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La relation franco-allemande à la croisée des chemins

Par Justine Hugues | Publié le 25/01/2018 à 18:00 | Mis à jour le 25/01/2018 à 18:00
Relation franco-allemande - Traité de l'Elysée

Le traité d’amitié franco-allemand, dit traité de l’Elysée, a soufflé lundi ses 55 bougies. L’occasion pour le Bundestag et l’Assemblée Nationale d’adopter, dans un hémicycle clairsemé, une résolution appelant à approfondir encore davantage la relation bilatérale. Pour l’ambassadeur allemand à Paris, comme pour quelques sénateurs et membres de la société civile, ce lien unique permettra de faire face aux nouveaux défis européens.

 

« Il y a cinquante-cinq ans, les Français et les Allemands osaient donner une nouvelle impulsion. C'est aussi ce que nous voulons aujourd'hui », lance Angela Merkel devant les caméras du salon Murat. C'est ici que le 22 janvier 1963, le président Charles de Gaulle et le chancelier Konrad Adenauer signaient un traité historique pour la réconciliation franco-allemande.

 

Pour Christian Cambon, sénateur du Val-de-Marne, « le retour de l’Europe sera celui du moteur franco-allemand, ou ne sera pas ». Le ton est donné. Or, à l’heure où les « petits » de l’Union reprochent au couple franco-germanique d’imposer leurs choix et où la question de l’immigration divise, le traité de l’Elysée a-t-il encore de beaux jours devant lui ?

 

Revigorer une relation indispensable

Nos interlocuteurs sont unanimes. Si le texte signé en 1963 n’a pas vocation à être supprimé, il doit être réformé à l’aune des nouveaux enjeux : la sécurité, l’immigration et la gouvernance. « On a vu au cours des dernières années que lorsque la France et l’Allemagne ont des points de vue divergents, l’Union Européenne ne progresse pas ». Selon Guntram Wolff, directeur de l’institut Bruegel, cette réforme souhaitée passera par des petits pas concrets.

Jean-Dominique Giulani, président de la fondation Robert Schuman, propose notamment d’établir un calendrier franco- allemand de rapprochement de la fiscalité des entreprises ainsi qu’un code des affaires commun.

Même si on doit mettre 10 ans, se fixer des taux d’imposition communs ou des règles en matière de droit des faillites et droit du commerce, représentera une vraie certitude pour les investisseurs

Pour M. Meyer-Landrut, ambassadeur d’Allemagne, le renforcement de la coopération passe aussi par la langue et l’éducation. « L’anglais, c’est obligatoire, mais le français ou l’allemand, c’est un atout. Il faut progresser sur les lycées bilingues et les filières d’apprentissage ».

 

Les citoyens, grands oubliés de la coopération franco-allemande

« On célèbre l’amitié franco-allemande par un geste exceptionnel, le vote d’une résolution commune, et les bancs de l’Assemblée nationale sont aux trois-quarts vides », déplore le président de la fondation Schuman. Pour lui, la confiance doit être retrouvée par un dialogue approfondi entre les représentants des citoyens ainsi qu’un débat public sur les questions identitaires qui interpellent des deux côtés du Rhin.

Le constat est partagé par M. Wolff. Il regrette le manque de représentativité au Parlement européen, tout en proposant d’établir des listes transnationales pour les élections de 2019. La coopération franco-allemande ne doit cependant pas être exclusive, nous dit le directeur de l’Institut Bruegel. « Le leadership c’est très important, la domination sur d’autres pays de l’union, c’est dangereux ».

 

Des sujets qui fâchent

« Comment être inclusif si on n’a pas les mêmes problèmes et qu’on n’est pas d’accord ? Oui, l’Allemagne a besoin de l’immigration mais cela lui a coûté cher. Si Madame Merkel a perdu les élections, c’est bien parce qu’elle a ouvert les frontières », commente Ladislas Poniatowsky, sénateur de l’Eure.

Le sujet de l’immigration semble être une épine dans le pied de l’idylle franco-allemande. « L’Allemagne en 2015 n’a pas ouvert ses frontières, elle ne les a pas fermées. C’est une différence importante », lui répond l’ambassadeur. « Aucun gouvernement ne fera de compromis sur le droit fondamental qu’est celui de l’asile ».

« L’application des règles des travailleurs détachés telle qu’elle est administrée par la France aujourd’hui est un obstacle au travail transfrontalier », renchérit le diplomate sur un autre sujet.

Faire vivre le traité de l’Elysée relève plus du parcours d’obstacles que du long fleuve tranquille…

Justine Hugues

Justine Hugues

Après avoir travaillé 8 ans dans l’aide humanitaire et au développement (en Amérique Centrale, République Dominicaine et Birmanie) elle s'est reconvertie dans le journalisme avec l'ESJ Pro. Elle fait aujourd'hui partie de l'équipe de rédaction à Paris.
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