"Parce que c’était la Juste chose à faire" - À treize ans, elle sauve une centaine de Juifs en route vers Auschwitz

 

« Un jour, j’ai entendu quelqu’un prétendre que l’holocauste n’a jamais existé. Je souhaite témoigner haut et fort que ces faits ont bien eu lieu. Je veux que les générations qui nous suivent aient connaissance de ce passé afin qu’elles évitent à tout jamais de recommencer » commence Mariella Crea. 

Française expatriée aux Etats-Unis, cette ancienne interprète auprès des tribunaux d’Atlanta tente de protéger le futur en racontant le passé. Comment ? En contant l’histoire de sa mère, Jacqueline Garascia, jeune héroïne qui a évité la mort à de très nombreux Juifs pendant la seconde guerre mondiale.

Jacqueline Garascia et sa fille Mariella Crea

« Je suis la voix de ma mère » poursuit-elle lors de sa prise de parole au Breman Jewish Heritage Museum, à Atlanta, devant une large assemblée dont nombre d’enfants. Mariella Crea s’exprime dans un anglais touchant, la voix forte de conviction et d’humanité. Volontaire, cette dame engagée sillonne la Géorgie, d’écoles en communautés, pour « construire un avenir de liberté et de dignité humaine fondées sur la mémoire du passé ».

En 1942, le gouvernement de Vichy et l’Allemagne nazie commencent les arrestations des Juifs et les envoient dans des prisons de transit en France. De là, ils sont rapidement transportés par rail dans les camps d’extermination en Allemagne ou en Pologne où plus de six millions de femmes, d’hommes et d’enfants sont, soit massivement assassinés, soit transformés en esclaves soumis au travail forcé. Jacqueline Garascia, jeune Française, vit à Sermaize-les-Bains, en Lorraine, région annexée par l’Allemagne. La ligne ferroviaire, majeure de liaison entre la France et l’Allemagne passe dans une petite ville avoisinante, Revigny-sur-Ornain. Les trains transportant les Juifs vers les camps s’y arrêtent systématiquement deux fois par mois afin d’opérer le réapprovisionnement en eau des locomotives. Les wagons à bestiaux, où sont entassées de 50 à 100 personnes par unité, ne sont pas ouverts durant le voyage sauf lorsqu’il faut en extraire les cadavres. Le voyage dure de trois à cinq jours, sans eau ni nourriture.

Durant l’arrêt des convois dans cette gare, Henry Beausoleil, oncle de Jacqueline et employé des Chemins de Fer, assiste à la sélection opérée sur les quais de la gare dite « de triage ». Wagon après wagon, les Allemands décident de qui vivra ou mourra. Les jeunes en bonne santé sont généralement envoyés en Allemagne, en Autriche ou en Pologne comme travailleurs. Les malades, les enfants et les personnes plus âgées sont envoyés à Auschwitz, en Pologne, pour y être assassinés. Entre 1942 et la fin de la guerre, plus de 77.000 Juifs de France ont été exterminés dont 8.000 enfants qui n’avaient pas dix ans. « Les cheminots et employés français des Chemins de Fer ont joué un rôle prédominant dans la résistance, la libération de Juifs et la lutte contre les Allemands ».

Le château d'eau dans la gare de Revigny-Sur-Ornain

Henry Beausoleil remarque que, dans ce tumulte et les cris des familles séparées, certains prisonniers s’échappent. Il les aide à se cacher dans un château d’eau proche des quais où Jacqueline Garascia, sa nièce, ira les chercher une fois les trains repartis. S’engage alors une course de vingt minutes par la rivière contre les patrouilles canines allemandes et ce, jusqu’à la maison de la grand-mère de Jacqueline. S’ils avaient été attrapés, Jacqueline, tout comme les Juifs échappés, aurait été immédiatement exécutée ainsi que tous les membres de sa famille. Une fois arrivés à l’abri dans la chaumière, ils s’y changent, mangent et obtiennent de nouveaux papiers d’identité. « Le bon moment arrivé pendant la nuit, ma mère les conduisait ensuite à travers la rivière jusqu’à des résistants français qui avaient organisé une filière permettant aux Juifs de rejoindre la frontière suisse, pays où ils seraient en sécurité. » Ils avaient 300 kilomètres à parcourir à pied, en se cachant. « Les bébés étaient sous sédatif et cachés dans des sacs ; pour les plus grands, il leur était dit qu’il s’agissait d’un jeu ».

Henry Beausoleil et la jeune fille, bien informés des horaires des trains qui transportaient les Juifs, opérèrent des sauvetages pendant deux années. « Après la guerre, les Juifs qui ont réussi à s'en sortir en Suisse sont retournés à Paris. Ils ont pris contact avec Henry pour le remercier et lui faire des cadeaux. Des vêtements, par exemple, car certains travaillaient dans les textiles. Il a toujours décliné. » De nombreux Français et Françaises ont sauvé la vie de Juifs en danger durant cette période de l’Histoire en Europe. Nombreux sont ceux qui ont refusé d’être honorés pour ces actes. Le dernier souhait d’Henry Beausoleil fût d’être ramené, en wagon à bestiaux, jusqu’à son village originel, lieu de son inhumation.

La maison de Jacqueline Garascia 

En Géorgie, le témoignage de Mariella Crea libère la parole et inspire : « Je suis en train d’écrire un livre retraçant la vie de Jacqueline Garascia » explique Darlene Ryte, écrivaine américaine. « Ce qu’elle a fait est remarquable ! Son oncle et elle-même furent trop modestes pour raconter leur histoire et en avoir de la reconnaissance mais je pense que ce doit être raconté ! Il ne s’agit pas seulement d’héroïsme chez une jeune adolescente française mais également de la capacité que Jacqueline a eu de se reconstruire une vie malgré toutes les épreuves qu’elle avait vécues. »
Et Mariella Crea de conclure « Je souhaite dire aux plus jeunes qu’il faut continuer à se battre pour la liberté d’être, de penser et de s’exprimer. Leur faire prendre conscience que rien n’est jamais acquis. »

Virginie HOUET (www.lepetitjournal.com) 27 mars 2017

« Our memory is the ringing warning to all people in all times. » Vladka Meed, Resistant Leader & Pionner in Holocaust Education

 

 
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