COMMUNAUTE – Robert Molinari nous a quittés

Par Lepetitjournal Bangkok | Publié le 31/03/2011 à 00:00 | Mis à jour le 14/11/2012 à 11:30

La communauté franco-thaïlandaise est en deuil depuis la disparition, le 18 mars, de Robert Molinari, à 76 ans. Ce géant de l'hôtellerie, décrit comme un fin homme d'affaires et un bon vivant au grand c?ur, aura marqué nombre d'esprits et d'institutions. Que ce soit dans les hautes sphères de l'industrie hôtelière mondiale ou dans la vie associative en Thaïlande, il laisse un grand vide qui va mettre du temps à se refermer

Robert Molinari laisse derrière lui le souvenir d'une personnalité dynamique et attachante qui sut concilier esprit d'entreprise et sens de l'interêt général écrivait la semaine dernière la revue L'hôtellerie Restauration (Photo O.C./Gavroche)

La disparition de Robert Molinari, le 18 mars, à 76 ans, a secoué la communauté franco-thaïlandaise qui regrette un homme d'affaires chaleureux, truculent et généreux qui croquait la vie à pleine dent.
"C'est l'un des derniers très grands aventuriers", nous confiait l'ambassadeur Gildas Le Lidec, mercredi par téléphone. "Il a notamment été pilote sur des avions Constellation pour la Panam, commissaire de bord du France, et a construit plus de 100 hôtels dans toute l'Asie parmi les plus beaux qui soient".

Robert Molinari avait commencé sa carrière dans l'hôtellerie en tant que commissaire de bord du paquebot France en 1962. Il est ensuite devenu directeur du développement de Novotel en 1970, avant d'être nommé directeur général de l'enseigne en 1975. Il a aussi dirigé la chaine Ibis jusqu'en 1991, où il est devenu co-président d'Accor Asie Pacifique jusqu'en 1995. L'année suivante, alors qu'il était censé prendre une retraite bien méritée, il a pris la présidence du groupe Pansea Hotel Resorts.
"C'était un excellent homme d'affaires, qui a très bien réussi dans toutes ses entreprises; il avait beaucoup de cordes à son arc", résume Paul Dumont, président des Conseillers du Commerce Extérieur Français (CCEF).
Pour Jean-Marc Garret, ancien vice-président du développement du groupe hôtelier Centara Hotels & Resorts, Robert Molinari était "un allié très proche. J'ai perdu un ami et un grand homme", dit-il. "Son passé à Ibis et Accor est exceptionnel. Il était le père géniteur d'Ibis. Il est rare de voir un businessman de cette qualité, et il encore plus rare de voir un homme d'affaires de cette trempe qui souhaite finir sa vie en s'expatriant en Thaïlande".

Un membre très actif de la communauté franco-thaïe
Installé en Thaïlande pendant plus de vingt ans, Robert Molinari a été très actif dans la vie de la communauté française et franco-thaïlandaise, entretenant une relation intime avec la Thaïlande, au point que certains diront qu'il était "thaïsé".
Il a occupé des fonctions honorifiques dans la plupart des institutions françaises ici en Thaïlande, souligne l'ambassadeur Gildas Le Lidec, rappelant que Robert Molinari a été président de la Chambre de Commerce Franco-Thaïe (FTCC), Conseiller du Commerce Extérieur Francais (CCE), président d'honneur de la section Médef International, président du Comité de solidarité Franco-Thaïe, et a également été décoré de la légion d'honneur.
Dans un message de condoléances envoyé le jour même de sa disparition, le Président de la FTCC, Franck Fougère, décrivait Robert Molinari comme un "membre très actif de notre communauté d'affaires".
"Il a toujours été coopératif et très généreux chaque fois que j'ai sollicité son aide d'abord pour l'UFE (Union des Français de l'Etranger), puis pour L'Association Française de Bienfaisance en Thaïlande (AFBT)", se souvient Patrick Auger, actuel président de l'AFBT et ancien président de l'UFE.
S'il ne manquait pas de s'investir pour sa patrie et ses concitoyens, il n'en oubliait pas moins les enfants de son pays d'adoption. Fin 2004, alors que le tsunami vient juste de s'abattre sur les côtes, il créé le Comité de Solidarité Franco-Thaï (CSFT), un fonds d'aide rassemblant notamment des dons de grandes entreprises françaises implantées en Thaïlande. "Il a été le premier Français à frapper à la porte de l'ambassade au moment du tsunami en disant qu'il fallait apporter une aide aux Français", tient à souligner Frédéric Favre, vice-Président du CSFT. "Il a rondement mené l'affaire, et c'est lui qui a travaillé", ajoute le directeur du cabinet Vovan&Associés.

Un engagement entier tout azimut
En un an et demi, le CSFT mènera à terme 42 dossiers d'aide à des Français affectés par le désastre, selon Frédéric Favre. Et au lieu de laisser mourir cet organe de solidarité une fois la mission initiale accomplie, son fondateur décide de le transformer en fonds de soutien aux victimes thaïlandaises.
"Une fois l'aide aux Français apportée, Robert a eu l'idée de transformer ce comité pour qu'il ait vocation à se tourner vers les Thaïlandais avec des perspectives à long terme", explique Frédéric Favre.
"Il a eu le réflexe de faire remarquer que plusieurs milliers de Thaïlandais étaient eux aussi affectés par le désastre, rappelle Gildas Le Lidec. L'an dernier, nous sommes allés ensemble rendre visite aux victimes à Phang Nga, et j'ai pu voir que, 6 après, il restait fidèle à l'engagement qu'il avait pris vis-à-vis des ces gens".
La ténacité et le solide esprit d'entreprise qu'on lui prêtait en tant qu'homme d'affaires, il les a mis au service des autres. Et Robert Molinari, nous dit-on, aimait prendre le temps et les précautions nécessaires pour développer ces projets d'aide de manière cohérente et viable.
"Pour quelqu'un de sa trempe, un homme riche avec les fonctions qu'il avait occupées, j'ai trouvé cela remarquable. C'est un héritage qu'il nous laisse, estime Frédéric Favre, nous avons maintenant la responsabilité de perpétuer son action en faisant en sorte de conserver le même état d'esprit".
Le CSFT a notamment pris en charge 74 enfants thaïlandais victimes du tsunami, dont 38 ont perdu au moins un des deux parents, et s'est engagé à assurer leur scolarité pendant neuf ans. En 2010, l'association a également financé les frais de scolarité d'une dizaine d'enfants Franco-thaïs scolarisés en Thaïlande hors du système français, nous confie Patrick Auger.
"Robert Molinari a laissé une bonne image de notre communauté aux Thaïlandais", résume Frédéric Favre.
Le Dr Jingjai Hanchanlash, éminent homme d'affaires et Président de l'Alliance Française, fait d'ailleurs partie des Thaïlandais qui le regretteront. "Robert n'est pas seulement un très bon ami mais un soutien très efficace pour n'importe quel problème pour lequel j'ai sollicité son aide. Il va me manquer énormément", nous a-t-il confié.

Un grand bonhomme plein d'humour
Tous s'accordent à dire que Robert Molinari était un homme d'affaires d'exception, chaleureux et attachant, qui savait jouir de la vie. "Robert Molinari était un excellent orateur qui savait captiver son audience, un homme chaleureux qui savait faire passer ses messages, toujours avec une pointe d'humour", nous dit Paul Dumont. "Il était grand dans tout. C'était un grand épicurien qui savait profiter de la vie", estime pour sa part Jean-Marc Garret.
"Robert était une personne de confiance, aimable et courageuse", confie Patrick Auger.
Gildas Le Lidec, gardera quant à lui l'image "d'un homme à la fois sérieux en affaires, très professionnel, et très généreux et doux en amitié".
"C'est un grand bonhomme de l'Asie, une grande figure française qui a écumé l'Asie, qui a fait gagner beaucoup d'argent à la France et à défendu les intérêts de la France".
"C'est quelqu'un qui a vraiment laissé une trace sur terre", conclut l'ambassadeur.
Les obsèques de Robert Molinari ont eu lieu mardi dernier à Aubagne en présence de sa famille et une réunion en son hommage sera organisée à Bangkok fin avril pour ses amis sur place. "Nous avons tous une pensée pour son fils, Pierre, qui est lui aussi établi ici depuis longtemps, ajoute Frédéric Favre. 
Toute l'équipe du petitjournal.com tient à adresser ses sincères condoléances à la famille de Robert Molinari et à ses proches.
M.B. et P.Q. (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html) jeudi 31 mars 2011

Voir aussi le site Internet du Comité de Solidarité Franco-Thaï http://solidaritefrancothai.org

{loadposition 728-2_bangkok-article}

0 Commentaire (s) Réagir
À lire sur votre édition internationale