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BON A SAVOIR – Pâques et Ostern : des origines communes aux traditions différentes

Par Lepetitjournal Berlin | Publié le 01/04/2015 à 22:00 | Mis à jour le 02/04/2015 à 07:25

En ce jeudi saint annonçant le silence des cloches dans certains pays jusqu'au jour de la résurrection de Jésus, un retour sur les origines des fêtes de Pâques et leurs évolutions en France et en Allemagne s'impose afin de mieux comprendre les traditions pratiquées dans les deux pays.

Alors que les enfants allemands scrutent le sol dans l'espoir d'y voir des lapins en sortir, les oreilles chargés d'?ufs de pâques, les petits français se concentrent sur le ciel attendant patiemment le passage des cloches faisant route vers Rome. Issue de la religion chrétienne et considérée comme la seconde fête religieuse la plus importante après Noël aussi bien en Allemagne qu'en France, l'origine de Pâques est donc commune aux deux pays mais les us et coutumes afin de célébrer la résurrection de Jésus diffèrent légèrement.

Les origines judéo-chrétienne de Pâques
Les fêtes de Pâques et la célébration de la nouvelle saison au travers de symboles comme les ?ufs ou les lapins datent bien avant l'avènement des religions monothéistes.
L'oeuf étant un symbole de la germination se déroulant au début du printemps, il a donc été repris dans la tradition judéo-chrétienne pour célébrer également la naissance ou plutôt la renaissance.
Avant que Pâques ne deviennent dans la religion chrétienne à la fois un moment de recueillement et de purification, avec notamment le carême pour les catholiques, et un moment de célébration lors du retour de Jésus-Christ, deux jours après sa crucifixion, ces fêtes étaient déjà célébrées dans la religion juive sous le nom de la Pâque. La coutume voulant que pour célébrer la libération des Juifs de l'Egypte, un agneau pascal soit dégusté.
Cette tradition religieuse était également célébrée par Jésus et ses fidèles chrétiens qui vivaient au sein de la culture religieuse juive. La scission entre les deux religions s'affirmera lors du fameux dernier repas, la Cène, où Jesus découvre qu'il a été trahi par Judas. Cet épisode historico-relogieux marque le début de la passion du Christ qui se terminera par sa crucifixion. Ces jours sombres pour les chrétiens se termineront deux jours après avec la résurrection, que l'on appelle communément, le dimanche de Pâques. Ces trois grands événements (La Cène, la Passion, la Résurrection) de l'Histoire de la religion chrétienne se déroulent lors de la Pâque juive expliquant ainsi pourquoi ce nom a été repris et transformé en Pâques au pluriel puisque commémorant l'ensemble de ces épisodes.
Au niveau historique, les origines sont donc les mêmes en Allemagne comme en France puisqu'elles proviennent de la religion chrétienne, mais au niveau étymologique, les différences sont assez nettes. Tandis que le mot Pâques provient du latin provenant lui-même de l'hébreu biblique, le mot « Ostern » aurait une origine anglo-saxone, voire celte.

Pâques ou Ostern ?
La langue française étant latine, il apparaît logique que le mot Pâques vienne de cette langue morte. Toutes les langues latines ont d'ailleurs plus ou moins le même mot pour désigner cette période de l'année. Le mot latin est Pascha découlant du grec qui découle lui-même de l'hébreu Pesah désignant la Pâque Pascal. Ce mot est quant à lui dérivé du verbe Pasah signifiant « épargner ». Comme expliqué dans le paragraphe précédent, les Juifs célébraient la Pâque en hommage à leur libération de l'Egypte, dans lequel ils étaient retenus comme esclaves. Afin de les aider à se libérer de ce joug, Dieu aurait condamné le pays preneur d' otages à dix plaies (les 10 plaies d'Egypte) dont le dernier consistait à tuer tous les premiers nés. Lorsque ce dixième châtiment fût exécuté, seuls les enfants des Juifs auraient été épargnés. Ébahi pour ce miracle divin, l'Egypte aurait alors décidé de les libérer. La Pâque juive rappelle donc ce moment de l'Histoire religieuse juive tout comme les Pâques rappelleront ensuite la naissance de la chrétienté.

Du côté allemand, le mot « Ostern », très proche du mot « Eastern » en anglais, puiserait son origine dans ses influences anglo-saxonnes. L'étymologie de ces termes est un peu moins certifiée que celle du mot Pâques mais elle proviendrait de la Déesse celte Eostre ou Ostara en allemand célébrée durant l'équinoxe, c'est à dire quand le soleil se lève au nord du point situé plein est et annonçant ainsi l'arrivée du printemps. Ceci expliquerait donc la formation du Ostern, contentant le mot « Ost » signifiant « Est » et rappellerait le lien étroit entre les fêtes de Pâques et celles célébrant l'arrivée du printemps.
Pâques et Ostern, bien qu'étymologiquement très différents, restent une seule et même célébration religieuse mais dont les coutumes liées ont divergé avec le temps entre entre l'Allemagne et la France.

Entre le lapin et les cloches, à chacun son histoire
L'oeuf a toujours été un symbole de naissance, fécondité, le poussin sortant de sa coquille après avoir pris le temps de mûrir au chaud. Cette image a été reprise dans les deux pays et explique le fait que ce soit lui le premier cadeau offert lors des fêtes de Pâques, les Allemands ayant l'habitude de s'offrir d'autres cadeaux comme à Noël.
Seulement, alors qu'en France, la tradition de la décoration des ?ufs durs a de plus en plus été laissée de côté, sauf en Alsace, afin de privilégier le côté gourmand des ?ufs en chocolats à déguster ou à chercher, l'Allemagne prépare le week-end de Pâques avec beaucoup plus d'attention.
Avant de poursuivre, rappelons que les Protestants sont beaucoup plus nombreux en Allemagne et que cette religion se distingue de celle catholique sur de nombreux points.
Pour les Länder à majorité protestante, comme Berlin, le vendredi saint (Le Karfreitag), celui de la crucifixion, est donc férié, tout comme le lundi de Pâques comme dans pratiquement l'ensemble des pays chrétiens. Cette différence pousse également les familles à conserver la tradition de la décoration d'?ufs durs au moyen d'un colorant comestible qui seront ensuite accrochés à un arbre, comme pour les fêtes de noël.
Ces ?ufs multicolores pourront également être mangés lors du repas de Pâques le dimanche juste avant la chasse aux ?ufs.
Cette dernière tradition, de la chasse aux ?ufs, est également perpétuée en France tout comme le repas dominical généralement composé de gigot d'agneau accompagné de flageolets. 

Une autre grande différence entre la tradition française et allemande, se situe au niveau du messager! Alors qu'en France, les ?ufs à aller chasser tombent du ciel grâce au retour des cloches à Rome afin de célébrer la résurrection de Jésus, en Allemagne, ils arrivent de la terre, plus exactement du lapin (Osterhase). Il est d'ailleurs difficile de louper cette coutume puisque les vitrines des magasins allemands en sont remplis depuis plusieurs semaines! Mais si vous vous êtes demandé pourquoi, sachez que le lapin a également la connotation d'être fécond en cette période printanière et aurait donc été choisi en Allemagne du nord pour symboliser la tradition de Pâques. Une autre explication nous ramène à la déesse Eostre dont l'animal fétiche était le lièvre, resté d'ailleurs dans certaines régions comme étant le livreur d'oeufs, comme en Alsace ou Lorraine. En bavière, ils ont préféré adopté le coq ou encore en Thuringe, le renard.
Mais le plus important pour les enfants restent bien évidemment les ?ufs, peu importe d'où ils viennent, tant qu'ils peuvent être chassés et mangés !

Frohe Ostern ! / Bonnes fêtes de Pâques !

A.G. (lepetitjournal.com/Berlin) jeudi 2 avril 2015

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