Étudiants

ÉTUDES SUPÉRIEURES – Quelles solutions contre le décrochage à l’université ?

Selon un récent rapport de France Stratégie, on estime à 75.000 le nombre de jeunes qui abandonnent après leur première année à la fac. Ces accidents de parcours coûteraient près de 500 millions d’euros chaque année. Comment lutter contre les accidents de parcours ? Focus sur des initiatives qui marchent à l’étranger, et sur ce qui peut être amélioré en France.

Le portail Admission Post Bac, permettant aux lycéens de choisir leur orientation pour l’année prochaine, s’est ouvert le 20 janvier dernier. Pourtant, passer de la terminale à la première année d’étude supérieure semble loin d’être une sinécure pour de nombreux étudiants français. D’après le rapport de France Stratégie, laboratoire d'idées public ayant pour mission d’élaborer de nouvelles politiques en coopération avec les pouvoirs publics, « seul un bachelier sur quatre s’inscrivant en licence réussit son diplôme en trois ans, et un sur cinq en quatre ans ».

Dans un contexte où le chômage est élevé, a fortiori pour les jeunes, et où décrocher un premier emploi dépend avant tout des diplômes obtenus, ce constat s’avère être très préoccupant. Préoccupant d’une part pour ces jeunes, mais aussi pour la France, qui voit de fait son niveau de compétences baisser dans les classements internationaux, comme le PISA qui mesure les aptitudes des élèves du secondaire, ou le PIAAC qui lui mesure les compétences des adultes.

Afin de lutter contre l’échec universitaire, les réorientations à répétitions, et les inégalités sociales d’accès au diplôme, 2 options sont envisagées par France Stratégie :

  • la création, dans le cadre actuel, de plusieurs filières intégrées à cheval entre le lycée et le supérieur,
  • -la mise en place d’enseignements modulaires aussi bien avant qu’après le baccalauréat, permettant aux élèves et aux étudiants de construire à la carte leur parcours de formation, en fonction de leurs aspirations et des compétences qu’ils acquièrent et certifient au fil des modules suivis

Vers plus de flexibilité 

Le système français actuel, sans doute trop rigide, permet effectivement peu la création de passerelles entre les différentes matières, et rend difficile les possibles réorientations. Cela n’est par exemple pas le cas aux Etats-Unis ou encore dans les pays scandinaves. Alors que là-bas les parcours variés sont valorisés, ils ont tendance en France à être perçus comme des échecs. 

Ainsi, les étudiants américains peuvent suivre durant leurs deux premières années d’étude des cours généraux dans des matières très variées avant de se spécialiser. Et même après cette spécialisation, il est encore possible pour eux de changer (plusieurs fois !) de matière principale… 

Le rapport de France Stratégie oublie de mentionner la possibilité de faire une année de césure, aussi appelée « gap year » chez nos amis anglophones.

Cette parenthèse d’un an très fréquente aux Etats-Unis ou encore dans les pays du Nord de l’Europe, l’est beaucoup moins en France.

Dans les pays scandinaves, où l’éducation est pensée de façon beaucoup plus globale, tout est propice à l’apprentissage. Cette année de césure est donc considérée comme naturelle, et fait pleinement partie de l’éducation. Ce passage presque obligé, loin d’être une nouvelle tendance à la mode, prend ses racines dans une vieille tradition datant du XVIIIème siècle qu’on appelait alors « Le Grand Tour ». Ce Grand Tour était à l’époque un voyage initiatique effectué par les hautes classes des sociétés nord-européennes notamment britanniques, qui partaient pendant pratiquement un an vers l’Italie, la Grèce ou encore l’Asie Mineure.

Actuellement, l'Institut nordique pour les études dans l'innovation, la recherche et l'éducation d'Oslo estime que plus de la moitié des lycéens au Danemark et en Norvège optent pour un gap year.

Même chose aux Etats-Unis, où à l’instar de Malia Obama, de nombreux étudiants font cette fameuse année de césure. D’ailleurs de nombreuses universités prestigieuses comme Harvard ou encore Princeton l’encouragent fortement, la rendant même parfois obligatoire.

Ces quelques mois permettent aux étudiants de prendre le recul nécessaire afin de mûrir leurs projets et surtout de réfléchir à ce qu’ils ont véritablement envie de faire plus tard. Partir faire de l’humanitaire, travailler, apprendre un métier par le biais de stages, les opportunités sont vastes… 

Cette transition relativement souple entre la fin des études secondaires et le début de l’université, pourrait être une bonne solution à développer afin d’éviter les trop nombreux échecs d’orientation.

En France, les mentalités commencent à changer doucement à ce sujet : depuis 2015 et la circulaire du 22 Juillet, l’année de césure est maintenant encadrée par la loi, et proposée dans de plus en plus d’universités. 

Noémie Choimet (www.lepetitjournal.com) lundi 6 février 2017

 
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