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MICHEL HAZANAVICIUS - "Il y a un truc spécifique autour de la culture, c’est qu’elle pose des valeurs humanistes"

Par Justine Hugues | Publié le 06/11/2016 à 23:00 | Mis à jour le 04/07/2018 à 17:23
Hazanavicius

Michel Hazanavicius est à Yangon ! L'occasion était trop belle pour lepetitjournal.com Birmanie qui vient de fêter ses deux mois d'existence. Fraîchement débarqué dans le pays, le réalisateur des cultes OSS 117, égérie des fans de pastiche dans lequel il excelle, collectionneur de récompenses grâce à son film muet en noir et blanc The Artist, a accepté de répondre à nos questions.  

 

De Paris à Memory Yangon: pourquoi avoir fait le voyage ?


Des amis de longue date auxquels rendre visite, un timing opportun et une initiative culturelle intéressante. C'en était assez pour convaincre cette icône du cinéma français de venir découvrir la Birmanie. "Je trouve que l'initiative du festival Memory est très intéressante ; c'est bien sur des pays qui s'ouvrent, qui sont en transition, de créer des ponts autour de la culture". Dans le cadre du festival Memory, Michel Hazanavicius projette non seulement The Artist mais il préside également un jury d'évaluation de scripts avec à la clé pour l'heureux élu, la possibilité de réaliser son film avec les moyens nécessaires. Enfin, au moment où nous le rencontrons, il sort tout juste d'une "masterclass" qu'il a animé auprès de jeunes réalisateurs en devenir.

Pour lui et son ami Henri Delorme, figure de la communauté française établie en Birmanie dont la boîte de production est sponsor du festival, c'est important de partager son expérience sur la fabrication de films, dans un contexte de "renaissance" du cinéma après un âge d'or perdu. Dans la première moitié du vingtième siècle, la Birmanie a en effet été un des pays pionniers du cinéma asiatique, avant de rentrer dans une période sombre, caractérisée par des productions de piètre qualité et la perte de beaucoup d'archives. A peine 24h après son arrivée ; Michel Hazanavicius n'a pas encore eu le temps de se faire une idée du pays. Ses premières impressions sont donc essentiellement visuelles, "c'est très coloré, il y a beaucoup de choses qui attirent l'oeil"

 

Quels conseils pour les réalisateurs birmans ?


"Il faut travailler, il faut s'intéresser à plein de choses, lire et regarder, il ne faut pas lâcher l'affaire? mais il n'y a pas de formule magique. Chacun a sa propre histoire, le contexte dans lequel vous évoluez, qui vous êtes, vos moyens. C'est compliqué de trouver son propre parcours. Plus on est curieux, plus on va être confronté à des choses qui à un moment ou un autre vont faire écho à qui vous êtes". Notre interlocuteur reste néanmoins plus que modeste sur sa contribution. "En parlant de mon expérience, chacun aura appris ou pas, quelque chose qui lui correspond".

Lors de l'atelier qu'il vient d'animer, il a été agréablement surpris par la pertinence des questions de son auditoire, qui étaient essentiellement orientées sur le procédé de fabrication d'un film, le plus important selon lui. "Ils s'en foutent de savoir si çà fait plaisir d'avoir un Oscar", nous dit-il en plaisantant.  C'est pour cela qu'il a délibérément choisi de parler de technique, pour ne pas que l'exercice se transforme en conférence pour groupies ! "Souvent quand j'organise ce genre de choses avec les journalistes de cinéma, ils n'ont aucune idée de comment on fabrique un film, çà ne les intéresse pas, ils sont dans l'appréciation d'objets finis. Quand je rencontre des étudiants et que c'est un journaliste qui modère, on a tendance à parler de cinéphilie et c'est vrai que j'essaie toujours de ramener à ce qui est important, pas les films finis mais comment on les fait".

Dans le court laps de temps depuis son arrivée, le réalisateur, scénariste et producteur a donc déjà parlé avec pas mal d'apprentis réalisateurs: "Il y a beaucoup d'envie et de curiosité". Leur chance dans le contexte actuel de renaissance, c'est qu'il y a de la place pour eux. "Je ne dirais pas que c'est plus simple, mais en tous les cas c'est très énergisant de se dire que tout est à inventer. Aujourd'hui si vous voulez faire du cinéma en France c'est hyper bouché, il y a trop de monde, il y a trop de films, alors qu'ici, comme il n'y a personne, tu peux te dire que si tu es curieux, si tu travailles bien, au moins tu pourras le faire". Une chance qu'a bien saisie le jeune réalisateur Ko San, qui est allé récemment sur le tournage du nouveau film de Michel Hazanavicius, "Le redoutable" lequel sortira en salle l'an prochain. "C'est bien d'avoir, je ne dirais pas des modèles mais de rendre concrètes et triviales des choses qui sont souvent très fantasmées : comment on fait un film, comment parler aux acteurs,  on a toujours l'impression que c'est une espèce de mythologie".  Alors de voir en vrai à quel point "c'est simple, c'est quotidien" ainsi que de pouvoir échanger avec des références du cinéma français a certainement aidé Ko San à murir sa personnalité cinématographique. 

Selon Michel Hazanavicius, si cette transmission de savoirs et ce partage d'expériences peut se décliner à différents métiers, "il y a un truc spécifique autour de la culture c'est qu'elle pose des valeurs humanistes, une fois que les gens les ont ingérées c'est compliqué de revenir en arrière. Pour des pays comme celui-ci, qui ont une histoire un peu compliquée d'un point de vue de la démocratie, la culture sert à créer plein de ponts et il y a une volonté de se retrouver autour de valeurs".

Le cinéma birman a donc un horizon lumineux devant lui. Preuve en est, selon Henry Delorme, la qualité des rushs du film que Ko San vient de finir de produire, ou de la variété des neuf scripts qui seront évalués par le jury que préside Michel Hazanavicius. Des questions ethniques et conflits entre religions à la comédie pure, une gamme de style et de thèmes semble les caractériser. La temporalité de l'évolution du secteur cinématographie birman sera sans doute différente du boom qu'on observe actuellement pour d'autres secteurs économiques tels que les télécommunications ou l'immobilier. "Ce sont des processus qui sont longs. Écrire un scénario, réaliser un film ça prend du temps". En cinq ans d'existence de sa société en Birmanie, Henri Delorme vient par exemple tout juste de produire son premier film. "Après, lorsqu'il y a des vraies politiques ça peut aller vite", nous confie Michel Hazanavicius. 

 

Pour nos lecteurs qui assisteront probablement à des projections cette semaine, quels films conseillez-vous ? 


Le visage de notre réalisateur bien connu pour être l'un des plus cinéphiles et passionnés s'illumine alors. L'Eclipse de Michelangelo Antonioni,  It happened one night (New York Miami) de Franck Capra, Les voyage de Sullivan de Preston Sturges, pour n'en citer que trois.  Mais en général, "il y a beaucoup de bons films". 

 

Est-ce que vous reviendrez ?


"Oui, même si pas nécessairement dans le cadre du festival Memory". L'essentiel pour notre interlocuteur encore une fois, étant de multiplier les échanges avec les cinéastes birmans d'aujourd'hui et de demain, de créer ces "ponts" qu'ils n'ont pas pour l'instant par la formation académique plus classique. 

Nous avons hâte de cette prochaine fois, et dans l'attente, espérons que la venue de Michel Hazanavicus aura contribué à créer des vocations et que de nouveaux films birmans verront vite le jour, en version sous-titrée ! 


Retrouvez le blog de Justine: http://justine.hugues.fr
Justine Hugues - Lundi 7 Novembre 2016

 

 

 

 

Justine Hugues

Justine Hugues

Après avoir travaillé 8 ans dans l’aide humanitaire et au développement (en Amérique Centrale, République Dominicaine et Birmanie) elle s'est reconvertie dans le journalisme avec l'ESJ Pro. Elle fait aujourd'hui partie de l'équipe de rédaction à Paris.
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