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Avec ses Potato Nose, Jad el-Khoury graffe les stigmates de la guerre

Par Anna Monnereau | Publié le 27/03/2019 à 11:45 | Mis à jour le 28/03/2019 à 13:40
Photo : prise du compte Instagram Potato Nose
article Potato nose

Animé d'une volonté de « guérir » le Liban, l’artiste libanais réalise des projets d'art urbain qui donnent une résonnance colorée aux bâtiments mutilés par la guerre civile. Il signe en ce début d’année le design d’une montre pour la prestigieuse marque Swatch.


Depuis la fin de la guerre civile libanaise (1975-1990), les murs et bâtiments criblés de balles deviennent invisibles aux yeux de la population libanaise. Cela fait plus de 10 ans que Jad el-Khoury les habille de manière amusante. Pour cela, l'artiste crée un 'alter-ego' : le  « Potato Nose » qu'il rencontre dans sa vie et dans ses rêves.

Il s'agit de personnages flottants librement, sans être confrontés à la société et qui, ensemble, livrent des messages. L'auteur donne une nouvelle lumière aux cicatrices des balles et missiles en les intégrant à ses « gribouillis fluides et géométriques ». Comme les décrit Jad el-Khoury, né il y a 30 ans à Baabda. Il dessine les sentiments qu'il éprouve à l'endroit où il vit. À la recherche de nouveaux matériaux, il s'adapte aux installations et outils, comme sur la tour Murr, l’une des plus hautes de Beyrouth, où son travail s'est porté sur des rideaux colorés qui, animés par le vent, « faisaient danser le bâtiment ». Il rebaptise la tour Burj el Hawa, la tour du vent en arabe. Les draps ont été retirés le mois dernier sous la pression de la société Solidère, créée à la fin de la guerre pour reconstruire le centre-ville de la capitale et propriétaire de la tour.
 

Interrogé sur l'impact de ses oeuvres, il répond que le changement n'arrive pas instantanément. « Si l’oeuvre fait rêver ou sourire et qu’elle donne une perspective d’avenir au Liban, elle est réussie. Souligner les problèmes constitue le début du processus de guérison », explique l’artiste.

Avant de créer Potato Nose, l'artiste, décorateur d'intérieur à la ville, part au Koweït à la recherche d'une vie meilleure. Cette expérience lui permet de comprendre qu'il n'y a pas de société parfaite : "Je suis alors revenu à Beyrouth et j'ai commencé à affronter les problèmes qui m'ont poussé à partir", raconte-t-il. La guerre civile divise encore le pays, dirigé par les chefs de guerre de l'époque. "En regardant notre mémoire en face, nous pouvons comprendre qu'aucun parti n'avait raison ou tort".

Jad el-Khoury est nostalgique de l’époque du lancement de son projet "War Peace" où il s'entrainait à descendre les murs en rappel à plusieurs mètres de hauteur. "Conduire ce projet sans autorisation faisait partie du concept. Ceux qui ont tiré sur ces bâtiments n'ont pas demandé la permission, eux.  Moi, c'était une offensive artistique pacifique". Aujourd’hui, l’artiste exerce avec toutes les autorisations d’usage.

Son travail artistique prend de l'ampleur. Lauréat du Prix Arte Laguna 2017 et du Biafarin Honor Award, Jad el-Khoury a exposé, entre autres, à Paris, New York, à l'atelier de sérigraphie Fallani de Venise, ainsi qu'à l’Institut français de Beyrouth au printemps 2018. Cette année, la marque de montre suisse Swatch a fait appel à lui pour désigner une montre appelé "Orange push" qui fait partie d’une gamme à laquelle plusieurs graffeurs de renommée mondiale ont participé.

 

Photos prises du compte Instagram Potato Nose

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Anna Monnereau

Je me suis intéressée au Liban par la diversité qui le traverse. J'aimerais partager cela !
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