut être transformé en de superbes objets décoratifs, utiles et résistants. 

Il ne lui reste plus alors qu’à trouver un lieu pour monter un atelier de fabrication et avoir une vitrine sur le monde. C’est Wendy, une Birmane d’une cinquantaine d’années originaire de l’état de Chin et une ancienne collègue comptable, qui lui propose d’utiliser son petit terrain à Dala. Wendy cherche à redonner un sens à sa vie et à engager les communautés locales de Dala. C’est avec l’aide de Sen Sen, une jeune Birmane de vingt-deux ans, créative et particulièrement douée pour l’artisanat, qu’ils bâtissent un atelier-showroom à partir de matériaux recyclés (les murs sont en bouteilles de verre pour faire passer la lumière naturelle, le toit est en pneus de vélo qui sont plus isolants contre la chaleur et le bruit). Le projet Chuchu (qui veut dire plastique en birman) est né !

La première grande tâche est de trouver la meilleure technique de recyclage et la moins coûteuse : Friedor s’inspire d’une méthode indienne appelée "fusing" qui consiste à superposer un plastique blanc, puis des couches de plastiques de remplissage pour créer de l’épaisseur et de mettre au-dessus un beau plastique design : le tout recouvert d’une feuille de cire fine pour ensuite passer le fer à repasser dessus et presser le tout avec une force assez puissante ! Cette tâche est en général réservée aux hommes. Au début, Sen Sen et Friedor passent des commandes auprès de quelques familles puis très vite 15 familles sont impliquées dans ce processus. L’objectif est de faire participer le plus de monde possible dans un premier temps et d’acheter tout ce qui a été produit puis d’écrémer et de ne garder que les meilleurs artisans. A l’heure actuelle, 7 familles travaillent de façon régulière pour Chuchu (soit 40 personnes) et gagnent un revenu très décent pour bien vivre. Cependant le projet Chuchu dépend beaucoup du tourisme et cette année la baisse des visiteurs a affecté les revenus de ces familles.

Côté designs, au départ il n’y avait pas beaucoup de création personnelle parce que l’objectif était fixé sur la qualité du plastique mais après deux années de recherche et développement, ils ont créé leurs propres designs avec d’autres matériaux comme les pneus de vélo et les parapluies. La gamme de sacs pliables et résistants à l’eau en parapluies recyclés est un vrai succès et Friedor en est très fier puisque c’est lui qui en a eu l’idée ! En outre, les sacs de soirée "design italien" en pneus de vélo ont aussi beaucoup de "like". Le résultat est absolument bluffant ! Les produits phares chez Chuchu sont les portes-feuilles, les sacs de soirée, les étuis à lunettes et les tissus ethniques Chin tissés avec des lanières de fins plastiques colorés. Une vraie beauté artistique ! Chez Chuchu, les artisans travaillent de chez eux et c’est un avantage considérable pour les femmes qui sont confinées chez elles pour différentes raisons : une d’entre elles justement a un fils handicapé qu’elle ne peut laisser seul et grâce à son activité avec Chuchu, elle est devenue indépendante financièrement et a retrouvé confiance en elle. Les artisans se fournissent en plastique ‘propre’ auprès d’un grossiste. Chuchu agit comme agent entre les détaillants et les artisans : les produits sont revendus par Hla day à Yangon et lors d’évènements ponctuels. Alors vous qui habitez à Yangon, venez soutenir le projet en direct à Dala (du jetty de Pansodan, prenez le ferry puis un trishaw : tout le monde connait Chuchu !) et allez à la rencontre de Wendy, Sen Sen et les employés formidables qui se cachent derrière ce projet unique en son genre en Birmanie !

0 CommentairesRéagir

Actualités

REVUE DE PRESSE

La Birmanie en hebdo : semaine du 16 juillet

Effondrement du pont dans le parc de Kandawgyi, Les Etats-Unis sanctionnent la Birmanie et le Laos, La Birmanie sur la liste de circuits touristiques historiques, Tourisme...