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L’ONG KTMP s’agrandit et fait face à l’éviction massive de Klong Toey

Par Régis LEVY | Publié le 31/10/2019 à 00:00 | Mis à jour le 31/10/2019 à 03:51
Photo : courtoisie KTMP
KTMP-Klong-Toey-Bangkok

KTMP, l’ONG lauréate du Trophée des Français d’Asie co-fondée par la Française Géraldine Nemrod dans le quartier pauvre de Klong Toey à Bangkok, se développe mais rencontre de nouveaux défis après l’annonce récente de l’expulsion de plusieurs dizaines de milliers d’habitants du bidonville dans lequel elle œuvre

Presque un an après lui avoir décerné le Trophée des Français d’Asie dans la catégorie "éducation", Lepetitjournal.com fait le point avec Géraldine Nemrod, co-fondatrice et directrice de l’ONG Klong Toey Music Program (KTMP), une école dont la vocation est d’enseigner la musique, l’art ou l’anglais aux enfants du quartier déshérité de Klong Toey de Bangkok.

Lepetitjournal.com : Quelles sont les principales évolutions qu’a connues l’association depuis l’attribution du Trophée ?

Géraldine Nemrod : Sur le plan de l’enseignement, nous avons maintenant les moyens d’ouvrir un jour supplémentaire, le vendredi, durant lequel nous enseignons la musique traditionnelle thaïlandaise. Nous sommes désormais ouverts du mercredi au dimanche inclus, le soir en semaine, après l’école publique et durant l’après-midi, le weekend. Le nombre d’enfants qui suivent nos cours est passé de 50 à 80 et nous avons trois d’enseignants supplémentaires, ce qui porte leur nombre à onze rémunérés, sans compter les bénévoles. 

Geraldine Nemrod fondatrice de KTMP
Géraldine Nemrod, co-fondatrice et directrice de l’ONG Klong Toey Music Program (Photo courtoisie KTMP)

Partenariats et collaborations ont connu un très fort accroissement cette année et beaucoup d’évènements se sont déroulés. Nous avons été invités à de nombreux concerts et festivals artistiques et avons décroché deux nouveaux sponsors qui vont nous permettre de financer l’achat de matériel, et de rémunérer partiellement un administrateur qui va venir s’occuper de la logistique. Cela va me donner la possibilité, en tant que directrice, de déléguer de nombreuses tâches chronophages et de me concentrer davantage sur le management. Nous avons également embauché une personne qui s’occupe des échanges avec d’autres écoles similaires à travers le monde.

Qu’en est-il du côté des sponsors ?

Je dois tout d’abord préciser que c’est grâce à l’exposition que nous a offerte Lepetitjournal.com, qu’ils ont eu vent de notre association. Le Trophée des Français d’Asie  nous a apporté de la crédibilité et les articles de la visibilité. Beaucoup de personnes nous ont contactés suite à ces publications, comme cette Française qui possède une solide expérience dans notre domaine et qui va venir nous rendre visite le mois prochain, pour voir comment elle peut nous aider.

Le premier sponsor est Klong Phai Farm, une ferme de poulets et œufs organiques dirigée par un Français qui est venu nous rendre visite récemment. Il va mettre en place un programme de récupération d’emballages dont les bénéfices serviront à financer les achats de matériel dont nous avons besoin. Il nous invite en outre à nous joindre à des évènements auxquels il participe afin de nous donner une visibilité supplémentaire et nous permettre d’effectuer la vente de merchandising destinée à notre financement.

Ecole musique KTMP Bankgok
KTMP accueille désormais 80 enfants du quartier de Klong Toey qui viennent apprendre la musique mais aussi l'art ou l'anglais (Photo courtoisie KTMP)

Concernant le second sponsor, Outdoor School Bangkok, qui récolte chaque année des fonds pour un organisme caritatif, nous sommes toujours en pourparlers et notre collaboration devrait commencer à la fin de l’année.

Une autre retombée du Trophée est que je suis restée en contact avec Sébastien Perret, un autre lauréat qui a été récompensé dans la catégorie «Social & Humanitaire». Il est basé au Laos et, comme il possède un réseau plus étoffé que le mien, il m’envoie énormément de gens intéressés par notre école. Cette solidarité entre lauréats contribue à notre dynamique.

On sait que le bidonville de Klong Toey, où l’école est implantée, doit disparaitre prochainement pour faire place à un projet d’urbanisme. Que cela signifie-t-il pour vous ?

Il vient de m’être confirmé par courrier que nous devrons avoir quitté les lieux le 20 juin 2020 au plus tard. Bangkok manque si cruellement de centres commerciaux que certains ont eu l’idée originale d’en créer un nouveau, à l’emplacement d’un bidonville de 100.000 habitants. Toutes ces personnes (l’équivalent d’une ville comme Nancy –NDLR) vont être expulsées d’ici huit mois et les trois options qu’on leur propose ne semblent absolument pas viables. 

La première consiste à leur donner un terrain nu à Min Buri, à l’extérieur de Bangkok. Sachant qu’ils n’ont pas d’argent pour construire et ne disposent pas d’expérience dans le domaine agricole, on ne voit pas ce qu’ils pourraient en faire.

La deuxième option serait de leur verser une certaine somme d’argent qui n’est pas définie, mais promet sans doute d’être dérisoire. Juste de quoi aller se reloger dans un autre bidonville plus éloigné, où on les verra moins, mais pas plus.

Locaux KTMP Bangkok
Les locaux de KTMP occupent une petite townhouse à la façade fraichement repeinte du quartier de Klong Toey (Photo courtoisie KTMP)

La troisième option n’est pas plus réaliste ni pérenne. Autour de ce centre commercial seront construits des bâtiments résidentiels dans lesquels ont leur propose un mini studio de 30 m². Deux problèmes se présentent alors. Dans une majorité de cas, ces habitants font partie de familles nombreuses qui ne pourront vivre dans d’aussi petites surfaces. Qui plus est, ces résidences "high rise" comporteront des charges très élevées que cette population ne pourra régler, faute de moyens. C’est un piège et on peut donc facilement imaginer qu’ils seront rapidement de nouveau expulsés. Et n’oublions pas que tous ces gens vivent là depuis des générations. 

En plus d’être pauvres, ils n’ont jamais connu de changement et n’y sont pas préparés. Les plus chanceux ont de petits emplois de femme de ménage ou gardien de condominium. D’autres n’ont pas de quoi manger en permanence. Et voilà qu’on leur dit soudainement de recommencer leur vie ailleurs, sans réelle concertation ou réflexion. Des interlocuteurs impliqués dans le projet se sont contentés de dire : "Qu’ils s’estiment heureux, pour l’instant ils n’ont pas encore été obligés de quitter les lieux".

Nous ne savons donc toujours pas où ils vont devoir s’installer, mais une chose est sûre concernant l’école : là où ils iront, nous irons également. Pas question de les laisser tomber !
 

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