Nouvelle Calédonie

INTERVIEW – Entretien avec Darren Doherty, spécialiste australien de la permaculture et de l'agriculture régénératrice

 

Sorti dans les salles de cinéma françaises le 19 avril, « L’Éveil de la permaculture » a connu un grand succès en France. Tout en suscitant l'intérêt des spectateurs pour ce concept agricole, ce documentaire nous emmène à la découverte des acteurs et facteurs de la permaculture pour mieux la comprendre. Parmi eux, le designer en permaculture australien, Darren Doherty a apporté sa contribution en partageant son savoir sur la permaculture et l'agriculture régénératrice.

Notre équipe du petit journal de Perth a eu le grand honneur et plaisir de s'entretenir avec lui et de lui poser quelques questions. Dans cet interview, il nous éclaire sur quelques grands concepts agricoles, nous donne sa définition de la permaculture, partage des secrets et conseils pour faire de la permaculture chez soi et nous parle de sa plate-forme « Regrarians ».


Lepetitjournal.com/perth – Pourquoi et comment la permaculture est-elle née en Australie?

Darren J.DOHERTY : L’Australie présente des conditions géographiques très particulières, pour deux raisons : d'abord sa situation ; elle située entre 40 et 12° de latitude mais surtout car à la différence de tous les autres continents, elle a une forme presque carrée, elle est entourée par les eaux et n'a pas de hauts reliefs. A cause de cette situation géographique et du climat, quand les européens sont arrivés en Australie, ils ont remarqué que leurs méthodes d'agriculture étaient inefficaces. Ils ont alors dû essayer une variété d'autres méthodes pour faire face aux aléas climatiques.

La permaculture est née en 1974. Son co-fondateur, David Holmgren, a grandi dans la banlieue de Perth, à Fremantle. A l'époque les habitants de Perth avaient de grands terrains (1,000 – 2,000 m²) avec bien souvent des potagers, des arbres fruitiers, de la volaille...
L'autre fondateur : Bill Morrison, est originaire de Stanley, une petite ville de Tasmanie. A la mort de son père, il a commencé à faire des petits boulots pour subvenir aux besoins de sa famille. Il devient ensuite biologiste et écrit en 1958 : « pourquoi nous, humains, ne pouvons-nous pas nous inspirer et reproduire le phénomène de la forêt, dans le sens où la forêt est auto-suffisante et autonome ».
Plus tard, il est devenu professeur en psychologie environnementale et biogéographie à l'université de Tasmanie. A la même époque, David Holmgren venait juste de déménager en Tasmanie pour faire ses études en design environnemental. C'est comme ça qu'ils ont fait connaissance, et en échangeant sur leurs concepts d'auto-suffisance et d'indépendance, ils ont eu l'idée de la permaculture.

Donc en fait la naissance de la permaculture est d'une part due à la géographie, et d'autre part à la rencontre de ces deux personnes à l'éducation et au contexte social très différents.

 

Source : http://www.regrarians.org/services/land-planning/


Beaucoup de personnes définissent la permaculture comme un mode de culture permettant de produire plus avec le moins d'énergie possible - peut-on se limiter à cette définition ? Quelle serait la vôtre en quelques mots ?

Pour moi la permaculture n'est ni plus ni moins une science du design composée de 12 principes et de valeurs éthiques qui visent à promouvoir davantage d'attention envers la Terre et les gens qui y vivent. C’est avant tout un état d’esprit et une approche globale.
La définition que vous venez de donner est plus un résultat de la permaculture qu'une définition.


La technique keyline est-elle partie intégrante de la permaculture ou est-ce une technique complémentaire ?

La permaculture assimile d'autres méthodologies dans son concept. La technique keyline a sa propre méthodologie donc oui c'est plutôt une technique complémentaire et elle a été développée 30 ans avant même l'apparition de la permaculture.
L'élément clé de cette technique est l'analyse géographique. Bien que ce soit une technique très utilisée pour l'aménagement paysager, certains de ses principes ne sont pas applicables à tous les paysages. Mais c'est une technique centrale pour notre plate-forme « Regrarians ».

Pourquoi avez-vous fondé Regrarians ? Quelles en sont les actions majeures ?

J'ai grandi dans une ferme qui utilise la technique keyline donc j'ai développé un intérêt pour celle-ci. Dans la première partie de ma carrière, je travaillais en combinant la permaculture avec la technique keyline..
En 2000, j'ai commencé à utiliser la gestion holistique dans mes pratiques de designer agricole. Cette nouvelle gestion et le « Permaculture Voices Seminar » auquel j'ai assisté en 2015, m'ont fait remettre en question ma vision de la permaculture. Mes collègues et moi ne nous retrouvions plus dans le concept, donc nous avons choisi de nous redéfinir et nous avons inventé le terme « Regrarians », néologisme d'agriculture régénératrice.
En étudiant plusieurs méthodologies, nous avons mis au point un procédé qui regroupe plusieurs principes de différentes méthodes. Nous avons établi un processus de A à Z, qui fusionne management et développement et se concentre essentiellement sur les paysages agricoles.

Sorti au moins d'avril le film "l'éveil de la permaculture" a beaucoup de succès en France, ce qui montre un changement de mentalité chez les français. Vous qui portez des projets partout dans le monde, pensez-vous que c'est une tendance générale ? Qu'en est-il en Australie ?

La France est très dynamique dans la recherche de nouveaux concepts agricoles, l'agroforesterie et l'agroécologie y sont très développées. De plus, beaucoup de fermes en France sont des fermes mixtes, il y a souvent à la fois des exploitations agricoles et des élevages de bétail.
En comparaison, les fermes américaines sont le plus souvent des monocultures : soit ce sont des exploitations agricoles soit de l’élevage rarement les deux.
Il y a un changement de mentalité chez les gens mais cela dépend de leur contexte individuel.
Par exemple en Nouvelle-Zélande, les agriculteurs sont très jeunes, l'innovation provient de leur nécessité à produire. En Australie, la permaculture est née de l'inefficacité des méthodes européennes sur son sol.
Chaque pays a ses propres ressources naturelles ;la méthodologie agricole en dépend.
D'un autre côté, les nouvelles générations, nées avec internet, ont accès à plusieurs visions de l'agriculture et de la production alimentaire donc bien sûr la mentalité évolue aussi avec le temps.


Quels conseils donneriez-vous à quelqu'un qui souhaiterait appliquer les méthodes de permaculture dans son jardin ?

Déjà il faut que le jardin soit ensoleillé, c'est très important !
Ensuite, Il faut que la personne évalue l'énergie qu'elle est prête à donner pour sa production et savoir qu'elle ne produira pas de la même manière que les agriculteurs professionnels.

Lorsqu'on décide de faire de la permaculture, il faut avoir une certaine ouverture d'esprit puisqu'il y a aussi un aspect éthique à la permaculture. C'est-à-dire qu'il s'agit également d'être un bon citoyen : penser à ce que l'on consomme, bien choisir les produits, leurs emballages...
Donc pour commencer, il faudrait d'abord réévaluer ses valeurs éthiques. Dans la société moderne, les choix de consommation en disent long sur notre respect pour la planète et pour nous-même.

Je pense aussi qu'il est important de ne pas se donner l'objectif d'être auto-suffisant. De nos jours nous avons besoin de plus d'agriculteurs et de meilleurs agriculteurs, donc il faut aussi soutenir les fermiers dans notre consommation.


Quels sont les grands projets sur lesquels vous travaillez actuellement ?

Nous venons de publier REX : une formation en ligne de 10 semaines. C'était un projet que nous voulions réaliser depuis 2007. Chaque semaine nous travaillons en équipe avec nos clients pour les aider à créer des plans agricoles ; c'est-à-dire non seulement le design de la ferme mais aussi les aider à développer leur contexte holistique. Le but est de les guider à faire une analyse complète de leur projet et ensuite de les aider à le développer efficacement.
C'est notre plus gros projet pour le moment mais nous avons aussi d'autres projets un peu partout dans le monde sur lesquels nous travaillons régulièrement.
Un autre de nos projets est le film « Polyfaces » – un documentaire sur une ferme qui évite toute pratique d'agriculture chimique en Virginie (Etats-Unis)– que ma femme et ma fille aînée ont produit, il a été mis en ligne en 2015, vous pouvez le voir en ligne avec des sous-titres anglais et espagnol, les sous-titres français seront bientôt disponibles.

 

 

Julie, www.lepetitjournal.com/perth le 13 juin 2017 

Et pour ne rien rater, inscrivez-vous gratuitement à la newsletter du journal, likez la page Facebook de votre édition et abonnez-vous à notre page Twitter ! 

 


Pour en savoir plus :
https://www.colibris-lemouvement.org/magazine/permaculture-agroecologie-agriculture-bio-quelles-differences
http://www.regrarians.org/
http://www.polyfaces.com/
http://leveildelapermaculture-lefilm.com/



 

Pour en savoir plus sur Darren Doherty:

 

Issu de la 5ème génération d’une famille australienne d’agriculteurs, Darren J. DOHERTY est designer en permaculture et agriculture régénératrice à plein temps depuis 1993. Il est aujourd’hui impliqué dans la conception et le développement de près de 1,300 projets sur les 5 continents, dans près de 50 pays, allant de 1 million de têtes de bétail à l’hectare dans la région de Kimberley de l’Australie à 110,000 hectares Estancia de la Patagonie. Beaucoup de ses anciens élèves (plus de 15,000) sont à la pointe du mouvement vers des systèmes agricoles regénératifs.

Avec la fondation de la plate-forme des Regrarians en 2013, Darren a transféré son profil de service à celui d'un bénévole de cette organisation et dans ce cadre il participe aux congrès et conférences organisés en collaboration avec des organisations locales et internationales.


Source photo: http://www.regrarians.org/about/darren-j-doherty-cv/

 
A la Une en Nouvelle-Calédonie

L'Agenda d'AHOUVA - Vendredi 21 juillet 2017

Retrouvez, chaque vendredi, une sélection complètement subjective et non exhaustive d’occasions de sortir de la routine et de vous régaler de la diversité de l’offre culturelle et événementielle calédonienne !
Une internationale

ÎLE-DE-FRANCE – Ouverture de 3 lycées internationaux

Jusqu’à l’année dernière l’Ile-de-France ne bénéficiait que d’un seul lycée international public. Mais la région semble aujourd’hui déterminée à remédier à cette situation, souhaitant devenir attirer de plus en plus de talents venus de l’étranger. Il est prévu que 3 nouveaux établissements internationaux publics voient le jour prochainement. Le premier devrait d’ailleurs ouvrir ses portes pour la rentrée 2018.
Actu internationale
En direct d'Asie Pacifique
Expat
Expat - Emploi

COACHING – L’effet miroir de mes parents

Chaque fois que ses parents viennent lui rendre visite à New-York, Bertrand a comme l’impression de se regarder dans « un miroir déformant ». Il ne se sent pas à l’aise en leur présence, culpabilise et a la désagréable impression d’être un fils indigne… Alors qu’il croyait qu’en fuyant la France il résoudrait son problème, il réalise en fait qu’il doit avant tout se faire face à lui-même. 
Expat - Politique

GESTION DE CRISE – Les consuls face à l’exceptionnel

Peu importe l’endroit ou le pays dans lequel vous pouvez vous trouver dans le monde : en situation de crise, la France par le biais de ses consuls protège ses concitoyens. Cette année, 89 consuls et consuls généraux exercent leurs missions à travers le monde. Mais attention, ils ne doivent pas être confondus avec les ambassadeurs… Petit tour d’horizon de leurs missions et des actions qu’ils peuvent mener en cas de crise. 

TRIBUNE - La marginalisation des Français de l'étranger est En Marche

"Make French People abroad great again !Je me permets d'interpeller officiellement les 10 députés de la République En MARCHE à l'étranger. Dans le discours du President de la Republique à Versailles, comme dans le discours de politique générale du Premier Ministre on ne trouve aucune mention aux Français de l'étranger". Une tribune de Boris Faure, Conseiller consulaire des Français de Belgique
Magazine