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Akash Das, MPT : au cœur du marché des télécommunications birman

Par Marie-Sophie Villin | Publié le 10/06/2018 à 20:00 | Mis à jour le 11/06/2018 à 09:39
Akash Das MPT télécommunications Birmanie

L’ouverture du marché des télécommunications en Birmanie est encore très récente : sa libéralisation n’a eu lieu qu’il y a cinq ans. Akash Das, conseiller stratégique chez MPT, l’a vécue de l’intérieur. Il nous raconte son parcours, semé de nouveaux défis qui l’ont amené plus d’une fois à sortir de sa zone de confort.

Il est né au début des années 1970 dans une petite ville de l’état de l’Orissa en Inde, Rourkela. "Cette ville ne ressemble pas au reste de l’Inde" : après la Seconde Guerre mondiale, les Allemands, notamment Mannesmann Demag, ont commencé à investir dans le pays et les ressources en minerais - magnésium, uranium, charbon - de la ville de Rourkela ont particulièrement attiré leur attention. Leur présence a développé la ville. Avec ses grandes routes, ses câbles enterrés et non pendants dans les rues, la ville est bien plus moderne que le reste du pays. Le père d’Akash travaillait dans le département commercial de Mannesmann Demag. L’Allemagne, Akash la connaissait donc de loin. "Tout ça a créé chez moi la curiosité, m’a fait dire que je voulais y aller, découvrir ce pays."  Après avoir fini le lycée, il commence à apprendre l’allemand à Pune, de l’autre côté de l’Inde, pendant quatre mois. Puis, en 1987, à 16 ans, il découvre finalement Berlin. Pendant deux ans, il y suit une classe préparatoire à l’université. Alors qu’il arrive dans une ville encore séparée en deux par le rideau de fer, il assiste à un changement politique et voit les mentalités évoluer. Lorsque le mur est assailli, il est là, avec son marteau, participant à sa chute. "Le monde était tourné vers Berlin. J’avais l’impression d’être là où il fallait être."

Il intègre l’Université Technique de Berlin et choisit d’y étudier les télécommunications, sans réelle raison dit-il. "Tout ce que je savais, c’était qu’il s’agissait de quelque chose de nouveau. Je ne savais pas que ça allait révolutionner le mode de vie de chacun." En stage dans l’entreprise allemande Siemens en même temps que ses études, il est embauché une fois diplômé et participe au développement de Siemens Mobile. De Berlin, il déménage à Düsseldorf puis à Munich. Il y est chargé des ventes et du Marketing pour la Thaïlande, la Malaisie, Taïwan, Singapour et l’Inde.  "A cette époque, le développement des télécommunications explosait. Ce que j’étudiais devenait réalité." Avide d’apprendre, il est envoyé développer le secteur mobile en Malaisie et s’installe donc à Kuala Lumpur. "Depuis, nous sommes restés en Asie, avec ma femme rencontrée à Berlin. Nous ne sommes retournés en Europe que pour les vacances." Car s’il ne reste pas en Malaisie définitivement, la suite de son parcours le maintient en effet sur le continent asiatique. "J’ai reçu une offre d’un opérateur norvégien, appelé Telenor, pour les rejoindre." Telenor lui propose un poste en Inde. Pour lui, c’est comme la fin d’un cycle, retourner à l’Inde qu’il avait quittée adolescent. Basé à Calcutta, il est chargé de mettre en place le réseau Telenor dans tout l’est de l’Inde. Un retour à ses racines qui lui permet de partager ses connaissances et son expérience, tout en apprenant de son pays d’origine. "J’ai fait beaucoup d’erreurs. Comme celle de faire confiance aux personnes. Je venais d’Europe, je n’étais plus habitué à l’Inde." Il y reste trois ans avant de revenir à Kuala Lumpur avec sa femme et ses deux enfants.

Akash Das MPT télécommunications Birmanie

 

En 2012, il commence à se rendre en Birmanie. MPT, compagnie publique faisant fait partie du ministère des Télécommunications, y était encore en situation de monopole. Le gouvernement avait annoncé la libéralisation des infrastructures, dont les télécommunications, et le pays offrait donc un tout nouveau marché à conquérir, que Telenor l’envoie analyser.

Akash rencontre à cette époque là des entreprises japonaises qui décèlent le potentiel de ce marché. "Il ne restait alors que 3 pays sans téléphonie mobile : Cuba, la Corée du Nord et la Birmanie." Ils ont été parmi ceux à déposer leur candidature pour faire un partenariat avec MPT. C’est eux que le gouvernement birman a choisi. Les compagnies KDDI et Sumitomo investissent ainsi, à parti de 2014, deux milliards de dollars américains sur dix ans. Et ils proposent à Akash de les rejoindre. Passionné, il se lance dans l’aventure, rejoint MPT en tant que conseiller stratégique du directeur et s’installe à Yangon. C’est le début d’un grand défi.

Il ne le sait pas encore mais le marché des télécommunications birman est voué à grandir de manière exponentielle, peut-être même plus rapidement que dans n’importe quel autre pays au monde auparavant. Très vite pourtant, il réalise l’ampleur des évolutions à apporter. A l’époque, une carte SIM coûtait encore 2 000 dollars américains, réservant les télécommunications à une classe aisée représentant une infime fraction de la population birmane. "Puis Telenor est arrivé et a déclaré qu’il vendait ses cartes SIM à 1,5 dollars américains." MPT n’a d’autre choix que de s’aligner sur la concurrence, de suivre la volonté du gouvernement de rendre le réseau accessible à tous. Le plus grand défi selon lui n’était pas de comprendre le marché, mais plutôt de s’y adapter, de le faire comprendre aux employés et de moderniser les équipements. Ouvrir ce secteur à la concurrence a permis d’amener sur le marché une juste compétition tout en créant un écosystème permettant à des dizaines de milliers de personnes de subvenir à leurs besoins. Telenor, Ooredoo et MPT représentent à eux trois une force de travail de 20 000 personnes. Et certainement 40 000 personnes supplémentaires soutiennent ce secteur dans des domaines des plus variés. C’est fasciné qu’Akash parle de la manière dont MPT est parvenu à se maintenir en tant que seule entité publique dans un secteur habituellement privé.

Aujourd’hui, le réseau des télécommunications couvre 94% du territoire de la Birmanie. Les zones restantes, ce sont les zones en conflit dans lesquelles personne n’ose s’aventurer. Mytel, un quatrième opérateur, vient même d’arriver sur le marché. Surprenant, selon Akash : "le marché est déjà presque à saturation. Ce n’est pas comme en Europe où le client est fidèle à son opérateur. Ici, avec les cartes prépayées, le marché est volatile. Plus il y a de concurrence et moins on a la certitude d’avoir un retour sur investissement." Il est toutefois encore trop tôt pour évaluer l’impact de l’arrivée de Mytel sur le marché.
Ce sont ce genre d’évolutions qui font que le marché birman reste passionnant aux yeux d’Akash et lui donnent envie de rester ici. Ça, et les Birmans qu’il trouve plus humbles et dignes de confiance que les habitants de tous les autres pays dans lesquels il a vécu.

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