Portraits

LETTRES DU BOSPHORE – Sébastien de Courtois: "La Turquie m’a ouvert au monde"

Journaliste et écrivain français installé en Turquie depuis huit ans, Sébastien de Courtois a réuni ses chroniques publiées dans Le Point entre 2015 et 2017 dans une œuvre intitulée Lettres du Bosphore. Grand voyageur, il nous promène à travers l’âme stambouliote et un pays en plein bouleversement. Entre amour et espoir pour sa terre d’adoption, Sébastien de Courtois s’est livré au petitjournal.com d’Istanbul le temps d’un entretien.

Sébastien de Courtois (photo SP)

Lepetitjournal.com d'Istanbul : Racontez-nous... depuis quand êtes-vous en Turquie et qu'est-ce qui vous a mené ici ?

Sébastien de Courtois : C’était un jour d’hiver, au mois de février 2009. J’étais impressionné de découvrir la ville sous la neige. Je suis tombé amoureux de cette saison. Quand on visite une ville, les premières émotions marquent et on court ensuite après pour les retrouver. Ces semaines à Istanbul ont façonné ma vision de la ville. J’étais passé de nombreuses fois mais sans jamais vraiment m’arrêter. J’allais tout de suite dans l’Est de la Turquie, qui était mon terrain de recherches, sur les Chrétiens d’Orient, dans la région du Tur Abdin, la "Montagne des serviteurs de Dieu", une zone qui abrite plusieurs monastères syriaques. Istanbul était pour moi un point de passage, un hall d’aéroport, au sens figuré comme au sens propre puisque parfois je n’en sortais même pas, seule l’Anatolie m’attirait. En février 2009, je pensais rester une ou deux saisons sans savoir ce qui m’attendait. J’étais en rupture, venu avec l’idée d’écrire un livre, Périple en Turquie chrétienne. Finalement, huit ans après, j’y suis toujours...

Vous écrivez que "la Turquie vous a ouvert au monde". Pouvez-vous nous décrire votre amour pour ce pays ?

Peut-être même plus que la Turquie, c’est l’installation dans un pays si différent qui m’a obligé à m’ouvrir au monde et aux autres. C’est le fait d’y vivre, non pas simplement d’y passer ou de l’aimer d’une manière abstraite ou théorique, avec des idées préconçues et qui ne changent pas – pour beaucoup – mais véritablement de le saisir, de se laisser imprégner. Après toutes ces années, plus je lis sur la Turquie, plus je vis ici, moins je comprends au fond ce qui se passe. Je redeviens le spectateur des premiers jours, c’est bon signe ! Je fonctionne par intuition et par empathie. Les raisonnements politiques et sociologiques ont leurs limites avec la Turquie. Sans cette expérience quotidienne de l’amitié et du partage, on s’oblige à ne rien comprendre au pays.

Mon amour pour la Turquie est un attachement irrationnel, qui ne se commande pas. Un amour traître aussi, par rapport à mes idéaux et à ce que je m’étais imaginé. Je voulais voir un pays qui s’ouvrait au monde, en paix avec son histoire, mais pour le moment le spectacle politique nous montre le contraire. Paradoxalement, j’ai été ouvert par un pays qui était en train de se refermer… Soit, c’est ainsi. Mais rien ne dure, il faut être patient et préparer la relève.

J’aime l’intensité du pays, la notion de contact est importante, les gens se touchent, se donnent généreusement. On est porté à la confidence, obligé de parler de soi. Plutôt que l’individu, sous-entendu l’individualisme, c’est la dimension de la personne qui est importante, une sorte de personnalisme. En même temps, il n’y a pas de métaphysique de l’amitié : "Si tu es là c’est bien, sinon, on se reverra la prochaine fois…" Je remarque aussi qu’il n’y a pas de snobisme, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de clan, mais ils sont plus diffus. Et puis, il y a la lutte politique, les combats. L’enthousiasme de cette lutte contre l’obscurantisme est encore plus évident, on peut le toucher du doigt, la sentir au quotidien plus qu’ailleurs me semble-t-il. Au fond, nous avons la chance de vivre dans une expérience obscurantiste à ciel ouvert. Il faut l’affronter avec dignité. Je resterai.

En Turquie, la société est plus souple qu’on peut l’imaginer. C’est une société de roseaux : quand il y a une tempête, le roseau se plie ; la société française est une société de chêne, le chêne ne se plie pas, il se brise.

Lire >> la suite sur notre édition d'Istanbul

 

Lettres du Bosphore par Sébastien de Courtois

Éditions Le Passeur

256 pages

19,50 €

Existe aussi en livre numérique, à 8,99 €

 

 
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