SUPPRESSION DU VOTE ELECTRONIQUE – "Déni de démocratie" ou mesure de bon sens ? Les réactions

 

Un "déni de démocratie", un "coup politique"…  La suppression du vote électronique par le gouvernement aux Législatives, à quelques semaines du scrutin, par crainte de cyberattaques ne passe pas auprès de certains élus des Français de l’étranger. 

En l’espace de quelques semaines, entre fin avril et mi-juin, les Français, de métropole, d’Outre-mer ou de l’étranger, seront appelés 4 fois aux urnes. Certains Français de l’étranger, éloignés des grands centres urbains notamment, comptaient voter par internet aux élections législatives. Ce mode de scrutin a en effet été instauré en 2012, uniquement pour les élections législatives et celles des conseillers consulaires, dans les 11 circonscriptions à l'étranger.

Il a d’ailleurs été plébiscité par les expatriés en 2012. Mais les tests réalisés en vue des élections de 2017 auprès de 12.000 volontaires se sont révélés insatisfaisants. « Je n’ai jamais réussi à voter » explique ainsi un conseiller consulaire ayant participé à ces essais. En cause notamment l’envoi conjoint de nombreux textos aux votants afin de leur fournir des identifiants.

Alors que le deuxième test était en cours, c’est l’ANSSI (Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information) qui a alerté le gouvernement (voir notre article), déconseillant très fortement le recours à ce mode de scrutin. 

L’enterrement par le gouvernement du vote électronique à quelques semaines des élections a suscité de nombreux commentaires acerbes. « hallucinant ! » estime Thierry Mariani, député en Asie/Océanie.
François Fillon, candidat LR à la Présidentielle, a estimé que la cybermenace n'est qu'un « prétexte visant à masquer l’incompétence » d’un gouvernement qui « change les règles du jeu démocratique à trois mois du scrutin ».

Dans le Huffington Post, la sénatrice LR Joëlle Garriaud Maylam dénonce un « coup politique ». « La brutalité de l'annonce de la suspension du vote électronique, conjuguée à la mauvaise volonté évidente des consulats de communiquer sur l'alternative du vote par correspondance postale, fait planer un doute sur les motivations du Ministère. Ne cherche-t-on pas à éloigner des urnes les Français de l'étranger – électorat traditionnellement ancré au centre-droit? »

L'avis de Marc Villard, président de l'Assemblée des Français de l'étranger
 
Que pensez-vous de l’annulation du vote électronique ?
C’est une déception que ce mode de scrutin sur lequel nous comptions beaucoup pour avoir une participation significative soit annulé avec un si court délai. Cela nous pose problème car nous avions fait pas mal de publicité.

Les raisons invoquées ont-elles été bien comprises par les élus ?
Elles l’ont peut-être été mais elles ont été mal acceptées. Certains dont je fais partie, pensent que l’annulation est fondée, dans la mesure où la mise en place du dispositif a été accompagné par la présence d’experts indépendants qui disent "non, on ne va pas y arriver". C’est comme quand on veut aller voir un médecin qui nous dit d’arretêr de fumer, soit vous le croyez, soit vous ne le croyez pas…

Que pensez-vous de la pétition lancée par certains députés pour revenir au vote électronique ?
C'est une initiative purement électoraliste !

Quel impact cette décision aura-t-elle sur la participation ?
On a constaté qu’en 2012 la majorité des Français de l’étranger ont voté par internet. Ce mode de scrutin a été utilisé parce qu’il était proposé, et en plus c’’était une nouveauté. L’annulation va poser des problèmes car le vote par correspondance ou le vote par procuration sont moins souples. Maintenant, ce qui fera la différence, c’est la communication que l’administration ou nous-mêmes, conseillers consulaires, lançons vers nos compatriotes pour attirer leur attention sur les dispositifs de vote mis à leur disposition, mais aussi sur le fait qu’il y a en juin des élections législatives qui les concernent. Peut-être que cela rattrapera un peu l’inconvénient de cette annulation.

Axelle Lemaire, qui vient de démissionner du gouvernement où elle exercait les fonctions de secrétaire d’Etat à l’économie numérique pour faire campagne dans la 3e circonscription (Europe du Nord) est également très sévère: « Si c'est confirmé, c'est plus qu'un fiasco : un déni démocratique #grave » a-t-elle twitté, avant d’ajouter « Modifier sans débat un mode de scrutin à 3 mois d'une échéance électorale, amateurisme ou autoritarisme ? »

« Des critiques aussi excessives sur la forme qu’injustifiées sur le fond »

Jean-Marc Ayrault, ministre des Affaires étrangères, est donc entré dans l'arène avec François Fillon dans le viseur. Dans un communiqué, il a estimé « ahurissant qu’un candidat à la présidence de la République méconnaisse à ce point le niveau élevé de la menace de cyber-attaques alors que des institutions publiques et privées en subissent quotidiennement. ».

Les Français de l’étranger pourront élire leurs députés en choisissant de voter à l’urne, par correspondance ou par procuration, « un effort exceptionnel pour permettre au plus grand nombre d’exprimer leur choix, y compris en ouvrant plus de bureaux de vote à l’étranger que ce qui était prévu ».

Le coût des mesures mises en place par le gouvernement pour augmenter le nombre de bureaux de vote à l'étranger et aussi le nombre de tournées consulaires permettant de recueillir les procurations est estimé pour l’instant à 350.000 euros. Mis en cause sur les 2 millions d’euros déjà dépensés pour développer le vote électronique (sur une enveloppe de 4 millions), Jean-Marc Ayrault précise : « je ne peux pas plus tolérer du même François Fillon que mon ministère soit accusé d’un « beau gâchis d’argent public », alors que le développement d’un nouveau système de vote électronique se poursuit en vue de son utilisation lors de prochaines échéances électorales à l’étranger. (…) Mon ministère continuera à travailler d’arrache-pied afin de remédier aux défauts constatés et tenir compte du niveau de la menace. »

Une pétition pour voter électroniquement

Frédéric Lefebvre, député LR des Français d’Amérique du Nord, qualifie cette décision d’ »inacceptable » et a lancé une pétition qui a déjà recueilli des milliers de signatures.
« Il est encore temps de trouver une réponse adaptée à la problématique soulevée par l'ANSSI, a–t-il écrit au Président de la République. Le test effectué ces derniers mois a montré des défaillances. La cybersécurité est évidemment un enjeu essentiel. L’agence est donc dans son rôle en appliquant le principe de précaution. Néanmoins, il existe dans de nombreux pays des protocoles technologiques permettant de répondre efficacement aux recommandations de l’ANSSI. »

MPP (www.lepetitjournal.com) jeudi 9 mars 2017

Lire notre article : LEGISLATIVES 2017 – Les Français de l’étranger ne pourront pas voter par internet

 
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