Shanghai

FRANÇAIS DE SHANGHAI - Guillaume de Bernadac, professionnel de l’étiquette

Par Delphine Gourgues

Toujours en quête de découvertes de personnalités d’exception qui peuplent Shanghai, nous avons rencontré un jeune entrepreneur qui répand les bonnes manières avec conviction ! Guillaume Rué de Bernadac, la trentaine, fait partie de ceux pour qui la Chine, loin d’être une évidence, s’est imposée à eux… Et c’est avec passion qu’au sein de son Académie, il enseigne l’art de vivre à la française au service de l’excellence professionnelle. Portrait d’un jeune homme raffiné, qui s’est fixé pour mission de transmettre, en toute bienveillance, les codes de l’étiquette à une Chine en demande d’élégance… 

(Crédits photo : Mario Machado) 

 

 

L’héritage familial : s’en émanciper tout en l’honorant…

Guillaume, originaire de la région d’Agen, est né dans une famille engagée dans la santé. Un père dentiste, une mère et un grand-père médecins, tout aurait pu le pousser à envisager un métier dans ce secteur. Mais Guillaume était plutôt passionné d’histoire, surtout les XVIIème et XVIIIème siècles ! Après des classes préparatoires, il intègre une école de commerce à Nantes et s’intéresse déjà aux échanges internationaux et interculturels, en tant que président de l’association AIESEC* notamment. Il perçoit très vite le fossé des différences culturelles ressenties par les étudiants chinois venant passer quelques mois en France, leurs difficultés à s’intégrer, leur tendance à rester entre eux. Dans l’entourage familial de Guillaume, il y a aussi sa grand-mère, Julienne, chère à son cœur. Née au Maroc, celle-ci avait reçu une éducation très stricte dans les années 20, au sein de la cour du Maroc où son propre père travaillait. Dès son adolescence, elle s’occupe de l’éducation des enfants du roi et de ceux des notables, en tant que préceptrice. Faire cohabiter deux cultures, promouvoir l’art de vivre à la française, c’était son quotidien. Et elle en parlait souvent à son petit-fils…

De l’école des cosmétiques et du marketing…

Guillaume s’oriente assez rapidement vers les secteurs de la cosmétique et du luxe, notamment grâce à un stage en marketing chez Biotherm (groupe L’Oréal) en 2010. Puis, suivant les conseils reçus lors de cette expérience professionnelle, il opte ensuite pour un échange universitaire en Chine, à l’université Tongji de Shanghai pendant six mois. Il en profite pour explorer le pays et la région asiatique. Les Montagnes Jaunes, la Mongolie Intérieure mais aussi le Vietnam, le Cambodge, la Thaïlande, la magie opère… Avec sa cousine, en échange universitaire en même temps que lui, il y découvre "des paysages spectaculaires, inspirants". Un voyage qui s’avèrera décisif…

De retour en France, Guillaume poursuit dans la voie marketing/cosmétique avec un stage chez Parfums Christian Dior (groupe LVMH), puis une fois son diplôme en poche, avec une expérience chez Yves Rocher. De tout cela, il en retiendra notamment "le bouillonnement créatif et le challenge permanent de chez L’Oréal, l’expertise en traitement de l’image chez Dior, et l’ambiance très familiale et passionnante chez Yves Rocher". Mais rapidement, il se sent à l’étroit, voudrait aller plus vite et plus loin. "J’avais envie de faire quelque chose qui me ressemble vraiment", avoue-t-il. Entre les échanges avec sa grand-mère et les souvenirs de Chine, une idée germe dans son esprit.

…Au grand bond vers la Chine !

"Avant mes six mois passés à Shanghai, je n’avais pas été préparé à la Chine et j’ai vécu un vrai choc culturel !" nous confie-t-il. "Les manières au quotidien sont si différentes, et puis tout m’énervait, j’étais confronté à un mur d’incompréhension !". Partageant ce sentiment avec sa grand-mère, il se met à caresser l’idée de perpétuer la tradition familiale et d’enseigner l’art de vivre à la française. Et la Chine semblait un terrain tout à fait propice à ce projet ! En 2013, il prend la décision de se lancer : il intègre l’incubateur de créateurs d’entreprises de son école Audencia, démarre une étude de marché sur le terrain et commence à apprendre le mandarin. Fort de son expérience professionnelle déjà acquise, il se sent armé pour ouvrir sa propre structure et mettre à profit son fort goût du risque. À sa grande surprise, son étude du marché lui fait découvrir qu’en Chine, malgré l’origine française du mot "étiquette", art de vivre et bonnes manières sont associés à… l’Angleterre ! "Peut-être en raison du succès de la série Downton Abbey ? ", ironise-t-il, et surtout parce que les Anglais sont arrivés sur ce marché dès le début des années 2000. Il n’en faut pas moins pour le piquer au vif, et début 2014, il s’installe à Shanghai pour "accomplir sa mission" et enseigner l’art de vivre à la française !

L’Académie de Bernadac

C’est ainsi que naît l’Académie de Bernadac, école de cours d’étiquette, pour l’excellence professionnelle et sociale. Entouré d’une équipe de dix personnes aujourd’hui, Guillaume cible en priorité les entreprises, et ses premiers clients sont les grands hôtels pour leurs cadres et maîtres d’hôtel. Les domaines enseignés vont de l’art de la table, la démarche, l’éloquence (la voix, le langage corporel…), les business manners, le vin, l’art floral (avec Anne-France Larquemin, relire notre article). Ses clients ne sont pas forcément tous chinois, car toutes les nationalités sont pleinement conscientes que la réussite dans les affaires passe aussi par une image et un savoir-vivre de qualité. L’Académie propose aussi des cours pour les particuliers adultes et aussi pour les enfants dont les parents veulent parfaire leur éducation, en vue de leurs futures études à l’étranger. "Les enfants adorent nos cours, ils se sentent comme des princes et princesses !". Il propose aussi des événements internes de type team buiding. Parmi ses clients, on peut citer Cartier, Christofle, Portman Ritz Carlton, Bain, Shangri-la, China Eastern Airlines, Baccarat ou encore l’ambassade de Finlande…

Les modèles de Guillaume

Les grandes figures historiques qui inspirent Guillaume ont cassé les codes pour en recréer. Elles vont de Marie-Antoinette ou la Baronne Staffe, à Coco Chanel, en passant par Yves Saint Laurent. "Coco Chanel a eu un rôle historique pour la femme, elle a été au diapason de son époque en s’habillant de façon "pauvre" avec des vêtements qui ont libéré la femme. Marie-Antoinette, bien qu’elle ait ignoré la misère de son époque, a osé rejeter les codes des Habsbourg, a choqué dans sa façon de s’habiller et a réussi à devenir une personne privée. Quant à Yves Saint Laurent, il a su avec classe faire exploser les codes en les recréant, un vrai génie !"


Le Shanghai de Guillaume

S’il reste profondément attaché à la France bien sûr, Guillaume aime Shanghai. Sportif mais aussi gourmand, il est adepte du brunch du dimanche matin au Latina. Toujours à l’affut de nouvelles adresses, il apprécie plutôt les lieux cosy où l’on peut s’entendre parler, pour ses rendez-vous professionnels, ou pour y retrouver ses nombreux amis français, écossais, allemands, italiens, russes, finlandais et aussi chinois (Villa Le Bec, La Crêperie, La Petite Fleur, Gathering Clouds…). Côté bons plans, le fabrik market est un must pour lui, il s’y fait confectionner de nombreux vêtements. "Ils savent tout faire, du moment que l’on a une idée précise des formes et des matériaux !"

L’actu de Guillaume

L’activité de Guillaume explose, il suffit de voir combien il se fait copier… La chaîne télévisée française M6 est venue l’interviewer en juin dernier pour un reportage diffusé en novembre 2016. Quelques jours après, sa grand-mère décédait. "Elle n’a pas raté sa sortie, elle a vu aboutir ce projet qui perpétue la tradition familiale qu’elle m’a transmise…". Et pour les prochains mois se prépare notamment une collaboration avec Hurun Report, le Forbes chinois, avec des cours proposés à tout leur réseau. Il y a aussi plusieurs projets avec des hôtels Ritz Carlton (à Sanya, à Pudong), de nombreux nouveaux cours d’éloquence et d’art floral, ainsi qu’une extension de son activité sur toute la Chine : Pékin, Chengdu, Nanchang, Hangzhou... Son compte WeChat, ouvert il y a seulement 18 mois, est le premier compte étranger d’étiquette (et le 2ème compte WeChat d’étiquette) avec quelques 5.000 followers déjà ! Et sur son récent compte Weibo aussi, le succès est au rendez-vous ! "Ce que j’admire chez les Chinois avant tout, c’est leur capacité à aller de l’avant et à changer ! Les femmes sont tout particulièrement intéressées et se demandent souvent comment être une femme élégante !"

Et demain ? Continuer à promouvoir la France !

Étendre son activité dans le monde ? Pourquoi pas ! Il y a beaucoup de pays attirés par cet héritage français du savoir-vivre : le Japon, l’Indonésie, mais aussi des pays ayant déjà une grande tradition de codes et traversant une mutation sociale, comme la Russie, l’Iran, ou des pays d’Afrique. Et en Europe ou aux États-Unis, la tendance à l’élégance revient à la mode, après des années de style casual.

À ceux qui lui disent qu’il est trop ancré dans la tradition, il répond qu’au contraire, la politesse est un sujet qui n’est pas gravé dans le marbre et dont il faut connaître les évolutions pour savoir s’adapter. Et preuve que Guillaume est plus que jamais d’actualité, voire visionnaire, un de ses prochains sujets sera "L’étiquette sur WeChat" ! Tout un programme…

Pour en savoir plus et contacter Guillaume : acdebernadac.fr

WeChat ID : AcademiedeBernadac (ou scanner le Qr Code ci-contre)


(Crédits photo 2 : Guillaume de Bernadac - Crédits photo 3, 4, 5 : Académie de Bernadac)

* L’AIESEC est une organisation internationale d’étudiants, présente dans 125 pays et membre du comité permanent de l’UNESCO, "permettant aux jeunes d'explorer et de développer leur potentiel de leadership".

Pour relire nos derniers portraits de Français de Shanghai, voir notre rubrique Communauté/Portraits.

Delphine Gourgues lepetitjournal.com/shanghai  Lundi 20 mars 2017

 
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