Lundi 10 août 2020

Immersion dans le travail social en Nouvelle-Zélande

Par Anaïs Boquet | Publié le 30/06/2020 à 23:48 | Mis à jour le 01/07/2020 à 10:51
Photo : travail social Nouvelle-Zélande.
Aide social communauté travail

Assistante sociale installée à Auckland, mon parcours professionnel de 10 ans en France m’a amenée à travailler auprès de publics variés : enfants victimes de maltraitance, personnes souffrant d’alcoolisme, anciens détenus en réinsertion, sans domiciles fixes... Ayant mis un pied dans le social au pays des Kiwis, j'ai voulu partager avec vous mes observations sur le travail social en Nouvelle-Zélande.

Auckland est une ville multiculturelle ou nombre de nationalités, cultures et religions cohabitent. Les travailleurs sociaux s’inscrivent aussi dans cette mixité. En effet, on constate qu’une part significative des professionnels du social viennent de l'étranger (Océanie, Europe, Amérique et Asie). Cela peut s’expliquer par le fait que le social est un secteur sous tension, avec beaucoup de besoins mais peu de candidats néo-zélandais. Les postes sont délaissés par les Kiwis car trop peu rémunérés comparé au coût des études nécessaires pour accéder à la profession. De plus, la pratique est devenue réglementée depuis quelques années : après avoir obtenu au minimum un bachelor (licence) dans le domaine, les travailleurs sociaux ont pour obligation de s’enregistrer et de renouveler leur certificat de pratique professionnelle tous les ans, au même titre que les professions médicales, les psychologues et les enseignants. Un parcours difficile d'accès à une profession peu valorisée qui entretient le déséquilibre entre besoins sur le terrain et candidats employables. Une porte ouverte aux migrants, sous conditions d’alignement des pratiques et de contrôle des diplômes par le Social Work Registration Board.

Pour contrebalancer cette observation, je citerai les organisations non gouvernementales d’aide à la communauté Māori. J’ai eu la chance de faire un stage au sein de l’une d’entre elles et j’ai constaté qu’elles sont investies majoritairement par les Māori eux-mêmes. Elles font un excellent travail de prévention, de soutien et de communication envers leur communauté. On note également une proportion plus équilibrée d’hommes et de femmes dans la pratique communautaire du travail social.

En Nouvelle-Zélande, tout travailleur social est témoin d’une pratique inclusive et inédite. Il s’agit de la pratique professionnelle biculturelle avec une emphase mise sur la richesse de la culture Māori. Le lexique Māori, fort en concepts et valeurs applicables au travail social, est usité par tous, à l'écrit comme à l’oral. Des rapports sociaux pour la Cour aux offres d’emploi, en passant par des stickers bilingues dans les espaces de travail, cette biculturalité vivante est unique en son genre et nous permet, en tant que Pākehā (“personne non Māori” en langue Māori), de se connecter véritablement à la beauté de cette culture chaque jour.

Autre spécificité Kiwi, le fameux “hug” ou câlin, ordinairement utilisé pour se saluer ou se remercier, fait office d’outil de travail dans le social en Nouvelle-Zélande. La philosophie d’égal à égal, ou “peer to peer basis” étant très présente ici, il n’est pas rare de voir un.e assistant.e social.e prendre dans ses bras la personne qu’elle aide, en guise de support motivationnel à l’entretien. La chaleur humaine que dégagent les Kiwis se retrouve donc au sein de leur pratique professionnelle. A titre d’exemple, la première fois que j’ai rencontré ma responsable de service, j’ai été accueillie à bras ouverts et la première visite que j’ai réalisée au sein d’une famille s’est soldée par un câlin à tout le monde. Surprenant au début quand on est habituée à serrer la main sérieusement à ses usagers français.

Cependant, ne vous y trompez pas, ces câlins et cette ambiance fraternelle cachent une réalité crue et douloureuse. Le secteur de la protection de l’enfance fait régulièrement parler de lui en créant la polémique autour d’enfants - bien souvent Māori - retirés de leurs familles et placés “prématurément” en famille d’accueil - bien souvent Pākehā. La Nouvelle-Zélande a l'un des pires bilans en matière de maltraitance des enfants au sein des pays dits “développés", avec un enfant tué toutes les cinq semaines. Chaque année, 14 000 cas de maltraitance d'enfants sont confirmés en Nouvelle-Zélande et la police répond à un appel concernant la violence domestique toutes les sept minutes. Malheureusement, pas de quoi regretter le système français de la protection de l’enfance, lui-même irisé de lourdeurs institutionnelles et d’aberrations administratives pouvant être maltraitantes pour les usagers.

Pour conclure, je dirais que la découverte du travail social en Nouvelle-Zélande est enrichissante pour la pratique et au-delà du travail, pour mieux comprendre la société néo-zélandaise dans son ensemble. On y constate les vestiges et les blessures encore présents de la colonisation et les efforts sincères du peuple pour reconnecter les communautés les unes aux autres. Un cocktail au goût différent et qui peut rafraîchir une pratique du travail social développée en France.

 

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Anaïs Boquet

"Plume-trotteuse" et amoureuse des questions de culture et société, j'ai plaisir à partager l'info avec nos lecteurs depuis la rédaction d'Auckland.
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