

Pour la troisième année consécutive, la marche du souvenir organisée le 10 avril par le parti chrétien-démocrate Droit et Justice (PiS) et les clubs du journal conservateur Gazeta Polska (plusieurs centaines de clubs dans tout le pays) a rassemblé des dizaines de milliers de Polonais. Cette marche était le point d'orgue de commémorations qui duraient depuis tôt le matin dans la rue Krakowskie Przedmie?cie, entre le vieux Varsovie et le palais présidentiel. En réalité, des marches du souvenir, précédées comme mercredi dernier d'une messe en mémoire des victimes de la tragédie de Smolensk, se déroulent le 10 de chaque mois avec à chaque fois plusieurs centaines voire plusieurs milliers de participants.
Il est extrêmement réducteur de parler comme le font les médias français de manifestants nationalistes. La Pologne n'a pas eu de régime de Vichy et le slogan "Bóg, Honor, Ojczyzna" (Dieu, Honneur, Patrie) est l'expression de sentiments patriotiques qui plongent leurs racines dans la lutte pour la liberté contre les totalitarismes nazi et communiste. Un autre slogan que l'on pouvait entendre mercredi dernier était d'ailleurs "Raz sierpem, raz m?otem czerwon? ho?ot?" ("Un coup de serpe, un coup de marteau contre la racaille rouge"). Tout cela accompagné de drapeaux polonais et de quelques banderoles avec le logo du syndicat Solidarnosc. Quand l'artiste Jan Pietrzak chantait l'après-midi "?eby Polska by?a Polsk?" ("Pour que la Pologne soit la Pologne"), une chanson de sa composition devenue hymne de l'opposition dans les années 80, la foule levait la main avec le V de la victoire de Solidarnosc.
Entre rapports d'enquête des gouvernements russe et polonais et contre-rapport de la commission d'enquête parlementaire mise en place par le PiS, et entre les déclarations contradictoires du parquet, chacun peut choisir sa version en fonction de ce qui lui paraît le plus plausible ou, pour une partie de la population, en fonction de sa sensibilité politique. Les restes de l'épave de l'avion et les boîtes noires sont toujours aux mains des Russes qui refusent de les remettre à la Pologne, et des vérifications essentielles n'ont pas été faites par les enquêteurs polonais tout de suite après la catastrophe (autopsies des corps, recherche de traces d'explosifs, inspection du bouleau que l'aile gauche de l'avion aurait heurté, etc.). Il n'est donc pas étonnant aujourd'hui qu'entre 52 % (sondage pour la télévision publique TVP) et 56 % (sondage pour le quotidien Rzeczpospolita) des Polonais pensent qu'on ne saura jamais ce qui s'est vraiment passé ce matin du 10 avril 2010.
Olivier Bault (www.lepetitjournal.com/varsovie) - lundi 15 avril 2013
Photos O. Bault - Banderole : « Notre président - Solidarnosc en lutte se souvient » Drapeau : « C'était un attentat. »/ Photo Le « V » de la victoire, signe de l'opposition au communisme dans les années 80 / Marche du souvenir
