DES FRANÇAIS EN INDONÉSIE - Chanee le protecteur des gibbons

 

Aurélien Brulé dit Chanee est français et installé à Kalimantan depuis 19 ans. Il est le fondateur de la fondation Kalaweit qui recueille les gibbons, ces petits singes à la fourrure laineuse en Indonésie. Il y a cinq ans Chanee était venu à la rencontre de la communauté française et des élèves du Lycée Français. Nous avons pu interviewer Chanee qui depuis notre dernière rencontre  a changé de statut. En Indonésie et en France il est désormais reconnu comme le spécialiste des gibbons. Au nombre de vues des ses vidéos sur internet, il est également un des principaux  défenseur de la forêt tropicale Indonésienne et de sa faune. Chanee nous raconte son parcours et son combat quotidien face à la déforestation à Kalimantan et à Sumatra ainsi que son action pour la protection des gibbons. Pourquoi l’Indonésie et pas la Thaïlande, pourquoi les gibbons et pas les orang-outans c’est ce que nous avons voulu savoir.

Lepetitjournal.com/jakarta : Pouvez vous nous expliquer votre passion pour les Gibbons ?

Chanee : Petit déjà, j’étais passionné par les singes. Je suis allé durant cinq ans, chaque mercredi au zoo de Fréjus étudier les gibbons. A 16 ans, après mes années d’observation au zoo, je savais que le gibbon était monogame, j’ai conseillé au directeur du zoo de former des couples et cela a fonctionné car les gibbons ont besoin d’un territoire qu’ils ne partagent pas. J’ai ensuite écrit un livre consacré aux gibbons à mains blanches. VSD a consacré un article à ce livre, la chance fût avec moi, Muriel Robin le lira. Elle m’a contacté au moment où je cherchais à partir en Thaïlande pour aller à la rencontre des gibbons et elle m’a donné l’argent nécessaire à la réalisation de ce projet.

Première expérience en Thaïlande avec les Gibbons, mon nom Chanee vient de là, il veut dire gibbon en thaï, depuis plus personne ne m’appelle Aurélien. De retour en France, reprise des études. Mais les grands feux de forêt de 1997 font rage en Indonésie. Je sens que ma place est là-bas afin d’aider les gibbons qui habitent les îles de Sumatra et Bornéo. Muriel m’aidera une seconde fois.

Je débarque en 1998 à Kalimantan, là je prends conscience du carnage, les forêts sont rasées pour faire place à des plantations de palmier à huile, les animaux sont tués ou décimés. Je décide de m’y installer.

Parlez-nous de la création de Kalaweit ?

L’Indonésie est sans aucun doute le pays où l’on brûle le plus de forêts, tout cela principalement pour l’huile de palme. Deux millions d’hectares disparaissent chaque année, soit l’équivalent de 6 terrains de football chaque minute. Les gibbons meurent de faim ou bien alors sont capturés pour servir de jouets dans les familles indonésiennes comme de nombreux autres animaux tels les orang-outans, les tigres… Les braconniers tuent les mères et revendent les petits aux particuliers qui les détiennent dans des cages. Ce primate a la particularité de chanter, ce qui amuse les Indonésiens, mais à l’âge de 7 ans, il atteint sa maturité sexuelle et devient agressif.

En 1998, un protocole d’accord est signé avec le Ministère des forêts, l’association Kalaweit voit le jour. Kalaweit signifie gibbon en langage dayak, tribu habitant l’intérieur de Kalimantan. Depuis nous avons sauvé plus de 300 gibbons, mais aussi des macaques, des ours, des orang-outang, des nasiques, des reptiles… L’association possède deux sites, l’un à Pararawen situé à 350 km au nord de Palangkaraya à Kalimantan et un autre sur l’île de Sumatra situé à 2h de Padang sur le site de Supayang. Chaque centre possède un centre de conservation ou les gibbons récupérés sont hébergés dans des cages de 6 m de haut sur 12 m de côté avant d’être réintroduits dans les réserves qui jouxtent les centres. Nous louons une partie des ces forêts mais depuis 2016 nous achetons aussi nos propres terrains, nous possédons aujourd’hui 80 hectares.

66 personnes travaillent pour Kalaweit, nous avons quatre vétérinaires, des soigneurs, des gardes mais aussi des maçons, cuisiniers…

J’ai appris à piloter un bi-moteur afin de surveiller la forêt, l’apparition des drones est un outil important pour nous dans notre travail de surveillance.

Au niveau de la population locale, quelles sont les actions que vous avez mises en place afin de faire connaître Kalaweit ?

Nous avons créé en 2003 une radio, radio Kalaweit  FM qui émet dans la région de Palangkaraya. C’est une radio qui a pour objectif de sensibiliser la population locale à la préservation de l’environnement tout en étant attractive et musicale. Nous sommes suivis par 15 000 auditeurs, l’âge moyen est de 15 à 25 ans. La radio marche bien, nous recevons régulièrement des appels des villageois qui ont trouvé des animaux et qui nous appellent pour leur venir en aide. 65% des animaux recueillis l’ont été grâce aux signalements de nos auditeurs. Ce media est vraiment pour nous le meilleur moyen de toucher la population. Avec le temps, les villageois sont devenus des partenaires et sont les ambassadeurs de Kalaweit.

Comment financez-vous l’association Kalaweit ?

Le centre a encore énormément de travail et les difficultés sont quotidiennes. 90% de notre budget provient de donateurs français comme 30 millions d’amis, la fondation Brigitte Bardot, la fondation pour la nature et l’homme de Nicolas Hulot, les parcs zoologiques d’Amnéville et de la Barben, de nombreux zoos français et bien d’autres. Les particuliers nous aident énormément, ils peuvent parrainer un gibbon. Grâce à nos partenaires en France, nous sommes présents dans de nombreuses manifestations qui permettent de nous faire connaître. Nous sommes en permanence en recherche de sponsors.

Votre notoriété dépasse aujourd’hui l’Indonésie, comment l’expliquez vous ?

Je suis effectivement beaucoup plus connu en France et en Europe qu’en Indonésie. C’est vrai que j’ai participé à de nombreuses émissions de télévisions, de reportages, tels Ushuaia, France 5. Cette année, une série avec Muriel Robin a été tournée en Afrique à la rencontre des Bonobos et des éléphants, j’ai eu la chance de l’accompagner sur le tournage en tant que spécialiste des primates. Je pense qu’à mes débuts, un journaliste a dû dire à son retour que j’étais « un bon client » ; les contacts se sont enchainés rapidement et c’est pour nous le meilleur moyen de se faire connaître.

D’autre part en Indonésie, depuis 2005 avec Metro TV nous produisons une série « Kalaweit Wildlife Rescue » qui est un documentaire animalier. Cette série rencontre un succès grandissant auprès des jeunes Indonésiens.

Comment voyez-vous l’avenir pour Kalaweit?

Il faut croire en ses rêves, je suis exactement à l’endroit où je voulais être. Il y a encore beaucoup à faire, la jeunesse indonésienne commence à s’intéresser à l’environnement, c’est de là que vient l’espoir.

Valérie Pivon (www.lepetitjournal.com/jakartalundi 10 juillet 2017

Pour plus d’informations : www.kalaweit.org.

 

 

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