VOUS - La Catalane Aida Folch : "J'ai adoré tourner en France avec Claudia Cardinale et Jean Rochefort !"

Par Lepetitjournal Barcelone | Publié le 05/04/2012 à 00:00 | Mis à jour le 05/01/2018 à 08:30

A l'écran, sur le petit comme le grand, Aida Folch (Cuéntame cómo pasó, Los lunes al sol, Amar, Henri 4) apparaît toujours enjouée, débordante d'éclat et de vie. Jolie actrice en vogue, la jeune catalane, 25 ans, a récemment tourné en France aux côtés de Claudia Cardinale et Jean Rochefort, pour L'artiste et son modèle, prochain film du Madrilène Fernando Trueba. Avec une franchise sans apprêt et alacrité, aussi souriante qu'appliquée dans un français qu'elle maîtrise avec sensualité, elle a accepté de livrer pour lepetitjournal.com son expérience hexagonale, ses centres d'intérêt variés et ses envies de France. Morale ? Il faut parfois se fier aux apparences, fussent-elles télévisuelles

(Photo Priscyllia Canabate - lepetitjournal.com)

Lepetitjournal.com : Aida Folch, expliquez-nous comment maîtrisez-vous aussi bien la langue de Molière ?

Aida Folch : (Amusée) Je ne suis pas certaine de maîtriser le français comme vous le laissez entendre ! Enfin, c'est très simple. Fernando Trueba, merveilleux réalisateur madrilène, qui a remporté l'Oscar du meilleur film étranger en 1994 pour Belle Epoque, a pris contact avec moi six mois avant le tournage de son dernier long métrage, L'artiste et son modèle. "Aida, tu parles français ? On va faire un film dans cinq mois et j'ai pensé à toi." Je n'ai pas hésité, j'ai fait ni une ni deux, préparé une valise et je suis partie en France. Je n'ai rien dit mais à l'époque je ne parlais pas un traître mot de français ! Ce qui est amusant, c'est qu'en Espagne, énormément de monde pense que je suis Française (elle interprète la Française Françoise Alcántara dans la série télévisée Cuéntame cómo pasó) et se montre surpris quand je dis que je suis née à Reus ! (province de Tarragone, Catalogne).

"J'ai appris le français en écoutant Alain Souchon, Georges Brassens et Carla Bruni. C'est une langue que j'adore, une sensation, une impression, un ressenti"

Pouvez-vous détailler cette première expérience de l'autre côté des Pyrénées, votre arrivée, votre intégration ?
Etudier et vivre dans le pays du tournage, c'est selon moi la meilleure manière d'appréhender puis d'interpréter mes rôles. A mon arrivée, je me suis installée à Arles les premiers temps, ensuite à Montpellier. Toujours en colocation avec des Français. J'ai adoré cette vie-là. Les choses les plus banales du quotidien recelaient une motivation toute particulière. Par exemple, le simple fait d'aller acheter du pain me procurait un vrai plaisir. Je me suis intégrée à vitesse grand V, notamment via les apéros qui réunissent une quinzaine de personnes ! (Rires) Entre cette vie sociale et des cours d'interprétation en français, j'ai rapidement maîtrisé les bases de la langue.

Comment définiriez-vous cette rencontre avec le français, toujours si particulière pour un acteur ou un comédien étranger ?
Le français, c'est une langue que j'adore. C'est une sensation, une impression, un ressenti. A vrai dire, je ne sais pas si c'est rationnel. Je pense que cela fait plus appel au spirituel. A l'écoute, en classe, pour de la musique ou au cinéma, cela réveille une profonde émotion en moi. J'ai progressé énormément en écoutant Alain Souchon, Georges Brassens et Carla Bruni. J'ai appris avec eux, même si j'ai pris de la distance depuis quelque temps avec la dernière citée... (Amusée) J'ai aussi regardé de nombreux films francophones, des frères Dardenne surtout, et essayé de m'inspirer au maximum de Déborah François (César du meilleur espoir féminin en 2009 pour Le premier jour du reste de ta vie) concernant la diction.

 

"Jean Rochefort m'a pris sous son aile. Il m'appelle tous les jours et active ses contacts pour faire décoller ma carrière en France"

Quels souvenirs et enseignements gardez-vous de votre expérience de tournage en France, aux côtés de monstres sacrés du cinéma français, comme Claudia Cardinale et Jean Rochefort ?

Dans L'artiste et son modèle, j'ai le premier rôle. C'était un sacré défi et une expérience magnifique. Claudia Cardinale est géniale, j'adore. Elle est super punk, très dynamique. Elle adore les jeunes. Par exemple, elle me pinçait la poitrine tout le temps puis partait en courant pour ne pas me laisser la possibilité de me venger ! On a énormément ri ensemble pendant le tournage, il y avait une ambiance formidable. Quant à Jean Rochefort, c'était mon ange protecteur. Depuis la fin du tournage, il m'appelle tous les jours et essaye d'aider au décollage de ma carrière en France, par tous ses contacts. C'est quelqu'un de sentimental, d'une grande intelligence, avec un sixième sens concernant les relations humaines. Nous sommes très proches, il m'a pris sous son aile sans me connaître. C'est aussi un charmeur et séducteur hors pair ! Dès le deuxième jour de tournage, il m'a confié : "C'est incroyable, il aura suffi d'une seule journée pour que je tombe amoureux de toi !"

(Photo Priscyllia Canabate - lepetitjournal.com)

Décrivez-nous vos références à propos de cinéma français, les acteurs dont vous aimeriez suivre les traces ?
En tant qu'Espagnole, j'ai plusieurs modèles auxquels j'aimerais ressembler au sujet d'une éventuelle carrière en France. Rossy de Palma, qui s'est fait un nom en France à travers ses rôles dans les films de Pedro Almodóvar et a ensuite continué à percer. Victoria Abril, évidemment. Et Sergi López, Catalan comme moi, premier acteur étranger à recevoir un César du meilleur acteur pour sa magistrale interprétation de Harry dans le chef-d'?uvre Harry, un ami qui veut du bien. J'aimerais tourner avec les réalisateurs Jean-Pierre Jeunet et Coline Serreau, j'ai beaucoup aimé Saint-Jacques... La Mecque. Donner la réplique à Gérard Depardieu, c'est aussi un rêve. J'ai passé quelques auditions, je parle mieux le français que je ne fais l'accent argentin en castillan mais je garde un accent, quand même, et je ne sais pas si cela n'est pas problématique, à terme. Mon ambition est de partir à Paris durant un temps.

"Beaucoup d'Espagnols pensent que je suis Française parce que je joue avec l'accent dans 'Cuéntame', alors qu'en France, c'est l'inverse !"

Au niveau culturel, quels aspects appréciez-vous particulièrement de la France ?
Quand on est acteur, la France est l'eldorado de la reconnaissance. On vous invite à donner votre avis sur l'actualité, on salue votre travail, vous êtes vraiment reconnus par la société. La France a été pour moi une expérience personnelle et professionnelle sans commune mesure. J'adore travailler en Espagne mais partir à l'étranger ouvre les chemins, nous rend plus riche en tant que personne. Il y a deux ans, par exemple, j'ai travaillé au Mexique. En France, il y a un plus de créativité côté cinéma. Jouer en français, c'est incroyable. Je ne sais pas comment l'expliquer, le verbaliser. Je suis Catalane et peut-être ainsi plus proche de la mentalité française que espagnole. J'apprécie spécialement qu'en France, avant d'être ami avec quelqu'un, il y a un vrai temps consacré à la complicité, qui permet de solidifier le lien. Ici en Espagne, tu es ami en une demi-heure mais dès le lendemain la personne a oublié ton existence. Et puis les musées français sont incomparables. Lors de mon séjour en France, le premier mois et demi je me levais très tôt le matin pour aller visiter des musées. Pourtant, entre soirées crêpes, apéros et concerts, je menais une vie très intense !

Benjamin IDRAC (www.lepetitjournal.com - Espagne) jeudi 5 avril 2012

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