Shanghai

SOCIETE - Fin de l’enfant unique : un an après, quels changements ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le 1e janvier 2016, la politique de l’enfant unique a été définitivement abolie. Tous les couples chinois peuvent désormais avoir un deuxième enfant s’ils le désirent. Mais avec le coût de la vie et la pression salariale, le pic de naissance tant espéré n’a pas eu lieu.

Décalage entre volonté gouvernementale et réalité

Si le gouvernement chinois a fini par abolir la politique de l’enfant unique, déjà assouplie en 2013, c’est pour faire face au vieillissement de la population (voir notre article). En effet, les personnes âgées devraient atteindre 23% de la population d’ici 2050, ce qui voudrait dire qu’un quart de la population serait retraitée. Une forte pression reposera alors sur les travailleurs qui devront soutenir leurs aînés. Sachant que la fin de la politique de l’enfant unique mettra 20 ans avant que ses effets se fassent sentir, le gouvernement surveille la hausse des naissances de très près.

En 2016, on a enregistré 17.5 millions de naissances en Chine, une augmentation de 5.7% par rapport à 2015. C’est le record depuis l’année 2000. Mais c’est peu par rapport aux estimations du gouvernement, qui espérait en moyenne 20 millions de naissance par an.  De plus, à fin 2016 seulement 18% des 11 millions de couples pouvant bénéficier de cette abolition de la politique de l’enfant unique, en avaient fait la demande.

Le gouvernement pense inciter les couples à faire un deuxième enfant grâce à un système de bonus, mais c’est tout un état d’esprit qu’il faut changer : après des décennies de politique de l’enfant unique, les parents considèrent qu’un seul enfant est suffisant à leur bonheur. Difficile maintenant de leur faire de changer d’avis !

 

Pourquoi les Chinois ne veulent-ils pas de deuxième enfant ?

On a cependant vu depuis 2016 une hausse des dépenses liées à la maternité : médicaments pour la fertilité, cliniques obstétriques ont vite été débordées début 2016, mais la situation semble s’être tassée. Le baby-boom tant espéré n’a pas vraiment eu lieu.

De manière corollaire, le prix des logements a augmenté dans les grandes villes : à Pékin, les appartements avec trois chambres et plus ont bondi de 32% en 2016 par rapport à l’année précédente. Paradoxalement, les appartements plus petits, ont  vu leur prix baisser de 16%.

Mais élever un enfant, surtout dans les villes, devient de plus en plus cher. Un simple rhume peut coûter jusqu’à 1800 RMB en visites et traitement, et pour assurer l’avenir de leurs enfants, il est de coutume de les inscrire dans des écoles privées ou des activités extra-scolaire très coûteuses.  Alors très souvent les couples hésitant à faire un deuxième enfant évoquent cette raison. A Shanghai, seuls 12.5% des couples souhaitaient élever un deuxième enfant  fin 2016.

Et parmi eux, la plupart ont 40 ans et plus. Pour ces couples, parfois plus aisés que la moyenne, qui ont souvent une situation financière mieux assise, le sentiment qu’il est trop tard domine. « Même si j’envisage d’avoir un deuxième enfant, confie Guan Ye, 37 ans, j’ai peur d’être trop fatiguée. » De plus, à cet âge, les difficultés à procréer sont réelles, et le coût de la procréation assistée, souvent rédhibitoire.

 Plus de pression sur les femmes

Les femmes sont particulièrement peu attirées par une deuxième naissance. D’après un questionnaire du site de recrutement Zhaopin.com en 2017, 67% des femmes ayant une carrière ne souhaitaient pas de deuxième enfant. 40% des femmes sans enfants déclarent même ne pas en vouloir du tout ! Parmi les raisons citées, le risque pour leur carrière professionnelle, et l’impossibilité de vivre avec un seul salaire.

Car traditionnellement en Chine, ce sont encore les femmes qui font le plus de tâches ménagères, en moyenne 21 heures par semaine contre 10 seulement pour les hommes. Un deuxième enfant engendrerait encore plus de travail.

De plus, la Chine manque cruellement de système de garde. Plus de 60% des femmes déclarant ne pas vouloir de second enfant évoquent en effet la difficulté de trouver un moyen de garde. Les crèches sont rares, et lorsqu’il n’est pas possible de faire garder les enfants par les grands-parents, la femme finit dans 1/3 des cas par quitter son travail. Cela affecte sa carrière mais également les revenus familiaux.

La même enquête de 2017 révélait la réalité du travail en Chine : 32.5% des femmes avaient vu leur salaire diminuer après avoir eu un enfant. 31% d’entre elles déclaraient également avoir été dégradées après la naissance de leur progéniture, contre 26.6% en 2016. Pour cette génération de filles uniques à qui on a inculqué le sens du travail et de l’ambition, il semble apparemment difficile de concilier  carrière et  vie familiale.

Toutes ces difficultés sont réelles, et rien de ce que pourra faire le gouvernement pour inciter les couples à engendrer plus d’enfants ne changera cet état de fait. 

 Sources: Zhaopin, IDRC, Sixth Tone

Gaëlle Déchelette lepetitjournal.com/shanghai Vendredi 7 juillet 2017

 
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