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"La Chute" de Camus jouée au théâtre al-Madina : Sophia Hadi se livre

Par Camille Devars Bex | Publié le 26/04/2018 à 20:34 | Mis à jour le 27/04/2018 à 15:32
La Chute ALbert Camus

En 2012, Sophia Hadi adapte au théâtre le dernier roman publié du vivant d’Albert Camus avec comme metteur en scène son mari Nabyl Lahlou. Fort de son succès au Maroc, la pièce s’est exportée à Beyrouth pour deux représentations. Entretien avec la comédienne.

 

Sophia Hadi : Pourquoi avoir adapté « La chute » ?

LPJ Beyrouth : J’ai interprété pour la première fois des textes d’Albert Camus en 2010, à l’occasion du 50ème anniversaire de sa mort lors d’un événement organisé par l’institut français de Rabat. Il s’agissait de différents extraits pris dans plusieurs de ses œuvres et qui traitaient de la peine de mort. J’ai adoré l’expérience. Je me suis sentie habitée par la prose de Camus.

J’ai ensuite rencontré le philosophe Manfred Stassen qui m’a demandé si l’idée d’adapter La chute au théâtre pour une représentation à Lourmarin, dans le Lubéron, m’intéressait. J’ai donc sauté sur l’occasion. Le projet n’a finalement pas abouti mais je l’ai gardé en tête en espérant pouvoir l’interpréter un jour.

Il a fallu attendre 2013 pour que la chance me soit donnée, cette fois, à l’occasion du centenaire de la naissance d’Albert Camus. Je me souviens avoir eu un mal fou à raccourcir le texte. Je pense avoir tout de même gardé l’essentiel, ce qui me parlait et ce qui me touchait, ce qui pour moi représentait le plus Camus : les femmes, la passion de l’océan, la mer.

 

Dans cette pièce, vous incarnez un personnage masculin ambigu, cynique et en pleine introspection. Cela vous a-t-il demandé une préparation particulière ?

Je ne fais pas attention au genre. Il est question d’humanité et cela va au-delà du sexe. Mais il est vrai que j’ai adopté une attitude masculine.

C’était un vrai défi à relever. J’ai eu par exemple beaucoup de mal à trouver de quelle manière j’allais interpréter la voix du personnage. Lorsque l’on a commencé à répéter le texte avec mon mari, j’ai d’abord gardé ma voix normale. Il me répétait sans cesse : « non ça ne va pas. Ce n’est pas Sophia Hadi que l’on doit voir sur scène, mais Jean Baptiste Clamence ! »
Nous avons essayé pleins de choses, jusqu’à l’épuisement, mais à chaque fois ça n’allait pas.

Je me suis parfois dit que ça ne marcherait jamais, mais j’avais en même temps l’intime conviction que je trouverai.  C’est finalement par hasard que je l’ai découverte. Lors d’une querelle avec mon mari, je me suis énervée contre lui et je l’ai imité. Il m’a regardé et m’a dit : « voilà, c’est ça ! »
J’ai ensuite composé avec ce que je savais de la personnalité de Camus. Ce que je cherche avant tout, c’est de jouer un personnage juste, vrai, et qui puisse transmettre la pensée de l’auteur.  Camus écrit: « le métier de juge pénitent, on ne le pratique pas, on le respire ». Mon travail est le même : je ne joue pas un personnage, je le respire et je le vis.

 

Quels sont selon vous les points forts de ce texte ?

Je pense que chacun peut faire sa propre analyse du texte. Mon analyse à moi, c’est de l’interpréter. J’aime beaucoup la dualité du personnage. Car je suis une femme, mais aussi parce que j’ai la foi. J’ai choisi un chemin plus mystique que Jean Baptiste Clamence, et je suis à l’opposé théorique de sa personnalité cynique et nihiliste.

Les passages qui m’ont le plus marquée sont sans doute ceux sur la Grèce et ses îles.

Quand Camus écrit « Savez-vous que dans ce pays, les hommes se tiennent par la main ou par le petit doigt en marchant dans la rue », cela me fait beaucoup penser au Maroc.

Il y a de nombreux passages dans lesquels il se dépeint lui-même de manière peu reluisante dans le seul but de critiquer et juger davantage ses semblables. Lorsqu’il parle du jugement dernier, il déclare : « le jugement dernier, je l’attends. J’ai connu ce qu’il y a de pire : le jugement des hommes ».

 

Que représente le Liban pour vous ?

Selon moi, les Libanais sont un peuple très cultivé qui a toujours envie de découvrir de nouvelles choses. Je sais qu’il y a toujours une grande présence francophone au Liban. C’est la première fois que cette pièce sort du Maroc. C’est une grande joie pour moi qu’elle soit jouée soit jouée dans un pays arabe, le Liban de surcroit.

Il y a une autre pièce que j’aurais aimé interpréter au Liban : « Ophélie n’est pas morte », car certains passages parlent des élections. Cela aurait très bien pour la période pré-électorale qui se joue en ce moment. J’adorerais revenir faire découvrir un texte marocain de mon mari. J’espère en avoir l’occasion.

 

Camille Devars Bex

Camille Devars Bex

Passionnée de voyage et de littérature, capable de réciter par cœur les discours de Gandhi où les pièces de Camus. A vocation de devenir experte en houmous libanais.
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