Les enfants expatriés face au défi des langues

 

Les parents de Sarah et Jérémie* nous ont rapporté l’histoire linguistique familiale. De père français et de mère sud-africaine anglophone, les deux jeunes enfants grandissent en bilingues simultanés. Nés en Inde, entourés de nounous qui ont pour stricte instruction de ne parler que Hindi, les petits acquièrent rapidement une très bonne compréhension de la langue locale. Lorsque Sarah atteint l’âge de 5 ans et Jérémie celui de 3 ans et demi, la famille quitte l’Inde pour Singapour. Les deux enfants, au début, gratifient tous les Singapouriens d’un « namasté » enthousiaste. Rapidement, leurs tentatives de communication s’avérant infructueuses, les enfants se rabattent sur l’anglais qui est compris par tous. Un beau jour, six mois après leur arrivée à Singapour, un Indien s’adresse à eux dans un Hindi très simple pour leur demander leur nom. A la surprise générale, les enfants restent muets, ne comprenant manifestement pas la question. Les parents décontenancés font d’autres tentatives en Hindi mais doivent bientôt se rendre à l’évidence : le Hindi de leurs enfants paraît s’être complètement volatilisé.

Le cas est loin d’être unique. Les familles expatriées, notamment, le savent bien et regorgent d’anecdotes sur le sujet. D’abord si promptes à s’émerveiller de l’acquisition linguistique quasi miraculeuse de leurs enfants, elles sont souvent interloquées de voir la seconde langue s’évanouir aussi vite qu’elle a été apprise.

Dans son livre  Bilingual, Francois Grojean relate plusieurs témoignages : celui du petit Stephen, qui à l’âge de 8 ans avait déjà appris trois langues et oublié deux d’entre elles. Ou celui de Kai Fong, de langue maternelle cantonaise, émigré aux Etats-Unis avec ses parents à l’âge de 5 ans, et qui à 10 ans, ne parlant plus qu’anglais, se retrouve désormais incapable de converser avec les membres plus âgés de la famille.

Mais tous ces parents déboussolés nourrissent souvent un espoir secret : la langue apprise jeune n’est-elle pas enfouie quelque part dans le cerveau, prête à resurgir si les conditions s’y prêtent ?



Pour répondre notamment à cette question de manière formelle, Christophe Pallier choisit d’étudier en 2003 des orphelins adoptés

dans leur enfance ou petite enfance par des familles de langue différente. Les sujets finalement retenus sont des Coréens adoptés entre l’âge de 3 et 10 ans par des familles de langue française. Les enfants ont donc abandonné l’usage de leur langue maternelle, le coréen, du jour au lendemain. Parvenus à l’âge adulte, ils subissent une batterie de tests de la part de Pallier et son équipe. Les tests consistent, par exemple, à reconnaitre des phrases en coréen parmi d’autres langues, ou à identifier parmi deux mots la traduction coréenne d’un mot français. Pendant ces opérations l’activité cérébrale des sujets est observée par résonnance magnétique fonctionnelle. Pour chacune des expériences et observations, les résultats des orphelins coréens sont comparés à ceux d’un groupe de contrôle français. Le verdict est sans appel : les deux groupes sont quasi indiscernables ; les orphelins coréens n’ayant gardé aucune mémoire du coréen – ou presque. La seule différence est que les orphelins reconnaissent mieux que le groupe de contrôle une série de nombres en coréen.

Christophe Pallier rapporte néanmoins les conclusions d’autres chercheurs tendant à prouver certains acquis définitifs liés à l’exposition précoce à une seconde langue, même si celle-ci (voire même la langue maternelle) est plus tard « oubliée ». Ces avantages supposés ont trait essentiellement aux domaines de la perception et la production des sons.

Au vu des résultats, les actions à mener sont donc claires. L’enfance et la petite enfance permettent certes d’acquérir une seconde langue dans des conditions optimales, mais celle-ci, si elle n’est pas entretenue, peut disparaitre aussi vite qu’elle est arrivée. Il n’en restera rien, ou pratiquement rien. Il faut donc pratiquer ! Enfin, d’autres études mentionnées par Christophe Pallier ou compilées sur le site de Monika Schmid indiquent que si la langue est conservée jusqu’à la puberté, l’attrition sera par la suite beaucoup plus faible. Voilà une raison supplémentaire pour consolider ses acquis linguistiques en seconde langue jusqu’à la puberté au moins.

*les prénoms des enfants ont été modifiés

 Rejoignez VivaLing pour que votre enfant conserve et développe ses atouts linguistiques.

 

 

 

 
Une internationale

NI PLUS NI MOINS – Dialoguer avec l’actu sur Facebook Messenger !

Il y a presque deux mois 4 étudiants, basés entre Londres et Paris lançaient « Ni plus ni moins » : application d’un nouveau genre, qui permet à ses utilisateurs de discuter tous les jours avec l’actualité en recevant un debrief complet de ce qui se passe dans le monde. Mais inutile de chercher à télécharger cette nouvelle app. Vous ne la trouverez pas. En fait, « Ni plus ni moins », n’est ni plus ni moins qu’un Bot sur Messenger. On vous…
 Bleu Blanc Box

HERVÉ HEYRAUD – Une Bleu Blanc Box pour faire plaisir à toute la famille !

Directeur et fondateur du site lepetitjournal.com, le journal des Français et des Francophones à l’étranger, Hervé Heyraud sait de quoi il parle quand il est question d’expatriation. Que ce soit en Asie, ou encore en Amérique du Sud, pendant plus de 13 ans il a exploré d’autres contrées, bien loin de notre Hexagone. Toutes ces années, certains produits ou certaines habitudes bien françaises ont pu lui manquer… L’idée de la Bleu Blanc Box… Cliquez ici pour en savoir plus
Actu internationale
Expat
Expat - Emploi

VOYAGES D’AFFAIRES – Les risques encourus quand on prend trop souvent l’avion

Valorisés par la société, et souvent encouragés par les entreprises, les voyages d’affaires pourraient pourtant être préjudiciables pour la santé, aussi bien morale que physique. Le manque prolongé de sommeil, les changements répétés d’horaires, cumulés au stress procuré par le travail, finissent par avoir un impact sur les « business travellers ». 

COACHING - Comment réinventer sa carrière grâce à une non-équivalence des diplômes à l’étranger

Vous êtes psychologue, sage-femme, orthophoniste, juriste, avocate, médecin, pharmacienne….et votre diplôme n’est pas reconnu dans le pays dans lequel vous vivez. Cela fait plusieurs années que vous exerciez ou bien, vous venez juste de terminer votre formation dans le cadre d’une reconversion, vos perspectives sont les mêmes : il est tout à fait possible de réinventer positivement votre carrière. 
Expat - Politique

REPUBLIQUE EN MARCHE – Qui sont les candidats pour les Français de l’étranger ?

Ils sont inconnus du grand public et pourtant, forts du score important d’Emmanuel Macron à l’étranger, ils pourraient créer la surprise et vous représenter à l’Assemblée nationale. Jeunes ou moins jeunes, issus de la société civile, de la tech ou dans la politique de longue date, on lève le voile sur leurs profils et leurs ambitions
Magazine
En direct de nos éditions locales