PORTRAIT - Jean-Yves Branchard et la chocolaterie made in Myanmar

Par Lepetitjournal Birmanie | Publié le 04/12/2016 à 23:00 | Mis à jour le 04/12/2016 à 21:05

Jean-Yves Branchard, l'un des "doyens" de la communauté française de Birmanie, peut déjà se targuer de frôler les deux décennies dans ce pays. Deux décennies marquées successivement par deux aventures voisines, mais si différentes aussi : d'abord le café, et désormais le chocolat. C'est en effet le producteur du seul chocolat made in Myanmar? Avec un savoir-faire français.

C'est dans son fief du café Ananda, au rez-de-chaussée de Citymart/Market place, au c?ur de la Golden Valley, qu'on peut le plus souvent le rencontrer. Une rencontre détendue au cours de laquelle remontent à la surface, en vrac, son histoire personnelle et professionnelle. Car entre Jean-Yves et la Birmanie, l'histoire commence en 1997. Et puis deux années plus tard, une première approche professionnelle qui a pour axe principal le café. "Dans la province de Sito, nous avons rencontré Donald, petit-fils du roi de l'état Shan. Il a commencé par nous raconter toute l'histoire de sa famille, photos à l'appui. Il avait dans sa grande résidence 3 ou 4 hectares de parc à la française. Et dans ce parc, nous tombons sur des caféiers."

Le déclic
Jean-Yves revient alors en France illico, et annonce qu'il a trouvé du café de Myanmar. On ne le croit pas : du café de Myanmar, ça se saurait. Même le très officiel et vénéré Jobard, la Bible des producteurs de café dans le monde, n'en parle pas... "On m'a dit que je racontais n'importe quoi, puisque ce café la ne figurait pas dans ce livre." Il retourne donc au Myanmar et y rencontre les militaires responsables au ministère de l'Agriculture. "Évidemment, à l'époque, personne ne voulait leur parler. Moi je leur ai proposé de signer un accord." Un accord selon lequel il leur montrerait comment faire un café de qualité et en échange, eux le laisseraient l'exporter sans difficulté administrative. "Ils ont dit oui, et ça a super bien marché." Mais en 2002-2003 survient l'embargo américain et un renforcement des sanctions.
Résultat :  ces débuts prometteurs ont été réduits à néant. "On a perdu tous nos clients export. Y compris les Français. On a été obligés de tout arrêter", se souvient-il.

Fin de l'épisode café, passage au dessert
En septembre 2004, il décide de lancer la filière cacao. "J'ai repris contact avec mes amis du ministère. Pour commencer, on a fait venir un expert du CIRAD pour faire une étude sur le potentiel de cette filière. C'est comme ça qu'on a pu retrouver dans les archives que le gouvernement de Myanmar avait introduit le cacao dans ce pays au cours des années 1970 mais qu'ensuite il avait tout coupé, tout simplement parce qu'il n'avait pas pu maîtriser le processus de fermentation. Mais à certains endroits, il restait des poches de plants de cacao. Des arbres redevenus sauvages. On a fait un premier essai en 2003, je crois."

Pour poursuivre son projet, il prend alors contact avec la société Total, qui finance des programmes sociaux dans les zones par lesquelles passe leur pipeline. "Le deal, c'était que Total s'occupe de toute la partie agronomique et administrative. Et que moi je me charge de la formation des agriculteurs locaux. Sans oublier que j'étais aussi l'acheteur en bout de filière."
Après l'accord de Total, 50.000 semences de cacao, 15 variétés différentes sont importées de l'archipel de Vanuatu, dans le Pacifique Sud. Sur ces 15 variétés, quatre ont été retenues, les plus susceptibles de bien pousser au Myanmar, compte tenu du climat.

Il y a aussi le volet communautaire de ce projet
"Maintenant, on travaille avec une trentaine de fermiers producteurs. Ils cultivent le cacao en association avec une autre culture. En l'occurrence, on a découvert que la culture de la noix de betel fonctionnait très bien intercalée avec le cacao. Ainsi, nos cultivateurs ne sont pas obligés de prendre un risque avec le cacao en immobilisant un terrain rien que pour ça. Et on leur achète leur production au moins deux fois le prix du cours mondial." 
Il y a trois ans, ce baroudeur, au lieu de simplement exporter une fève de cacao brute, envisage d'aller plus loin dans la transformation sur place. Il fait concevoir une première ligne de production de chocolat. "Notre première chaîne complète de production a été construite sur mesure. Elle est en place depuis un an et demi. Ce qui fait de nous le seul véritable fabricant de chocolat dans ce pays. Fermentation, séchage, cuisson et enfin broyage des fèves. Notre machine, ici, est sans doute l'une des dernières au monde à broyer les fèves à l'ancienne, avec une pierre cylindrique qui tourne pendant 3 jours. L'objectif évidemment c'est d'exprimer le meilleur de l'arôme de ce qui deviendra le chocolat."

Résultat final : un chocolat de très haute qualité, totalement naturel !
"Dans l'industrie en général, pendant le broyage, on ajoute tout un tas d'additifs artificiels : huile de soja pour aider à démouler, huile de palme, OGM, stabilisants... Nous, on prend la fève, on la met dans la machine et, au bout de deux jours, on ajoute le sucre." Ce chocolat étant maintenant au point, le défi suivant concerne le marketing : développer une marque et une image qui correspondent à ce produit de qualité. Développer aussi une vraie notoriété sur le marché local, à l'approche des fêtes de fin d'année. Des contacts aussi ont été pris avec les grands hôtels de luxe de la place. "Jusqu'ici notre boutique Ananda est le seul point de vente de ce chocolat de haute qualité. On va y développer un coin dédié au chocolat, pour que les gens puissent le déguster. On est en train de mettre en avant notamment les orangettes, de la peau d'orange trempée dans du chocolat noir ou au lait. Et je peux vous garantir que c'est à tomber par terre !"

Café Ananda est situé dans le City Mart #403/A Dhamazedi Road & Golden Valley Road, Yangon
Patrick Antoine Decloitre (www.lepetitjournal.com/Birmanie) Lundi 5 Décembre 2016

 

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