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FWAD HASNAOUI - "Je rêve d’un axe Alger-Paris moteur du développement Nord-Sud"

Par Lepetitjournal Alger | Publié le 21/05/2015 à 10:37 | Mis à jour le 22/05/2015 à 04:15

 

Fwad Hasnaoui, 52 ans, est Conseiller élu à l'Assemblée des Français de l'étranger(AFE) Circonscriptions Alger, Casablanca, Maghreb et Egypte (Groupe Français du Monde, Ecologie & Solidarité)  et membre de la commission sécurité à la même AFE. Enfant d'un couple mixte, il dit ne pas pouvoir choisir entre son père algérien  et sa mère française. Ce militant invétéré d'une relation algero-française exceptionnelle, parle, ici, des problèmes auxquels sont confrontés les ressortissants français vivant en Algérie qu'il connait du bout des doigts mais aussi de son espoir  de voir l'axe Alger-Paris se raffermir davantage pour devenir  un «moteur du développement Nord-Sud». Entretien

Lepetitjournal.com- Alger : Pouvez-vous nous dresser un  tableau de la communauté française vivant en Algérie?
Fwad Hasnaoui : La communauté française établie en Algérie est constituée à 95% de ressortissants double-nationaux, la plupart d'entre eux, ayant acquis la nationalité française par filiation issue  d'un ascendant ou d'un ancêtre qui a donné son sang pour la France pendant les deux guerres mondiale. À noter que des traces du passage de ces héroïques serviteurs, ont été retrouvées lors des campagnes de Crimée, de Madagascar, du Mexique, d'Indochine, etc.
L es quelques 30.000 Français inscrits au registre consulaire sont présents dans toutes les couches de la société algérienne.

5% d'entre eux, sont  soit sous contrat dans des groupes industriels français, soit investisseurs eux-mêmes, soit conjoints de ressortissants Algériens, soit Français ayant fait le choix de rester en Algérie après l'indépendance, sans oublier nos amis missionnaires et bénévoles de groupes ?cuméniques.
A ceux là et sans compter les Français d'origine algérienne établis en France, s'ajoutent plus de cinq cent mille ressortissants non inscrits au registre consulaire français en Algérie, installés en Algérie, mobiles entre les deux rives et ayant une domiciliation en France.

Au vu de la particularité de la relation algéro-française, ne trouvez-vous pas le  nombre de Français vivant de ce coté-ci de la Méditerranée quelque peu modeste?
Il ne faut pas se fier aux chiffres officiels car au regard du nombre impressionnant de passeports français délivrés par les consulats de France en Algérie chaque année (6500), il convient de multiplier par cinq le nombre de Français inscrits au registre, sachant que derrière tout ressortissant  il y a une grande famille?

Qu'est ce qui  dissuade  les Français  à venir plus nombreux vivre et travailler  dans l'un des pays avec lequel ils ont pourtant le plus de liens?
Je pense que le premier obstacle réside dans la scolarisation des enfants. Avant leur fermeture en 1993, on pouvait inscrire plus facilement ses enfants dans un des six établissements scolaires gérés par l'OUCFA (Office Universitaire et Culturel Français en Algérie, issu des accords d'Evian) et l'académie d'Aix Marseille, présents essentiellement à Alger, Annaba et Oran (internats compris).
Depuis l'ouverture de seulement trois établissements (sans internat) à Alger, il est extrêmement difficile d'obtenir une place compte tenu d'une demande très importante.

Par ailleurs et malgré des potentialités extraordinaires et d'un marché en forte demande, le pays souffre d'un déficit d'image considérable, que les villes, les élus, les autorités et tout ce qui représente l'Algérie dynamique, devraient résorber en faisant la promotion des atouts et en encourageant toute forme d'investissement direct étranger. Il est effectivement dommage que cet apport de richesses ne soit pas assez pris en considération, cela, à la hauteur des enjeux économiques et géostratégiques pour lesquels l'Algérie est directement concernée et pour lesquels la France peut contribuer d'une manière significative.

En votre qualité d'élu,  vous êtes souvent en contact avec les expatriés français vivant chez nous. Quelles sont leurs besoins et leurs préoccupations ? Comment comptez-vous procéder pour y apporter des réponses ? Concrètement, que faites-vous pour venir en aide aux Expatriés?

Cela va vous paraitre bizarre, mais mes compatriotes expatriés me posent souvent la même question : "Comment faire pour vivre normalement en Algérie ?"
En effet, à l'exception d'Alger et de quelques grandes villes, ils me disent par exemple, leurs difficultés de marcher tout simplement sur le trottoir? de sortir et vivre la vie culturelle et moderne, (restaurants, théâtre, cinéma, moments de détente dans la nature, sport, tourisme local, shopping, etc.).  En somme, tout ce qui a trait à ce qu'on appelle l'art de vivre? Ils me parlent aussi de leurs difficultés à recruter du personnel qualifié, des lourdeurs administratives et encore une fois du manque de places dans les écoles pour leurs enfants.

Pour ce qui concerne ma présence auprès d'eux, il s'agit d'interventions relatives aux démarches administratives, de la diffusion d'informations via des infobulletins,d'animation d'un réseau de compatriotes établis à travers tout le territoire, pour répondre aux demandes d'aide souvent urgentes, d'assistance, de conseil et d'accompagnement. Il s'agit aussi de présenter des projets à mes collègues parlementaires (Sénateurs et Députés) et de transmettre régulièrement des questions écrites, orales ou d'actualité à l'Assemblée des Français de l'Etranger basée au Ministère des Affaires Etrangères et du Développement International.

Par ailleurs et à l'instar des permanences citoyennes tenues régulièrement à travers tout le territoire (notamment dans les consulats généraux et les Instituts français), nous organisons régulièrement des évènements conviviaux et ludiques susceptibles de rapprocher nos compatriotes entre eux et  de favoriser l'amitié franco-algérienne avec la participation de personnalités et d'associations algériennes amies.

Vous êtes élu à trois reprises (2006, 2009 et 2014) comme conseiller à l'AFE pour la circonscription Afrique du Nord. Qu'est-ce que cela vous fait?
Très honoré par la confiance renouvelée par mes compatriotes, il est important de défendre leurs droits auprès des plus hautes instances de l'état français. La relation franco-algérienne étant particulière et ayant une place prépondérante dans la politique internationale de la France, il convient de donner toute leur importance aux enjeux de cette relation. Cela nous encourage à assurer une présence active et dynamique sur le terrain, notamment à travers des projets concrets de coopération, comme la construction de nouvelles écoles, la mise en place de plateformes de télémédecine, la production de films documentaires, etc.

Pouvez-vous  nous faire un bilan même succinct de vos précédents mandats?
Fiers d'avoir contribué à la création de plus de six sections de l'association "ADFE Français du Monde''  à travers l'Algérie, nous avons, avec des amis, développé le concept d'espaces culturels francophones associatifs et d'autres sections destinées au développement et à la promotion des entreprises et autres porteurs de projets, de Maghnia à El-Kala et d'Alger à Tamanrasset. Cette merveilleuse aventure humaine, nous a permis quelques fois de changer des destins et de sauver des vies?

Le fait d'être issu d'un couple mixte  vous aide t-il, d'une manière ou d'une autre, dans l'accomplissement de votre tache?
En effet, cet attachement à cette double-culture dont je suis issue, représente l'essence même de mes actions en faveur du lien très fort liant ces deux pays qui sont les miens. Je dis toujours que je ne pourrais jamais choisir entre mon père (auteur chez l'Harmattan) et ma mère (enseignante retraitée), tous deux anciens militants de la cause algérienne et membres actifs au sein de la société civile actuelle.

Depuis trois ans, les relations algéro-françaises connaissent un grand réchauffement. Êtes-vous satisfait du niveau actuel  de coopération ? N'y aurait-il pas une marge pour densifier davantage cette relation?
Vous savez, même si nous avons franchi de grands pas dans la relation franco-algérienne, il reste encore beaucoup à faire? Je pense que c'est un puits sans fond? Les nations française et algérienne sont éternelles?
Quelle est la famille algérienne qui n'a pas d'attaches en France ? Quelle est la famille française qui n'a pas une histoire ou un lien avec l'Algérie ?
Que ce soit pour l'histoire, l'économie, la recherche, la culture, la science, le bien être de tous, etc. nos destins sont scellés ne serait-ce que par la proximité que nous offre cette magnifique mer méditerranée, berceau des civilisations que nous devons valoriser et préserver tous ensemble. Il était temps que nos gouvernants comprennent que la clé du développement mutuel ne peut venir qu'à partir d'un esprit sincère de partenariat, de reconnaissance et de respect mutuel.
J'ai toujours rêvé d'un axe Paris-Alger, moteur du développement Nord-Sud, comme l'est actuellement, l'axe Paris-Berlin, moteur du développement européen.

Sur le plan économique, il y a certes beaucoup d'entreprises françaises intéressées par le marché mais à peine 450 y sont implantées. Pensez-vous que ce chiffre peut doubler ou même tripler dans un avenir proche ? Que doit-on  faire- de part et d'autre- pour y arriver?
Vous savez, ce n'est pas un hasard si la France est le premier investisseur étranger hors hydrocarbures et le premier employeur étranger en Algérie. L'Algérie est aussi le premier partenaire économique Africain de la France. On peut facilement multiplier les investissements si on améliore les conditions d'accueil des investisseurs qui s'installent souvent en famille. Ce n'est pas non plus un hasard si le gros du contingent des investisseurs se trouve à Alger où ils peuvent inscrire leurs enfants dans une école adaptée. J'ai malheureusement connu des investisseurs contraints de retourner en France à cause de ce problème. C'est vraiment dommage?

Permettez-moi donc d'insister sur l'importance de la présence d'établissements scolaires adaptés, susceptibles d'accueillir toutes ces familles pourvoyeuses de richesses, de savoir faire et créatrices d'emplois.
Arab Chih (www.lepetitjournal.com/alger) jeudi 21 mai 2015

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