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Nadine Plet nous détaille son parcours et ses combats

Par Le Petit Journal Auckland | Publié le 27/05/2013 à 01:05 | Mis à jour le 27/05/2013 à 22:30
Nadine Plet

Figure emblématique de la communauté française d'Auckland, et fervente partisane du multiculturalisme, lauréate du Trophée des français de l'étranger "Coup de cooeur", Nadine Plet revient pour lepetitjournal.com sur son parcours en Nouvelle-Zélande, ses combats, ses convictions, et ses projets.

Comment décrire l'étendue de l'action de Nadine Plet? Son parcours, si atypique, en devient presque complexe à mesure que l'on tente de cerner le personnage et dès lors que l'on réalise que Nadine Plet ne s'arrête tout simplement jamais. Subversive, profondément et sincèrement critique vis-à-vis de ses actions, elle souhaite continuer à changer les choses. La source de sa motivation? Son cheval de bataille? Dès qu'elle ressent qu'une histoire est empreinte d'injustice. Pas question pour autant de s'éparpiller et de multiplier des actions discontinues. Récipiendaire de l'Ordre National du Mérite en 1998, et Chevalier de la Légion d'honneur en 2008, toutes ces distinctions ne sauraient néanmoins résumer avec acuité le personnage. Si elle alterne de nombreux projets, elle garde, une fois son action terminée, "un pied en dehors".

Le déménagement de l'Alliance Française d'Auckland

Nadine Plet n'est jamais très loin de ses protégés. Elle n'hésite pas lorsqu'il s'agit de venir en aide à une association locale, l'Alliance française. "J'ai été élue Présidente de l'Alliance Française. J'ai réalisé la transition de Newmarket à Grey Lynn", raconte-t-elle. Pourquoi un déménagement ? "Les bureaux étaient très grands, et étaient vides dans la journée. C'était cher payé le mètre carré. J'ai négocié avec le propriétaire pour que l'on puisse payer un autre bâtiment et ne pas payer la pénalité."

A l'époque le changement de trimestre en semestre, ainsi que le coût du loyer avaient mis l'Alliance française en grande difficulté financière. D'autant que cette association subissait encore les conséquences de la reprise des essais nucléaires dans le Pacifique.

Proposant un plan de sauvetage à Monsieur LeBlanc, alors Ambassadeur de France en Nouvelle-Zélande, le projet s'est sécurisé peu après. Nadine Plet alterne les bonnes idées, mais ne monopolise jamais les initiatives, elle qui est partisante des décisions par consensus. Très loin de la traditionnelle matrone, Nadine Plet sait entendre ses détracteurs, et même si elle n'approuve pas certaines initiatives, garde ce "pied en dehors", qui ne fait qu'exprimer la profonde probité du personnage, logée dans chaque de ses prises de position. Solidement ancrée sur ses convictions, elle approuve, au risque de s'en vouloir, mais ne demeure jamais silencieuse. Cette sincérité à toute épreuve, si elle peut déplaire, forge d'autre part un attachement presque affectif à la personne de Nadine Plet. Quiconque jugerait sa sincérité égoïste, ou la qualifierait de nombriliste, se trouverait dans l'erreur. Nadine Plet elle-même "Aime la vérité, mais pardonne à l'erreur" selon les mots de Voltaire, bien que cette implication ne puisse la satisfaire.

En 1998, lors du déménagement de l'Alliance française dans son local actuel une idée avait germée et avait presque pris le chemin de la réalité. Le comité de l'époque avait longuement exploré  la possibilité d'avoir une association à  caractère européen où les associations françaises et européennes seraient réunies sous un même toit. Le partage des frais tout en restant dans le contexte européen permettrait la mise en place de projets de grande envergure. Mise en sommeil dû au contexte difficile, il semblerait que l'idée ait repris du poil de la bête et "c'est tant mieux".

Frenz School Inc, l'avant-gardiste

C'est l'autre grande réussite de Nadine Plet. La plus médiatisée, elle a depuis sa création inspirée d'autres initiatives dans le monde. Véritable modèle éducatif exportable. Aujourd'hui, 75 associations reçoivent la subvention FLAM, alors que Frenz School Inc fut la première à en bénéficier.

La première rentrée, pour les jeunes écoliers bilingues, eu lieu en février 1996 tandis que l'association Frenz School Inc était créée en 1994. Nadine Plet avait alors entrevu des changements graduels: "A l'époque je pensais que nous allions créer une continuité : école maternelle, école primaire, école secondaire. Lorsque l'on a sélectionné Richmond Road, c'était jusqu'à la classe de cinquième. Donc il n'y avait pas tellement lieu de faire du secondaire."

"Après une visite à Canberra, ce qui m'a frappé c'est l'absence d'élèves en première et terminale. J'en suis d'ailleurs venue à connaitre cette école car ma belle-s?ur avait scolarisé ses enfants là-bas, pourtant australiens. Mais au moment de choisir une école pour le secondaire, la majorité des parents choisiront autre chose."

"Le problème : une très grande masse d'élève au départ pour très peu en en terminale. Est-ce que la bataille valait l'enjeu ? De toute façon, lors du rapprochement de la date butoir de la sélection à l'entrée universitaire  le choix des parents penche pour une école secondaire locale, au succès important aux examens d'entrée à l'université. Un ratio élevé au succès à l'entrée universitaire et publié dans les magazines, journaux est très suivi par les parents au moment de l'inscription à l'équivalent de la classe de seconde. Ce contexte fait que le développement d'une école secondaire avec le programme français sera très difficile dans le paysage néo-zélandais. Pour les parents, le choix se fait alors entre, les écoles unisexes, publiques, privées etc? La mise en place d'une école française niveau secondaire est probablement trop complexe pour le moment."

Lepetitjournal.com/Auckland - Les Petits Lascars, votre première contribution associative, est toujours un succès?

Nadine Plet - Oui, l'initiative a fêté ses vingt ans l'année dernière, puisque ma fille avait vingt ans. J'ai été invitée à la fête et j'étais ravie de voir toutes ces familles qui faisaient la même chose que notre groupe de l'époque, affrontaient exactement les mêmes problèmes, se posaient les mêmes questions d'éducation. Sauf que maintenant, le groupe est organisé, bien rôdé et fait partie du paysage néo-zélandais comme s'il avait toujours existé. Cette fête était superbe. Je tire mon chapeau aux personnes qui ont pris le relais. C'est un travail ingrat car lorsque l'on est volontaire on ne voit pas toujours les objectifs, on ne comprend toujours pas pourquoi on donne autant de temps à une cause qui ne fait que passer. Croyez-moi, le résultat en vaut la peine !

Quelle est la nature de vos projets avec l'Ambassadeur Francis Etienne ?

Nous avons créé l'Association d'Entraide des Membres de l'Ordre National du Mérite et de la Légion d'Honneur et de l'Ordre National du Mérite. L'Association, reconnue d'utilité publique, s'est donné trois projets spécifiques. Le devoir de mémoire pour les deux Guerres mondiales puisque beaucoup de néo-zélandais se sont battus pour la France. Nous avons d'ores et déjà commencé des activités. Monsieur Etienne a ravivé la mémoire d'un Néo-Zélandais très peu connu mais aux exploits innombrables et très documentés, ancien légionnaire  et qui a également été décoré huit fois de la Croix de Guerre, et trois fois de la Légion d'Honneur, et en était Commandeur, James Waddel.

Nous avons également participé aux cérémonies commémoratives de la mémoire de Nancy Wake, Néo-Zélandaise mariée à un Français et faisant partie de la résistance, et décédée il y a deux ans en Angleterre.

Le deuxième objectif concerne l'éducation avec de l'aide aux personnes ayant besoin d'un coup de pouce dans un domaine éducatif : de l'art, dans la culture ou encore la musique. Ces personnes identifiées parmi le cercle de l'Association, ont de grandes difficultés à mettre à bien leur projet d'éducation dû à des contraintes financières. L'Association étudie les possibilités et moyens de venir en aide à ces jeunes ou moins jeunes Néo-Zélandais qui voudraient poursuivre ou complémenter leurs études en France.

Le troisième projet est un projet éducatif pour le personnel soignant et certaines personnes de la communauté de Tahiti. Le programme est une semaine d'enseignement intensif de soins aux Grands Brûlés, cette formation est assurée par l'Association Australo-Néo-zélandaise des Grands Brûlés (ANZAB)  et est suivie d'une semaine de stage pratique à l'hôpital de Middlemore au centre National des Grands Brûlés. Ceci permettra une intervention locale, plus rapide et efficace en suivant les critères internationaux de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande. Cette coordination aura pour objectif d'avoir de meilleurs résultats de longue durée pour la personne soignée. Ceci fait suite à une demande du centre des Grands Brûlés de Middlemore où une jeune femme a mis 18 h pour arriver à Auckland. L'accident ayant eu lieu sur une des petites îles de Tahiti, il était impossible d'intervenir directement, il fallait la transférer. Si les mêmes critères de soins étaient disponibles sur place, la personne aurait eu moins de séquelles graves à long terme.

Aujourd'hui vous avez de nombreux projets. Qu'est-ce qui a été le déclencheur à votre arrivée en Nouvelle-Zélande ?

Ce qui me motive énormément, ce qui me fait démarrer, c'est le sentiment d'injustice. Ça c'est mon dada. La première chose douloureuse que j'ai vécue en Nouvelle-Zélande à l'hôpital d'Auckland a activé ce sentiment d'injustice. Le docteur a annoncé en anglais à un père la mort de son fils alors qu'il ne comprenait pas l'anglais. Lorsque j'ai vu cela, je me suis dit : "plus jamais ça". Je faisais à l'époque des études d'interprétariat et de traducteur. Je suis allée voir ma professeure, en dehors de mes études et mon travail, pour lui raconter l'expérience douloureuse dont j'avais été témoin. Dès lors, elle a commencé un cours d'interprétariat médical. A la suite de cela, nous avons pu mettre en place un service d'interprétariat à l'hôpital de Middlemore puisque mon mari était directeur. Nous savions que cela allait marcher puisque ce service existe déjà en Australie. Maintenant, c'est disponible dans tous les hôpitaux publics.

Est-ce maintenant obligatoire dans tous les hôpitaux ?

Maintenant, il y a un service d'interprètes partout, même par téléphone.

Pourquoi autant de Tahitiens viennent-ils se soigner ici ?

Nous sommes le pays le plus proche qui puisse délivrer des soins complexes tels que les traitements anti-cancéreux. La Nouvelle-Zélande a le matériel de pointe pour venir en aide à des malades atteints de maladies graves ou qui demande des soins complexes à plusieurs niveaux. Les traitements de cancers par exemple, sont des traitements compliqués qui nécessitent des équipements pointus, des scanners. La Nouvelle-Calédonie est également concernée car le dollar australien est de plus en plus fort, donc c'est plus économique de venir ici en Nouvelle-Zélande. Nous offrons des soins pour les patients de Nouvelle-Calédonie, et des îles du Pacifique car il existe des accords entre la Nouvelle-Zélande et certaines de ces îles. De plus, Auckland a  plusieurs centres "nationaux" c'est-à-dire que des interventions graves et complexes sont faites à Auckland.

Un échange se fait-il entre certains hôpitaux de Nouvelle-Calédonie et la Nouvelle-Zélande ?

Il existe des accords entre certains pays du Pacifique et la Nouvelle-Zélande pour assurer les soins et traitement complexes ainsi qu'une partie de leur prise en charge.  Les soins sont de bonne qualité, et la Nouvelle-Zélande n'est qu'à trois heures de route. Il existe aussi une similarité culturelle entre les Tahitiens et les Maoris, le système whanau est très présent dans les deux cultures. L'hôpital de Middmemore est par exemple, adapté à recevoir les familles et non seulement une personne à la fois pour les visites. Les chambres sont plus grandes.

Que vous êtes-vous dit à la découverte des Trophées de l'étranger ?

En lisant le résumé, je me suis dit : "tiens je pourrais postuler, ça me ressemble". Mais je n'ai rien fait, j'ai postulé le jour de la clôture. Heureusement que la Nouvelle-Zélande est décalée de douze heures. J'ai écrit mon profil, que j'avais en tête, en une journée. Je ne savais pas comment décrire "mon trajet d'exception" parce que c'était très dur d'écrire des choses bien sur moi car je suis très sévère, je me critique énormément.

Que vous ont dit vos proches à la lecture de votre profil ? Vous ont-ils jugé trop sévère ?

Ils m'ont dit que je n'en disais pas assez justement et que j'avais oublié pleins de choses. Par exemple, mon mari m'a signalé que je n'avais pas mentionné mes démarches auprès de la ministre de la Culture, Mme Albanel où je lui demandais le rapatriement des toi moko. J'avais aussi contacté des personnalités néo-zélandaises pour qu'elles signent la pétition sur le site internet du musée de Rouen. Il m'a aussi dit que je n'avais pas mentionné que quelquefois j'ai reçu des appels de la police Néo-Zélandaise pour aider lors d'un accident grave ou que j'avais visité des malades français ou de la Polynésie car ils n'avaient pas de visite, aidé des femmes en difficultés lors d'une séparation. Mais tout cela, pour moi, n'importe quelle personne française le ferait pour aider un/e compatriote.

Qu'avez-vous ressenti à la remise du Trophée ?

J'étais très fière et j'ai beaucoup pensé aux membres du comité avec lequel j'ai beaucoup travaillé. Le trophée est le résultat d'un travail d'équipe. J'étais obsédée par ce projet d'école et j'avais beaucoup été critiquée à l'époque mais le jeu en valait la chandelle. Le présent est qu'il y a maintenant deux sections bilingues à Auckland. Lors de la remise des trophées le personnel de l'Agence du Français à l'Etranger m'a entourée en disant "ah c'est vous?" je me demandais de quoi elles parlaient, c'est là que j'ai appris que nous avons servi de modèle et que maintenant c'est plus de 55 écoles qui suivent cet exemple? que de chemin parcouru ! Toutes ces heures de labeur, de pleurs, de rire, de rage, et quelque fois de désespoir de voir cette section démarrer.  Voyez les enfants, les premiers de la section et qui sont maintenant à l'université ou réussissent dans ce qu'ils entreprennent..

Toutes ces heures n'étaient pas vaines !  Il me reste des amitiés très fortes et fidèles. Lorsque le comité d'origine se retrouve (c'est très rare) on se rappelle nos souvenirs? "tu te souviens quand ?" un jour nous avons organisé un "brunch" chez moi et ça s'est terminé à deux heures du matin le lendemain après avoir parcouru plusieurs maisons des unes et des autres quand on tombait à cours de  victuailles. Quel souvenir ! Tout le travail est reconnu et cela m'a fait chaud au c?ur. Je me suis sentie comme une vedette, j'étais aussi très honorée d'être parmi des candidats de très haute valeur. Leur histoire m'a aussi beaucoup intéressée et impressionnée. On s'est très bien entendu. Je pense toujours être à côté de la plaque. Avec le Trophée, je me suis dit que j'avais raison de lancer des projets même si ce n'est pas toujours facile.

Que pensez-vous des Français expatriés en Nouvelle-Zélande ?

Ce sont des gens qui sont partis de rien, et qui ont réussi, sans l'aide d'une grande entreprise. Beaucoup d'entrepreneurs, qui ont travaillé très dur et pour certains, jouissent du fruit de leur labeur. Des gens qui ont pris le risque de tout laisser en France et de démarrer souvent de rien ou avec pas grand-chose en Nouvelle-Zélande. C'est très différent de l'expatrié qu'on envoie "tout frais payés". Ici, c'est l'expatrié baroudeur motivé, entrepreneur et ambitieux. Quelqu'un qui veut vivre ses idées. Quelqu'un qui vit l'adage de Zorba le Grec : "chaque homme possède au fond de lui une folie, une folie qui le tient bien. Et la plus grande m'est encore d'avis que c'est de ne pas en avoir."

On ne parle pas aussi assez du travail formidable des volontaires, qui donnent de leur temps et de leur talent gratuitement, comme les bénévoles de l'Alliance française ou encore ceux de l'association Frenz School Inc, les Petits Lascars, et la Chambre de Commerce franco-néo-zélandaise. Si nous étions payés de l'heure en tant que consultant, ce serait du 300-400 dollars de l'heure. C'est réellement extraordinaire. C'est vraiment l'esprit "go for it". Il n'y a pas assez de ça en France, il y a trop de jérémiades et de gens qui s'attendent à ce que tout leur tombe du ciel. Ici on fait, et on fait bien.

Filip Milo (www.lepetitjournal.com/Auckland) lundi 27 mai 2013

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