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MURIEL GILBERT - "Les expressions sont plus qu'une richesse, ce sont les joyaux de la langue"

Correctrice pour Le Monde, Muriel Gilbert aime à se définir comme une "chasseuse" ou une "dompteuse de fautes". Avant de réaliser ce métier qui s'est transformé en jeu, elle a travaillé pour de nombreux journaux en tant que rédactrice et a toujours eu une réelle passion pour les livres, les mots et l'orthographe.

Faire des fautes? Ce n'est pas grave, l'important c'est de pouvoir les corriger et c'est d'ailleurs son métier ! En jouant avec les mots, les expressions et le langage imagé, Muriel Gilbert propose une approche ludique pour vous faire aimer les langues. Dans le cadre de la fête de la francophonie, elle sera à la librairie Jaimes ce soir à 19h pour présenter son dernier livre Au bonheur des fautes - Confessions d'une dompteuse de mots. Elle animera également un atelier à 11h30 le samedi, "les bonbons de la langue", invitant petits et grands à venir partager leurs expressions préférées. Ne manquez pas ces rendez-vous pour redécouvrir la langue française de façon amusante !

lepetitjournal.com: Qu'est-ce qui vous a amené à ce métier de "chasseuse de fautes"?
Muriel Gilbert:
 "Le hasard ! Enfin, lorsque j'ai commencé à écrire mon dernier livre, je me suis aperçue que cela remontait à très loin, mais c'est arrivé sans réelle préparation. J'ai toujours aimé les livres, d'ailleurs, petite, je faisais semblant de savoir lire car je trouvais que ça donnait un côté très classe et j'ai appris à lire avant l'âge puisque j'étais dans une classe à plusieurs niveaux. Mais finalement, je ne savais même pas que le métier de correcteur existait, je l'ai découvert vers 32-33 ans et j'ai travaillé dans la presse bien avant de connaître ce métier. Je pense qu'on peut donc parler d'un parcours accidentel: j'ai travaillé dans plusieurs journaux, dont un certain nombre a fermé et j'ai effectué pour la première fois ce métier lorsque je travaillais pour un journal en ligne, un petit journal qui obligeait les gens à tenir plusieurs rôles. Petit à petit, j'ai fait mon chemin et j'ai obtenu ce poste pour Le Monde. J'y suis donc arrivée de manière accidentelle mais depuis mon enfance, j'ai le soucis des mots et de l'orthographe, matière dans laquelle j'ai toujours été très forte ce qui explique peut-être mon goût pour ce domaine".

Qu'est-ce qui vous plait dans ce métier?
"Essentiellement le travail sur les mots, car j'ai toujours aimé les mots. Mais, c'est aussi le côté à la fois littéraire du métier et son côté "artisan". D'ailleurs, historiquement, le correcteur de presse était surnommé "l'ouvrier du livre", appellation qui montre bien ce double travail. J'aime penser que je me situe entre l'ouvrier et l'homme de lettre, avec une production dans chacun de ces deux mondes".

Lorsqu'on apprend une langue, qu'on commence à l'écrire, on fait souvent des fautes et c'est souvent la honte qui empêche de pratiquer, par peur de faire des fautes. Pensez-vous que ce soit un problème de faire des fautes?
"Non, ce n'est pas grave. Ce qui est important, c'est de comprendre que la langue est avant tout un moyen, un véhicule, une façon de communiquer. Le seul moment où cela peut devenir un problème, c'est quand faire des fautes empêche d'être compris par les autres. Personnellement, j'aime beaucoup les fautes des étrangers ou des enfants car elles permettent de revoir sa propre approche de la langue. Je me souviens que lorsque mon fils a commencé à écrire, il m'a laissé un mot pour me dire bonjour écrit "bon jour", en deux mots. Et cela m'a permis de redécouvrir le véritable sens de ce mot qui est de souhaiter une bonne journée à la personne en face de soi. Les enfants sont comme les étrangers finalement, ils débarquent aussi dans une langue. Et ce sont des fautes qui sont créatives, belles et drôles". 

Auriez-vous quelques conseils pour faire le moins de fautes possible?
"En écrivant, avec les progrès informatiques, c'est beaucoup plus facile avec les correcteurs d'orthographe qui permettent déjà d'éliminer une grande partie des fautes. Il y a aussi de nombreux sites internet pour les différents types de fautes : le Larousse en ligne, le site conjugueur.com, mais aussi le bon vieux dictionnaire. Le seul véritable moment où il est important de ne pas faire de fautes, c'est dans le milieu professionnel et dans ce cas-là, je conseille de se faire relire par quelqu'un. Mais, même les correcteurs font des fautes. Pour mon livre, on en est actuellement à la troisième réimpression et on en trouve encore alors que je l'avais fait relire par trois de mes collègues, deux correctrices de la maison d'édition en plus de ma propre relecture !"

Vous intervenez dans le cadre de la fête de la francophonie à la librairie Jaimes, quelle est votre vision de la francophonie?
"Je pense que la place du français se rétrécit comme peau de chagrin ou plutôt que l'anglais gagne du terrain sur toutes les autres langues. Pour moi, il est important que toutes les langues puissent avoir une existence car c'est une grande richesse d'avoir plusieurs langues. En effet, en pratiquant différentes langues, le cerveau s'élargit et de nouveaux concepts lui arrivent. Par exemple "red" en anglais, qui signifie rouge, ce n'est pas juste "rouge", ça peut aussi être "roux" si on dit "red hair". Les langues permettent donc toute une gymnastique et amènent à penser différemment".

Pars quels biais la francophonie peut-elle être véhiculée?
"Il faut que les gens aient plaisir à utiliser les mots ou les livres. Mais elle peut aussi être véhiculée par les échanges, les rencontres, les voyages ou encore le mariage !"

Toutes les langues ont-elles la même richesse linguistique?
"Je ne les connais pas toutes donc je ne sais pas vraiment mais j'aime à le penser. Elles ont surement des richesses différentes. Par exemple, les langues à idéogrammes comme le chinois ont une richesse particulière. Il y a des multitudes de dialectes en Chine incompréhensibles les uns pour les autres mais une seule langue écrite qui leur permet de communiquer, ce qui en fait leur richesse".

Pouvez-vous nous donner quelques exemples d'expressions françaises et de leurs pendants en espagnol?
"En écrivant mon livre sur les expressions, Que votre moustache pousse comme broussaille! (traduction en mongole de "À vos souhaits"), je me suis aperçue qu'il y avait des tendances dans chaque langue. L'espagnol comporte beaucoup d'expressions religieuses: "no se puede estar en misa y repicando", traduction de "je ne peux pas être au four et au moulin". En Grèce, la même expression se traduit par "je ne peux pas avoir deux pastèques sous le même bras", et ces tendances donnent une idée du pays. En France, il y a de nombreuses expressions avec des animaux, notamment de la ferme. J'ai aussi trouvé des expressions très savoureuses en français du Québec: "ne pas avoir inventé l'eau chaude", se traduit par "ne pas avoir inventé le bouton à quatre trous"."

En quoi les expressions ou le langage imagé sont-ils une richesse pour la langue?
"Ce sont plus qu'une richesse, ce sont les joyaux de la langue pour moi, d'autant plus que les expressions sont souvent issues de la langue populaire (d'où la large utilisation des animaux). Elles permettent aussi le plaisir de la conversation. J'ai aussi remarqué qu'il en existait beaucoup, et ce dans toutes les langues, pour dire la mort ou la folie, toujours de manière drôle, comme "avoir un pied dans la tombe". En Australie, on dit "il n'achète plus de bananes vertes", parce qu'il n'aura pas le temps de les voir mûrir. C'est une façon de mettre la mort à distance. Pour la folie, en France, on dit "perdre la boule", en anglais, "perdre ses billes". Même si on ne connait pas l'expression, on peut quand même la comprendre car elles sont très proches, on retrouve les mêmes idées".

Comment partager ces expressions alors qu'elles sont dans la majorité des cas intraduisibles?
"C'est exactement pour ça que je m'y suis intéressée au départ, je faisais des études de traductions français/anglais. On les appelle les expressions idiomatiques, c'est-à-dire qu'elles ne sont pas traduisibles directement. Mais pour moi, c'est ce qui fait leur charme, ce qui les rend intéressantes puisqu'elles obligent à se creuser la tête. En travaillant sur le langage imagé, j'ai découvert de multiples expressions et cela m'a donné envie de les utiliser dans la vie de tous les jours. Elles permettent de s'enrichir et je pense que c'est aussi pour ça qu'il ne faut surtout pas s'interdire de s'en servir".

Propos recueillis par Clémentine Couzi (www.lepetitjournal.com - Espagne) Vendredi 17 mars 2017
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