Portraits

PHILOSOPHIE – A Taiwan, Charlotte Pollet veut éveiller les tout-petits à la philosophie

Lauréate il y a un an du Trophée Éducation des Français de l’étranger, Charlotte Pollet, brillante enseignante de philosophie à Taiwan vient d’y obtenir une résidence permanente à titre honorifique. Aujourd’hui, elle se lance dans un tout nouveau projet : l’ouverture d’un cours de philosophie pour enfants en école élémentaire. 

La philo ? Oui mais sans lire ni écrire !

En septembre prochain, c'est devant un tout nouveau public que Charlotte Pollet s’apprête à donner ses cours de philosophie. Les Trophées des Français de l’étranger l’avaient distinguée l’année dernière pour son travail auprès des futurs ingénieurs de Taipei, auxquels elle enseignait en chinois. Ses nouveaux élèves seront très certainement loin des préoccupations estudiantines habituelles. Et pour cause ! Ils auront en moyenne entre 6 et 7 ans seulement.

Cela faisait longtemps qu’elle avait envie de mettre en place un programme comme celui-ci. Au gré des rencontres, cela semble sur le point de se réaliser. « J’ai pu rencontrer récemment un responsable d’une école publique taïwanaise proche de chez moi. En discutant avec lui j’ai appris qu’il travaillait selon la méthode ‘’Waldorf Steiner’’, une méthode pédagogique allemande que j’ai pu expérimenter en Suisse. Nous nous sommes alors dit qu’il pouvait être intéressant de faire quelque chose ensemble et notamment de mettre en place un cours de philosophie pour les enfants ».

Concrètement ces tout nouveaux cours prendront la forme « de discussions ludiques », se pliant à la « psychologie des tout-petits ». 

« Une pédagogie active »

Au sein du cours on organise des jeux, des conversations, et tout cela dans « le but de faire réfléchir les enfants, de les faire discuter, et se poser des questions ». Ils seront une dizaine en classe et on leur demandera entre autres de réfléchir à « ce qui est vrai et ce qui n’est pas vrai ». On les fera également cogiter sur la manière qu’on a de « définir le vivant et les sentiments que nous éprouvons à son égard » ou encore de penser le réel. Cela peut paraître complexe, mais tous les sujets sont illustrés par des exemples très concrets. Charlotte nous explique que par exemple « quand je leur demande de me définir le vivant et les sentiments ressentis à ce propos, je leur dis que j’emmène mon animal de compagnie en classe. Et ce que je leur présente, c’est par exemple une théière. Forcément, ça les fait beaucoup rire. Je leur demande alors pourquoi cette théière ne pourrait pas être mon animal de compagnie ? Je leur propose d’amener eux aussi leurs doudous, leurs peluches en classe. Ils réfléchissent, on discute là-dessus. Sur le pourquoi de leur attachement à ces objets ? »

A Taiwan, ces questions ont une résonance particulière : « Ici, les enfants ont besoin d’apprendre avec plus de liberté. Ils ont très peu de temps de liberté pour rêvasser, ils sont toujours très encadrés. » Cette classe leur permettra donc de se poser des questions auxquelles ils devront « trouver eux mêmes les réponses ». Ils seront en quelques sortes « livrés à eux-mêmes, et devront essayer de se dépatouiller seuls, avec ce qu’ils ont »

Autre exemple de Charlotte qui illustre ses ambitions avec sa future classe : « Si on construit un vaisseau spatial en classe, avec des bouts de cartons, qu’on le fait ‘’voyager’’ au fur et à mesure de l’histoire, des choses se casseront, nous les réparerons avec de nouveaux morceaux de cartons. Mais avec tous ces remplacements, ces changements de pièces, on peut se poser la question de savoir s’il s’agit toujours du même vaisseau ? Ne s’agira-t-il pas d’un tout autre vaisseau ? Complètement différent ? Doit-il changer de nom ?… » Les questions sont infinies et les enfants auront de quoi se creuser la tête. 

Souvenir des Trophées…   

Un an après la cérémonie des Trophées de l’étranger au Quai d’Orsay, Charlotte en garde un très bon souvenir. Même si dans son domaine, les « retombées professionnelles sont difficilement mesurables », elle nous précise que l’obtention de sa « résidence permanente à titre honorifique » remise en janvier dernier à Taiwan, n’est sans doute pas totalement étrangère à ce prix.

Installée depuis plus de 10 ans au pays de Confucius, Charlotte semble s’y épanouir parfaitement. Et quand on lui demande ce qui lui plait là-bas, sa réponse ne se fait pas attendre. « Plus souvent l'esprit tourné vers les solutions que les problèmes, le pragmatisme ambiant fait que la vie est plutôt facile à vivre ici. C'est surtout l'ouverture d'esprit qui fait que je ne souhaite pas partir ». Maîtriser la langue de son pays d’accueil est aussi un point très important dans le processus d’intégration, et comme le glisse Charlotte « ça doit être une autre paire de manche d'arriver ici sans comprendre le chinois ».

Propos recueillis par Noémie Choimet (www.lepetitjournal.com) mardi 4 avril 2017. 

Retrouvez le portrait complet de Charlotte ici.

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