Eugenia Ng Galian, figure francophone du bilinguisme à Bangkok s’en est allée

Par Pierre QUEFFELEC | Publié le 03/05/2022 à 00:00 | Mis à jour le 03/05/2022 à 05:17
Photo : courtoisie - Eugenia Ng Galian
Eugenia-Ng-Galian

Eugenia Ng Galian, figure du fameux carré français de Sathorn à Bangkok, bien connue de centaines de familles francophones passées par ses écoles bilingues, s’en est allée samedi à l’âge de 47 ans

Eugenia Ng Galian, co-fondatrice des écoles bilingues Acacia et infatigable contributrice à la Francophonie, s’est éteinte samedi 30 avril à Bangkok, à l’âge de 47 ans, après avoir passé cinq années alitée des suites d’une maladie auto-immune.

Pendant dix ans, jusqu’à ce qu’un accident cérébral en novembre 2016 ne la plonge dans le coma, Eugenia aura marqué par sa présence, par son sourire et son dévouement la petite communauté francophone du quartier de Yenakart à Bangkok que l’on appelle le carré français.

D’origine singapourienne, Eugenia était une Francophone et une francophile convaincue, une passionnée d’enseignement qui aura apporté sa pierre aussi bien au développement de la langue française qu’au renforcement de l’anglais chez les jeunes Français.

Non, mieux qu’une simple pierre, elle a planté un arbre. Un arbre plein de vie, nommé Acacia, et qui continue de grandir, essaimant dans la région une méthode et un savoir-faire issus de cette graine qu’elle a semée il y a plus de quinze ans et faite germer avec toute sa passion et une détermination sans faille.

Le "cœur et l’âme d’Acacia"

Arrivée en Thaïlande en 2006 avec son mari, Christophe Galian, et leur fille Manon, Eugenia avait travaillé quelques mois à l’Alliance Française de Bangkok avant de réaliser qu’il lui fallait sortir du carcan institutionnel et prendre son destin en main si elle voulait s’épanouir professionnellement et voir sa vision de l’éducation s’exprimer pleinement.

Alors qu’elle avait déjà conquis le cœur de plusieurs familles par son approche ludique de l’enseignement des langues aux enfants, et qu’elle-même était jeune maman d’une petite fille trilingue de deux ans, il ne lui faudra pas longtemps pour comprendre que l’enseignement bilingue dès le plus jeune âge avait besoin d’un sérieux coup de pouce.

Cela d’autant qu’à l’époque, les institutions de l’éducation française s’autorisaient à introduire l’enseignement bilingue simultané au mieux à partir de 4 ans.

Avec peu d’argent en poche mais la tête pleine d’idées, Eugenia a en quelques mois, avec le soutien de son mari Christophe, mis sur pieds un projet et convaincu des partenaires. Et en septembre 2008, la première école Acacia ouvrait dans le quartier Yenakart.

"Eugenia était le cœur et l’âme d’Acacia, sans son expertise de l’enseignement pour les petits, son travail acharné sur les programmes, son relationnel avec les enfants et aussi avec les parents, tout cela n’aurait pas été possible", confie Christophe, qui a su assurer la continuité du projet lorsque son épouse est tombée dans le coma, non sans le soutien indéfectible du personnel enseignant d’Acacia dont notamment celle qui est devenue la nouvelle directrice, Bérangère Cruz.

Porte-drapeau du bilinguisme précoce

Il faut dire que, outre ses diplômes et son engagement sans limite, Eugenia ne manquait pas d’atouts pour devenir un porte-drapeau du bilinguisme précoce dans l’univers de l’expatriation. 
Issue d’un pays multiculturel et multilingue, elle parlait cinq langues et était capable, face à un problème donné, de déployer et manier avec brio une foule d’approches culturellement différentes -une dextérité mentale parfois difficile à suivre pour les esprits ethnocentrés. 

Elle était bien entendu dotée du pragmatisme et de la rigueur caractéristiques de Singapour, et était totalement en phase avec l’univers des enfants, ce qui lui a permis de trouver les leviers nécessaires et d’ajuster année après année les petits détails qui font aujourd’hui d’Acacia un endroit où l’éducation et un jeu et vice-versa.

Mais si Acacia est une école bilingue français-anglais, ce n’est pas simplement parce que son mari était français. Eugenia était réellement éprise de la culture française, et c’est d’ailleurs cela qui l’a amenée à fonder une famille franco-singapourienne, pas l’inverse.

Son histoire d’amour avec la France et sa culture a commencé au début des années 90 lors de ses études d’ingénieur à Singapour dans une école ayant un programme de coopération avec la France. Et alors qu’il ne lui restait qu’un an d’étude à effectuer dans l’hexagone pour obtenir son diplôme, la jeune Eugenia a choisi de repartir à zéro en démarrant à Besançon un nouveau cycle pour devenir enseignante. 

En tout, elle a vécu cinq ans en France entre 1995 et 2000. Parfaitement francophone, dévoreuse de littérature française, elle a même obtenu la nationalité française en 2016. Malheureusement peu de temps avant l’accident cérébral qui nous l’aura enlevée prématurément.

Eugenia, ton énergie et ta joie de vivre nous manquent, mais tu nous as légué ce bien précieux qui offre à nos enfants une ouverture exceptionnelle sur le monde et un bagage qui les suivra toute leur vie.

Mon petit Hugo et bien d’autres enfants t’en seront très certainement reconnaissants.

Une cérémonie religieuse suivie de la crémation est prévue le vendredi 6 mai à 18h au temple (Wat) Chonglom sur l’avenue Rama 3. Une deuxième cérémonie suivie de la crémation aura lieu le samedi 7 mai à 15h 

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Pierre QUEFFELEC

Originaire du sud de la France, il fait ses premières armes dans le journalisme avec la Nouvelle République des Pyrénées en 1996. Arrivé en Thaïlande en 2004, il est en charge des opérations du bureau de Bangkok depuis janvier 2006.
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